Vue de Marseille

À Marseille, un tiers-lieu innovant forme les jeunes au numérique

© Anastasia Zhenina via Pexels

Comment l'Épopée, « village d'innovation inclusive et éducative » à Marseille veut attirer les jeunes vers les carrières du numérique ? Récit.

« Le droit de rêver, le pouvoir de faire ». C'est l'ambition de L'Épopée, nouveau tiers-lieu marseillais installé dans les 12 000 mètres carré d'une ancienne usine Ricard, dans le 14e arrondissement de Marseille. Le constat est simple : d'un côté le numérique regorge de métiers en tension comme développeur, designer UX/UI, responsable protection des données en cybersécurité et de métiers de l'audiovisuel numérique. De l'autre, Marseille dispose d'un vivier de jeunes dont on ne peut plus se passer. Le taux de chômage s'élève à près de 32 % pour les 15-24 ans*. L'Épopée veut attirer ces « invisibles » grâce à des propositions pédagogiques innovantes. Actuellement, 53 structures détiennent leurs bureaux dans le « village » du quartier de Sainte-Marthe. De l’Unicef à l’association Cap au Nord Entreprendre (réseau d’acteurs économiques) en passant par CrocosGoDigital (ateliers ludo-éducatifs pour enfants), tous les résidents sont, de près ou de loin, liés à l’économie sociale et solidaire ou à l’innovation éducative par le numérique.

Repérer des « décrocheurs » grâce au gaming

Parmi les projets dédiés à l’inclusion des jeunes « décrocheurs » ou des personnes éloignées de l’emploi, on trouve tout d’abord les deux entités fondatrices du lieu : Synergie Family et MCES. Ce dernier est l'acronyme de « Mon Club E-sport ». C’est une équipe de e-sport, active depuis 2018. Ainsi, en parallèle de l’activité de l’équipe e-sport, Romain Sombret, directeur général du club, a répondu à un appel à projets du Haut-Commissariat aux compétences. L'objectif ? Utiliser les outils numériques comme les jeux vidéo et les réseaux sociaux comme Twitch afin de repérer les jeunes « décrocheurs » scolaires. « Nous allons organiser un tournoi Fortnite de 5 000 personnes et sur place, nos équipes vont questionner les joueurs, discuter avec eux et repérer qui est en risque de décrochage. Ensuite, nous allons leur proposer de venir au club et nous allons leur expliquer les différentes carrières possibles dans le domaine du e-sport » , détaille Romain Sombret. MCES propose par exemple un BPJEPS e-sport (formation diplômante pour coach sportif et e-sportif). Coup d’envoi du projet à partir de février 2022.

Synergie Family, elle, est une startup « d’actions socio-éducatives » créée il y a dix ans. Parmi ses projets développés à l’Epopée, on trouve par exemple « Réalise Tes Rêves », un programme de re-mobilisation des personnes éloignées de l’emploi (18-65 ans), qui a duré deux ans, à Paris, Lille et Marseille. Il s’agissait de proposer un accompagnement à la construction d'un projet professionnel tout en assurant du coaching en développement personnel pour identifier les besoins et envies des publics inscrits. C’est près de 1 500 personnes qui ont été concernées par ce dispositif sur les trois villes.

Pour donner un coup d'accélérateur à ce repérage de « talents », une alliance a été créée avec deux autres acteurs privés, Théodora et La Plateforme. Nom de code : « Grand Marseille Numérique pour la Jeunesse ». Théodora est un campus numérique dédié aux entreprises du secteur et verra le jour en 2024 dans le projet de quartier d'affaires Euroméditerranée. Quant à La Plateforme, c'est une « école de code à formation inclusive », mentionne Cyril Zimmermann, son fondateur. « Marseille est une ville jeune et diversifiée. L'informatique peut mettre tout le monde au même niveau parce qu'on ne l'apprend pas à l'école. Il doit être une occasion de rebattre les cartes » , dit-il. Les trois partenaires ambitionnent de former 20 000 jeunes d’ici 2029.

Du code informatique pour tous ?

Autre acteur, Dev-ID, qui développe des produits digitaux pour les entreprises et forme des développeurs et designers d'appli mobiles grâce à un système de compagnonnage. La formation de Dev-ID est accessible sans diplôme. Julien Lescoulié, un des fondateurs en est convaincu : « Dans tous les milieux sociaux et culturels, on peut trouver des développeurs. Ce sont des gens qui aiment créer des choses, qui sont manuels et qui ont une appétence pour la tech. Il ne s’agit pas d’être un génie en maths. Pour coder, il faut en tout cas être bon en langues et en anglais notamment car c'est la langue du code informatique. » Souadridine, 33 ans, en train de passer les tests chez Dev-ID, ajoute : « Il faut être très patient dans ce métier, tu peux être bloqué pour un point-virgule au mauvais endroit dans ta ligne de code. »

Camille, elle, a arrêté les études à 18 ans après son bac. Après un passage dans la vente et une longue période de chômage, elle a découvert la formation Dev-ID grâce à Pôle Emploi. « Je ne suis pas passionnée d'informatique à la base mais j'avais vu un ami coder et je trouvais ça ludique. » La jeune développeuse de 23 ans constate qu’elle rencontre beaucoup de profils non-ingénieurs et différents comme le sien. « Cela ajoute une vraie dynamique de travail quand les profils sont variés. » Pour le moment, la formation de neuf mois rémunérée au Smic concerne cinq personnes par promo à raison de trois sessions par an.

Aller chercher les « invisibles »

Actuellement, l’un des enjeux majeurs du « village de l’Épopée » reste d’aller recruter et fédérer les jeunes (et moins jeunes) qui sortent des radars. Est-ce que les habitants des quartiers alentours vont profiter des opportunités ? Est-ce que les jeunes Neet (ni en études, ni en emploi, ni en formation) de Marseille trouveront la voie vers des carrières dans le numérique ? Pour Julien Lescoulié de Dev-ID, le lieu est une aubaine. Lui-même a grandi dans les quartiers nord, et il n'a pas hésité à rejoindre L'Épopée car « trouver un endroit comme cela dans cette partie de la ville quand on veut y rester, ce n'est pas facile ». Et pour continuer l'ancrage territorial, avec Cap au Nord Entreprendre (présents à l'Epopée) et French tech, ils viennent de créer « Le Comptoir Digital Sud », un réseau qui réunit les « makers » (développeurs, designers) du coin pour assurer un vivier « d'ouvriers du numérique » aux grands groupes du territoire et éviter ainsi que ces derniers délocalisent la main-d’œuvre. Affaires à suivre.

Jeunes formés au numérique à L'Épopée, Marseille
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