Elyze : le « Tinder » de la Présidentielle fait carton plein

Elyze : carton plein pour l'appli qui réconcilie les jeunes avec la Présidentielle

Comment lutter contre l'abstention et le désintérêt des jeunes français lors de la prochaine élection présidentielle ? Avec l’application Elyze, deux jeunes diplômés et leur équipe ont un but précis : convaincre une génération politiquement désabusée d’aller voter.

La prochaine campagne présidentielle bat son plein, au rythme d'annonces diverses et de sorties médiatiques remarquées. Mais au milieu du tumulte, une question subsiste : les jeunes votants seront-ils au rendez-vous ? Pour Grégoire Cazcarra (21 ans) et François Mari (19 ans), la question est cruciale. Respectivement président-fondateur et chargé de mission du mouvement citoyen et apartisan Les Engagésles deux étudiants sont partis d’un constat. Autour d’eux, de nombreux jeunes s’éloignent des urnes, désabusés par le climat politique ambiant, et sans connaissance du contenu des programmes, même dans les grandes lignes. Convaincus du rôle déterminant de cette jeunesse lors de la prochaine élection, les deux acolytes ont souhaité agir, en fondant Elyze. Lancée le 2 janvier dernier, l’application a pour but d’aider les jeunes français à se faire un avis, en consultant les différents programmes des candidats grâce à un principe de  « swipe » façon Tinder. Deux semaines, après son lancement, l’application gratuite comptabilise près de 500 000 téléchargements, et s’est hissée n°1 de l’onglet actualité sur l’App Store. L’ADN a rencontré les deux acolytes à l’origine de l’initiative.

D’après un sondage IFOP, plus de la moitié des 18-30 ans envisage de ne pas voter à la Présidentielle 2022. Un constat qui vous a fait réagir. Comment le projet Elyze est-il né exactement ?

Grégoire Cazcarra et François Mari :  Depuis 2017, nous agissons massivement pour redonner sens à l’engagement citoyen, notamment auprès des jeunes générations. Et dans le cas de la Présidentielle 2022, on a rapidement perçu la réalité de cette distance entre les jeunes et la politique. Alors, aidés par une vingtaine de bénévoles, on a mis en place Elyze, une plateforme informative s’adressant à tous les jeunes, qu’ils soient politisés, ou même complètement désintéressés. L’idée de départ, c’était de rendre accessible l'ensemble des différentes propositions politiques au plus grand nombre, à l’aide d’une application facile d’utilisation. 

Concrètement, pourriez-vous nous décrire le fonctionnement de la plateforme ?

G. C. & F. M. :  Techniquement parlant, l’interface propose à l’utilisateur de  « swiper » d’une proposition politique à une autre, façon Tinder. À chaque question, à lui de se dire en accord ou non, ou bien même de passer la question s’il ne souhaite pas se prononcer. Jusqu’ici, aucun nom de candidat n’est associé aux propositions pour ne pas biaiser l’avis de l’utilisateur. Puis, l’application vous dévoile l'identité du candidat qui a récolté le meilleur taux d’approbation selon vos réponses. De cette façon, l’utilisateur a la possibilité de déterminer si un ou plusieurs candidats correspondent à ses attentes ou ses convictions. 

De gauche à droite, littéralement, toutes les propositions émanant des programmes sont exposées ! © Elyze

Les candidats et leurs programmes y sont-ils exposés de manière égalitaire ?  

G. C. & F. M. :  Bien entendu, entre les candidats, pas de hiérarchie. L’algorithme affiche les différentes propositions de manière aléatoire, et assure l’exposition de plus de 500 propositions émanant de tous les bords politiques. Puis, dans un autre onglet, la plateforme vous propose d’explorer au moins trois propositions par candidat dans dix domaines différents. Au bout du compte, chaque candidat est certain d’obtenir la même place qu’un autre sur Elyze. Le but ici, c’est d’entreprendre un grand balayage d’idées d’un bord politique à un autre, sans prendre le risque de se faire orienter par l'appli. Et si tous les programmes n’ont pas été communiqués dans leur intégralité, l’application devrait être mise à jour régulièrement pour que de nouvelles propositions puissent être comptabilisées. 

La plateforme est-elle financée, ou est-elle conçue de façon indépendante ?

