Succession, HBO

« Succession » , « House of Gucci » ... Business story et grands héritiers sont les nouvelles coqueluches de l'audimat

© HBO, Succession

Argent, pouvoir, névroses familiales... Les rouages des empires financiers fascinent le grand public, dans des fictions où la part de réalité accentue le suspens.

À l’été 2021, Le Monde publiait une série de six enquêtes sur les héritiers des grandes dynasties capitalistes familiales françaises. Signée par Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider, elle mettait en lumière l’éducation « encadrée » de ses cinq enfants par Bernard Arnaud, le patron de LVMH, « le communisme familial » du clan Mulliez aux commandes d’Auchan et de Leroy Merlin, ou encore la déconfiture de l’Empire de Jean-Luc Lagardère sous l’égide de son fils Arnaud stigmatisé pour sa « désinvolture ». Cette saga de l’été, plus commentée que les couvertures des magazines people, se révélait symptomatique d’une fascination pour les 0,001 % les plus riches dans un monde où l’ascenseur social n’est plus guère qu’un lointain souvenir. Et l’on retrouve cette fascination dans l’engouement provoqué par la série Succession, dont la troisième saison est diffusée par HBO et OCS depuis octobre dernier.

Le temps des successions

Auréolée de cinq Emmy Awards et de deux Golden Globes, la saga s’attache à la famille Roy, à la tête d’un empire médiatique qui n’est pas sans rappeler celui de Rupert Murdoch, le propriétaire de Fox News, du Wall Street Journal ou du Times de Londres. Le patriarche, incarné par l’acteur britannique Brian Cox, confronté à des problèmes de santé, y met ses quatre enfants en concurrence pour reprendre le groupe. La plus capable, sa fille Shiv (Sarah Snook), souffrant du double handicap d’être démocrate dans un clan qui surfe sur la vague populiste, et née femme. Question qui apparaît également en filigrane dans les enquêtes du Monde. La force de la série Succession, c’est de mixer les enjeux intimes, familiaux, économiques et politiques sans trop se focaliser sur le mode de vie dispendieux des Roy. La thèse de la série : tout s’explique par les névroses familiales. L’argent, le pouvoir, ne sont que des leviers pour garder ses enfants en son pouvoir ou se faire aimer de son père.

À l’opposé, le long métrage de Ridley Scott House of Gucci sorti en novembre ne parvient jamais à dépasser sa fascination pour les vêtements griffés, les palazzi et les jets de ses protagonistes. On se marie et on se trompe, on se trahit et on s’entretue, comme dans les séries des années 1980 Dallas ou Dynastie, mais le spectateur n’y croit guère, l’étalage de signes extérieurs de richesse ne suffisant pas à constituer un point de vue.

Pourtant, cette série et ce film ont en commun, de même que la presse people, on y revient, de raconter que ces gens sont incommensurablement plus riches, certes, mais non moins torturés que nous. Notre fascination se basant donc sur un paradoxe indépassable, nous sommes attirés par ces histoires, car nous voulons savoir ce que leurs protagonistes ont de singulier, et nous en devenons accros, car elles racontent qu’ils sont tout simplement humains.

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