Adam Neumann entouré de logos de crytpomonnaies

Adam Neumann, le patron qui a crashé WeWork, veut sauver la planète... grâce aux cryptos

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Un serial entrepreneur sulfureux et bonimenteur, des cryptos et des bons à polluer... Mais comment cela pourrait-il mal tourner ?  

Le crash de l’entreprise de coworking WeWork est si catastrophique qu’il est le sujet d’une série, WeCrashed, sur la plateforme Apple TV+ et interprétée par Jared Leto et Anne Hathaway. Pourtant cela ne semble pas faire tiquer les investisseurs qui continuent de miser sur Adam Neumann, le fondateur sulfureux de WeWork, fraîchement reconverti dans les cryptos. Flowcarbon, la startup qu’il a cofondée et financée, vient de lever 70 millions de dollars, a révélé Reuters le 24 mai. 

Le business de sa nouvelle entreprise – dont il est le cofondateur aux côtés notamment de sa compagne Rebekha Neumann, mais pas le PDG – n’est, en plus, pas des plus rassurants. Baptisée Flowcarbon, l’entreprise organise la vente de crédits carbone, ou bons d’émission de CO2, dont les transactions sont enregistrées sur la blockchain. Le marché des bons à polluer est connu pour son opacité et ses arnaques (souvenez-vous de l’escroquerie à la taxe carbone au début des années 2000, et sinon courez voir le documentaire Les Rois de l’arnaque sur Netflix). Mais Flowcarbon entend justement le rendre plus « transparent, liquide et accessible » en transformant les bons sous forme de tokens. Autrement dit Flowcarbon veut faire de ce marché vérolé et pris d’assaut par des arnaqueurs, un marché plus vertueux… en le rendant plus facilement accessible grâce à une couche de crypto. Cherchez l’erreur. 

Trader plus facilement des bons à polluer

Pour Robert Mendelsohn, professeur de politique forestière et d'économie à Yale interrogé par Recode, Flowcarbon essaie de régler un problème qui n’en est pas vraiment un. « Ce pourquoi les blockchains sont utiles c’est de s'assurer que rien ne se perd. Or, ce n'est pas vraiment un problème avec le marché actuel des crédits carbones. Ce n'est pas à ce niveau qu'ils sont problématiques. La faille, c'est que les crédits eux-mêmes ne permettent aucune réduction des émissions de CO2. »

La levée de fonds de Flowcarbon intervient qui plus est dans une période de fortes turbulences pour le secteur des cryptomonnaies.  

Goddess Nature Tokens

Flowcarbon a pourtant réussi à convaincre une dizaine d’investisseurs privés, dont le célèbre fonds a16z (Andreessen Horowitz), financeur historique de tous les succès de la Silicon Valley (Facebook, Airbnb…) désormais très porté sur le Web3. Au total, les VC ont mis 32 millions de dollars dans le projet. 

L’autre moitié des 70 millions de dollars vient de la vente des tokens de Flowcarbon sobrement baptisés « Goddess Nature Tokens » (GNT) – ou les « jetons de Mère Nature » . Difficile de bien comprendre leur utilité et leur fonctionnement tant le niveau d’enfumage du site web de Flowcarbon est élevé. Ils sont décrits comme « la première crypto multifonctionnelle primitive permettant d’inscrire des bons carbone de qualité institutionnelle sur la blockchain » . Plus simplement : chaque token représente un crédit carbone et les utilisateurs de Flowcarbon pourront donc s’échanger leurs crédits en achetant et revendant des GNT. 

Un classique « pivot to crypto »

La rédemption de l’ex-patron de WeWork illustre bien ce mouvement général de la précédente génération de fondateurs de la tech qui se dirige tout droit vers un nouvel eldorado : les cryptomonnaies et le Web3. Un « classique pivot vers la crypto pour se réinventer » , s’amuse TechCrunch. Adam Neumann n’est en effet ni le seul ni le premier à tenter ce genre de réinvention. Jack Dorsey a ainsi préféré quitter Twitter pour se consacrer à Block (ex-Square), son entreprise spécialiste du paiement numérique qui a notamment pour projet de développer un nouveau système de minage du Bitcoin. 

Par ailleurs, la nouvelle levée de fonds de Neumann est révélatrice d’une autre problématique : l'importance donnée aux fonds d'investissements, qui font la pluie et le beau temps dans le secteur de la tech. Doit-on les laisser se charger de la feuille de route des innovations pour les prochaines années à venir ? , se demande-t-on en voyant les VC miser une nouvelle fois sur ce fondateur dont le management plus que douteux et les multiples frasques ont largement participé à la chute de WeWork. 

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