G. C. & F. M. :  Concernant cette neutralité, on est très vigilants, et cela depuis le début de l’aventure. Aujourd’hui, même si l’on est curieux de voir comment certains candidats perçoivent notre plateforme, nous n’avons pas vocation à défendre un candidat plus qu’un autre. De plus, financièrement parlant, l’application a vu le jour par la force de nos propres investissements, et les différents membres de l’équipe ont joué le jeu de façon bénévole. Concernant le développement, François s’est chargé de coder l’application lui-même, puis de toutes les questions techniques. Pour le moment, la question du modèle économique ne s’est même pas posée, et vous ne trouverez pas de publicités sur la plateforme.

La plateforme a rencontré un succès quasi-instantané. Quels retours vous ont principalement marqué ces derniers jours ?

G. C. & F. M. :  Très honnêtement, on ne s’attendait pas à connaître un tel taux d’engagement, une semaine à peine après le lancement. Ce qui revenait le plus en consultant les retours, c’est ce sentiment d’avoir réussi ce pari de l’accessibilité de l’information. Nous avons reçu de nombreux témoignages de la part de jeunes individus, mais aussi de personnes âgées ou d'adolescents pas encore en âge d’accéder aux urnes. Ainsi, on a pris conscience du potentiel d’un outil comme celui-ci, qui pourrait toucher toutes les cibles, toutes les générations.

Sur les réseaux ou dans les médias dits  « traditionnels », en règle générale, pensez-vous que les candidats à la Présidentielle s’adressent aux jeunes de la bonne façon ?

G. C. & F. M. :  Même si des efforts sont mis en place, il est vrai que les politiques ont souvent du mal à s’adapter aux codes du jeune électorat. Sur YouTube depuis 2012, puis sur Twitch depuis 2017, de nombreuses personnalités politiques cherchent à exister sur les réseaux. Seulement, il arrive régulièrement qu’un politique rate le coche en s’exprimant sur Twitch de la même manière que sur TF1. De ce fait, le message a souvent du mal à passer. Sans prétention, une plateforme comme Elyze cherche à rattraper le coche, en laissant les jeunes accéder aux idées dans un environnement qui leur parle un peu plus. 

Avec ce projet d'application, mais également au fil de vos divers engagements associatifs, vous militez avec ferveur pour favoriser l’engagement citoyen des jeunes générations. D'après vous, sont-elles moins engagées que les précédentes ?

G. C. & F. M. :  Chez la jeune génération, la notion d’engagement n’a pas perdu en consistance, elle évolue seulement. Il est vrai que les structures traditionnelles comme les syndicats ou les partis sont en perte de vitesse. Mais en parallèle, on voit émerger des élans de mobilisation extraordinairement forts ! Il n’y a qu’à constater l’ampleur de la dernière édition du Z event, durant lequel près de 10 millions d’euros ont été récoltés par des streamers en faveur d’Action contre la faim. Et puis, si l’on revient à la Présidentielle, il est certain qu’en s’efforçant de démocratiser les enjeux politiques par des outils modernes, ludiques, on peut légitimement motiver un éventuel sursaut démocratique de la part des jeunes générations. 

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commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Place aux jeunes ! Belle initiative et merci de toucher les jeunes des quartiers prioritaires politiques de la ville
    Bien cordialement

  2. Anonyme dit :

    Cette application est soit , un gadget mal fait mais plus vraisemblablement, un outil de manipulation, et n'aide nullement les indécis dans leurs choix mais les tient par la main pour voter "plutôt" à gaucheeeee !

  3. Anonyme dit :

    J'aime l'idée mais l'application ne donne pas les bons indicateurs.
    Sur une centaine de propositions, j'en ai validée 2 de Dupont Aignan (une sur le patrimoine culturelle et une autre sur le vote blanc). Comme ce sont les 2 seules de ce candidat qu'on m'a proposées et que je les ai validées, l'appli me dit que c'est le candidat qui me correspond le mieux! alors qu'il ne correspond pas du tout à mes valeurs sur ses idéologies principales.

  4. Anonyme dit :

    Bizarre cette application, qui a la particularite de me convaincre de voter extreme droite alors, que je vote sur la base de son programme pour le candidat communiste. A mon avis, ce n est pas un bug, mais le fait que les propositions, ne sont pas claires volontairement. A mon avis c est une escroquerie !

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