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Podcast : Elizabeth Holmes et Theranos, un procès de la tech et une affaire aux accents shakespeariens

Duperie, argent, romance et trahison... « The Dropout : Elizabeth Holmes on Trial » est le podcast à écouter pour comprendre ce qui s’est joué au procès historique de la star déchue de la Silicon Valley.

C’est une histoire qui rassemble tous les ingrédients d’une tragédie shakespearienne. Duperie, argent, romance et trahison sont au cœur de l’ascension puis de la chute d’Elizabeth Holmes et de son entreprise Theranos. Une histoire qui fascine et dérange, notamment dans la Silicon Valley où les faits se sont déroulés.

Changer le monde... la promesse qui fait rêver les banquiers

Au mitan de la décennie 2010, une jeune femme défraye la chronique dans le milieu très masculin de la Silicon Valley. Elle est grande, blonde, ses yeux bleus perçants ne cillent quasiment jamais et elle parle avec une voix grave, profonde. En 2014, Elizabeth Holmes est la plus jeune milliardaire du monde, son entreprise Theranos est valorisée à près de 9 milliards de dollars. Comme toutes les startups sorties du moule de la Silicon Valley, son projet est présenté comme « révolutionnaire ». Elle-même s’est construit comme destin de « changer le monde ». Son domaine : les biotechnologies. Son projet : rendre les tests sanguins plus accessibles, moins coûteux, plus efficaces et rapides – le tout avec une seule goutte de sang prélevée sur le bout du doigt. C’est d’ailleurs là que réside la dimension extraordinaire du projet : une seule goutte de sang, alors qu’un test sanguin classique nécessite une quantité prélevée beaucoup plus importante.

Investisseurs cinq étoiles pour une prodigieuse entrepreneuse

Elizabeth Holmes, qui a quitté ses études à Stanford pour monter son entreprise – un statut de « drop out » valorisé dans le monde de l’entrepreneuriat, impressionne. De son propre aveu, elle se rêve comme la prochaine Steve Jobs. L’ex-président des États-Unis Bill Clinton parle d’elle comme d’un « prodige ». Joe Biden, alors vice-président des États-Unis nommé par Barack Obama, loue la « visionnaire » en elle. Soutenue par une partie de l’élite politique, cette self-made woman promise à un destin exceptionnel réussit à vendre son projet à des investisseurs cinq étoiles. Parmi les noms prestigieux ayant soutenu financièrement Theranos, on trouve un ex-secrétaire d’État, Henry Kissinger. Un général des armées, qui deviendra par la suite secrétaire d’État à la défense du gouvernement Trump, James Mattis. Mais aussi le magnat des médias Rupert Murdoch.

Mensonges et dissimulations

Pourtant, dès 2015, des premiers doutes émergent quant à la fiabilité de la technologie développée par Theranos. La machine serait défaillante, elle ne se montrerait pas à la hauteur des objectifs affichés par la startup. Pire, les tests réalisés avec cette machine conduiraient à de fréquentes erreurs de diagnostic. Un sujet hautement sensible dans le secteur de la santé publique. Les promesses d’Elizabeth Holmes seraient fallacieuses, sa technologie inopérante. Le journaliste John Carreyrou est le premier à jeter un pavé dans la mare, dans un article d’octobre 2015 du Wall Street Journal. Il a tiré un livre de cette affaire, Bad Blood, qui sera prochainement adapté au cinéma avec Jennifer Lawrence dans le rôle d’Elizabeth Holmes.

La suite de cette affaire est marquée du sceau du mensonge et de la dissimulation. Elizabeth Holmes et son partenaire et COO, Sunny Balwani, font tout pour dissimuler aux investisseurs la réalité de leurs échecs en laboratoire. Y compris en mentant sur les difficultés réelles de l’entreprise. En interne, les démissions succèdent aux tentatives de redresser la barre. Mais rien n'y fait, Elizabeth et ses partenaires d'affaires ignorent les alertes. Cette période, sordide pour les employés autant que pour le grand public victime des résultats falsifiés de l’entreprise, est admirablement racontée dans la première saison du podcast The Dropout. On y croise des jeunes diplômé·e·s devenu·e·s lanceurs d’alertes, des avocats tentant de dissuader les démissionnaires en les intimidant et des victimes d’erreurs médicales.

Fake It, Till You Make It

Après plusieurs deals avortés, notamment avec la chaîne pharmaceutique Walgreens, le cas de Theranos prend une tournure judiciaire. Des enquêtes au sein de l’entreprise ont lieu. Elizabeth Holmes doit répondre d’accusations de fraude devant la SEC, l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. Elle est accusée d’avoir menti pour attirer les capitaux. Une pratique courante dans la Silicon Valley, résumée par un adage : Fake It, Till You Make It.

Face à ses interrogateurs et interrogratrices, elle plaide l’ignorance.

Nous sommes alors en 2018. En septembre, l’entreprise est formellement dissoute et ses employés licenciés. Trois ans plus tard, en septembre 2021, c’est devant la cour de justice de San José en Californie qu’Elizabeth Holmes comparaît pour un procès hors norme. Il a été retardé, à cause du Covid-19 mais aussi du fait de la grossesse de l’accusée. Un événement qui a beaucoup surpris les parties civiles, dont certaines ont affirmé que cette grossesse avait été programmée pour attendrir le jury populaire. Lundi 3 janvier 2021, Elizabeth Holmes a été convaincue de fraude, une première dans l’histoire de la Silicon Valley. La peine de prison qu’elle encourt peut aller jusqu’à 22 ans de prison ferme. Elle sera prononcée dans plusieurs mois.

Le verdict a suscité de nombreux commentaires, notamment dans le monde de l’entrepreneuriat. Elizabeth Holmes, sociopathe ingénue et mouton noir isolé ou phénomène structurel, symptôme d’une culture entrepreneuriale toxique ? La question reste en suspend. La deuxième saison du podcast The Dropout tente d’y apporter des réponses.

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