Jim de the office

Travail : c’est quoi le « quiet quitting » qui suit la Grande Démission ?

En 2021, on se barrait de son entreprise en claquant la porte à grand fracas. En 2022, on se contente de se pointer au bureau pour y faire le minimum syndical.

En d'autres termes : dans le sillon de la Grande Démission, tout le monde se transforme en Jim de la série The Office. En cause : les effets combinés de la pandémie et de l'insignifiance du travail moderne alors que le monde s'effondre. Bienvenue dans le nouveau quotidien des « collaborateurs » de 2022, qui entendent tout simplement faire respecter le droit du travail.

C'est quoi le « quiet quitting » ?

Non, le monde du travail ne fait plus très envie. Un récent rapport mondial Gallup indique notamment que seuls 9 % des travailleurs au Royaume-Uni sont engagés ou enthousiastes à propos de leur travail. Résultat : les salariés adoptent le « quiet quitting », la démission tranquille ou silencieuse. Cela ressemble à quoi, demandez-vous ? « Plutôt que de travailler tard le vendredi soir, d'organiser le voyage annuel de team building (...) ou de se porter volontaire pour superviser le stage du fils du patron, "les décrocheurs silencieux" évitent de faire du zèle, renient la hustle culture (...) À la place, ils en font juste assez au bureau pour suivre le rythme, puis quittent le travail à l'heure et désactivent Slack », explique The Guardian. Avant de rentrer chez eux et de parler de leur nouveau mode de fonctionnement sur les réseaux. Sur TikTok, le #quietquitting cumule déjà 33 millions de vues mêlant satires, contenus pédagogiques, tirades politiques et remarques ironiques sur les managers toxiques. En 2022, nous sommes (enfin ? ) tous Jim.

Notons au passage que quelques internautes dénoncent déjà le privilège permettant à des groupes démographiques spécifiques d’adopter plus facilement que d'autres le mode quiet quitting. Tout comme le « over-employment » (le sur-emploi), la « démission discrète » serait plus perméable à certains profils. En effet, il sera sans doute plus périlleux pour une mère célibataire afro-américaine cumulant les emplois précaires de s'emparer du droit du travail que pour un yuppie (Young Urban Professional) caucasien de La Défense. C'est en partie ce qu'a démontré début 2023 une nouvelle étude du National Bureau of Economic Research, qui souligne que tous les salariés ne sont pas égaux face à la « démission silencieuse. » En effet, le phénomène toucherait plus fortement les hommes que les femmes, notamment les plus diplômés et les plus jeunes.

« We’re acting our wage »

Si la mouvance est parfois décriée sur les réseaux (globalement par des boomers en SUV) comme étant le sous-produit de la fainéantise d'une « génération de fragiles », les internautes embrassent uniformément ( arborant - de manière ironique ? - de gigantesques latte) un cri de ralliement sans équivoque : « We’re acting our wage ». Comprendre : on travaille en fonction de ce que l'on obtient en échange, dans le respect raisonnable de sa fiche de poste. Le temps et les efforts accordés à ses employeurs doivent donc être indexés sur le salaire et avantages reçus ; si ces derniers ne comprennent pas de paiement pour les heures supplémentaires, elles n'ont aucune raison d'être fournies. Si cela vous rappelle le droit du travail, c'est normal, c'est fait pour.

@renegadescienceteacher

#quietquitting

♬ original sound - Forrest Valkai

La dystopie du travail à l'écran

Loin d'ignorer notre nouvelle perception du travail, films et séries tendent à la distordre à l'extrême, mettant en scène le monde des grandes entreprises comme une dystopie aussi sinistre qu'inéluctable. De Squid Game à Severance en passant par Succession, The Drop Out et WeCrashed, scénaristes et réalisateurs n'hésitent pas à présenter notre système économique biaisé comme aliénant, absurde et destiné à enrichir une élite avide et perfide. Les Youtubeuses de la chaîne The Take notent : « Après que les films de la fin des années 90 nous aient dépeint le travail comme ennuyeux à mourir et dépourvu de sens [American Beauty, Fight Club] et que les sitcoms des années 2000 nous aient incité avec optimisme à voir nos collègues comme une nouvelle famille [The Office, Parks and Recreation], les séries caractérisent désormais le travail comme une agression sur nos esprits et nos corps ; plus simplement comme quelque chose d'insensé, mais de foncièrement mauvais (...), hostile et dangereux. »

commentaires

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  1. Un cordiste dit :

    Je rappelle que d'aller poser ses fesses dans un fauteuil toute la journée ce n'est pas un travail et cela même si papa et maman vous ont payé de longues études. C'est votre métier ou bien une activité rémunérée, au choix. Les mots ont leur importance, si vous vous travaillez, à ce moment là moi je suis au bagne....

  2. Juan dit :

    Certes toute personne doit être rémunérée convenablement en fonction du travail qui est fourni....Mais notre société en déliquescence est elle en train de se transformer en un monde d'assistanat !!!!! Du moins pour certains.....

  3. Anonyme dit :

    Très bon article auquel je m’identifie grandement.

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