Un homme en costume assis à son bureau de travail

Ces Américains ont trouvé la combine pour gagner plus en travaillant moins

© RyanJLane

Leur solution pour éviter la dépression ? Mener de front deux emplois ou plus. Bienvenue chez les « over-employed », les sur-employés volontaires, qui décident de travailler plus... pour travailler moins.

Le monde du travail n'en finit plus de muter : remise en question du stress dans la sphère pro, mouvance anti-work et Grande Démission. Oui, mais pas que. Il faut désormais compter avec ceux qui cumulent les emplois : non seulement pour gagner plus, mais aussi pour éviter le burn-out. Une stratégie quelque peu contre-intuitive déjà adoptée par des millions Américains. Bienvenue dans le monde de ceux qu'on appelle aux États-Unis les « over-employed » (les sur-employés).

La tendance « OE » : travailler plus pour travailler moins ?

Isaac P entend rester anonyme. Normal, il a créé sur Reddit la communauté r/overmployed (89 000 membres), un forum dédié au partage de conseils et astuces pour mieux cumuler les emplois. Ici, pas de caissières qui font des ménages la nuit ou de gardien de nuit qui travaillent le jour à la sécurité d'une boutique de luxe. Les participants sont plutôt des cadres ou employés que la pandémie a amené à télétravailler. Et qui ont développé un nouveau mantra : profiter de bosser loin du regard inquisiteur du patron pour cumuler temps plein et mi-temps. Et plus si affinités. Leur secret pour mener à bien cet exploit : activer régulièrement le mode « off » sur Slack et proposer le minimum syndical façon Quiet Quitting. La tendance prospère : sur TikTok, le #overemployed cumule plus de 4,3 millions de vues, et sur Discord, la communauté dédiée à l'over-employment (ou OE) compte déjà quelque 32 000 membres. Aux heures les plus actives de la journée, un nouveau membre rejoint la communauté toutes les minutes. D'après le Bureau of Labor Statistics, des centaines de milliers d'Américains ont jonglé avec deux emplois à temps plein en septembre dernier ; près de 4 millions d'autres travaillaient à temps plein et en temps partiel en parallèle.

Au-delà des avantages financiers évidents, la pratique de l'over-employment permettrait de bénéficier d'un certain confort, affranchissant les employés de contraintes anxiogènes et d'exigences perpétuellement revues à la hausse par leur entreprise. Ou comme le résume une internaute : « Savoir que j'ai d'autres options me sécurise. Je sais que je peux partir en claquant la porte si je n'en peux plus. » Interrogé par Wired, Isaac P décrypte le phénomène « OE »  : « Les tendances anti-travail et OE se chevauchent. L'anti-work estime que le système oppresse les travailleurs et qu'il faut démolir le système. L'OE considère que le système oppresse les travailleurs et qu'il faut l'exploiter. » Ou comme précise un Redditor : « Ne démissionnez pas vraiment, démissionnez juste dans votre tête. »

Vers toujours plus de travail ?

Quid de la France ? Une récente étude* hexagonale estime que l'on s'orienterait vers la multiplication des activités rémunérées. Ainsi, une majorité de Français devrait, en 2035, occuper en moyenne 2,3 activités différentes, contre seulement 8 % aujourd’hui (soit 2,3 millions de travailleurs). Une tendance qui s'expliquerait par plusieurs facteurs : tout d'abord, la pandémie aurait fait sauter les dernières digues prévenant le déversement du professionnel sur le personnel, notamment par le biais du télétravail. En outre, la peur d'un futur économique incertain, entre crise énergétique et inflation exacerbée, inciterait fortement les individus à cumuler les revenus pour mettre de côté en prévision de troubles majeurs. Une tendance qui pourrait bien rattraper la GenZ : s'ils sont de plus en plus nombreux à remettre en cause le monde du travail, ils partagent de manière quasi homogène une grande inquiétude envers l'avenir. D'après une étude VSCO menée fin 2021, cette appréhension les conduirait à privilégier la recherche de la stabilité financière.

Au point de cumuler les emplois ? Peut-être bien. Comme l'observe Wired, « le suremploi est plus qu'une simple manière de travailler. Il s'agit d'une idéologie individualiste basée sur l'autonomie à laquelle adhèrent de nombreuses personnes qui estiment que les entreprises ont tourné le dos aux travailleurs. » Pas sûr dans ses conditions que les adeptes de la sieste comme remède aux maux économiques contemporains obtiennent gain de cause...

*Méthodologie : étude combinant données quantitatives et qualitatives et menée sur un échantillon de 2000 Français en janvier 2022 par la société de conseil onepoint et Kantar Public.

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