Un jeune homme en train de tricoter

Génération Z : les loisirs de retraités sont devenus cool

© Instagram Tom Daley

Ils ont remplacé TikTok par les puzzles, les raves par l'observation des oiseaux, le shopping par la pêche à la ligne et le tricot.

En cause : une envie d'authenticité, de décélération et de reconnexion à la nature qui pousse la génération Z à s'essayer à de nouvelles activités, notamment celles prisées par leurs grands-parents. Ce n'est pas une coïncidence si le style en vogue cet été 2022 était le look Costal Grandmother...

Connaissez-vous le JOMO ?

« Avant la crise sanitaire, la Génération Z préférait les activités en intérieur plutôt qu’en extérieur. En effet, plus de 53% d’entre eux privilégiaient le visionnage d'une série ou un jeu vidéo en simultané plutôt qu'une soirée en boîte de nuit ou dans un bar », nous explique Nina Rolin, planneuse stratégique chez Leaks Podcast. Une appétence traduite par l'explosion des #NetflixParty, qui ont généré plus de 21 000 publications sur Instagram, ou encore #FortniteBattleRoyale, qui décompte plus de 7,9 millions de publications.

« On pensait que le confinement serait très propice à la génération Z, habituée à vivre en ligne. En réalité, elle s'est sentie très isolée derrière les écrans. Cela lui a fait prendre conscience de la nécessité de sociabiliser "dans la vraie vie" (IRL, in real life) dans un "corps à corps" », souligne Elisabeth Soulié, coach et anthropologue diplômée de l’EHESS. Dans son ouvrage, de plus en plus de jeunes lui ont ainsi confié être prêts à abandonner leur téléphone lorsqu'ils sont avec leurs amis ou dans certains lieux. Pourquoi ? Pour pouvoir « être complètement présent. »

Une étude du média diplomeo-BDM publiée en janvier 2022 montre qu'en 2020, 42% des Z ont estimé ne pouvoir se passer une demi-journée de leur téléphone et réseaux sociaux, contre seulement 12% aujourd’hui. À l'inverse, 30% d'entre eux déclarent désormais pouvoir décrocher pendant des semaines quand 14% affirment être en mesure de renoncer à vie à leurs réseaux. « Ce n'est pas anodin, car c'est l'espace le plus mangeur de temps de cette génération, espace où elle développe ses relations et créé ses identités numériques et où elle vit de manière nomade, tribale et affective. Mais le confinement a provoqué un effet de saturation. » Nomophobie (la dépendance à son téléphone) et FOMO (pour fear of missing out) seraient donc en train de s'amenuiser pour être remplacés (définitivement ? ) par le JOMO, pour joy of missing out, ou la satisfaction que l'on retire à s'extraire un temps de la vie sociale, notamment celle que l'on mène en ligne.

Besoin de rien, envie de sens...

Résultat : des jeunes qui apprécient de plus rester chez eux en mode hors ligne, pour arroser leurs plantes en pot ou faire de la poterie (5,8 milliards de vues pour le #ceramics) et du tricot. « De multiples activités manuelles sont redevenues tendance avec une certaine touche de modernité dans le traitement. Le retour de la couture est lié à la tendance vintage, le jardinage aux (nombreux ! ) lives surveillant la bonne évolution de plantes (107 millions de vues pour le #jardinage sur TikTok), les jeux de plateau comme Donjons & Dragons ou encore le bricolage avec des DIY récup », précise Nina Rolin. « Ces actions sont autant de réactions de rejet du monde virtuel où le relationnel est déguisé en proposition commerciale ».

@alliebrinn

Reply to @izziet0313 I gave him another shot and he kinda popped off🫢

♬ Blue Blood - Heinz Kiessling & Various Artists

Notons que ces activités sont reconnues pour soulager la santé mentale, l'une des priorités de l'année 2022 pour les Z selon une étude VSCO. En effet, selon l'association Mental Health America, manier les aiguilles nous serait très bénéfique, un avis que partage le plongeur olympique britannique Tom Daley. En 2021, alors âgé de 27 ans, il devient viral sur les réseaux pour son amour du tricot. D'après lui, tricoter l'aiderait à « trouver le calme, la pleine conscience et à soulager le stress. » Ces activités artisanales permettent d’échapper à l'insignifiance du monde virtuel, poursuit Nina Rolin. « À la recherche de la possibilité d'avoir un impact concret durant le confinement, cette génération a choisi d’apprendre une nouvelle compétence, de l’utiliser pour réparer, apprendre ou bâtir quelque chose », souligne Nina Rolin.

Seuls ensemble

« Le retour à ces activités reste pour beaucoup solitaire et traduit peut-être un "excès de nous". La génération Z a fait le pari du relationnel et du collectif. Il y a risque d'une forme de dissolution du "je" dans le "nous", de confusion entre le soi et l’autre », explique Elisabeth Soulié. Certains jeunes confessent supporter si peu la solitude qu'ils préfèrent passer du temps « entourés » en ligne. Or, de plus en plus d’activités se pratiquent dans le confort et la solitude choisie de sa chambre : peintures de figurines, petits trains, maquettes et reproduction de saynètes de la vie quotidienne en version lilliputienne... Les loisirs au format XXS font leur grand retour. « Il y a aujourd'hui un besoin de se retrouver, d’être à l’écoute de soi et de ce que l’on ressent profondément, de se reconnecter à soi de manière plus authentique, dans la solitude de son soi. Cela nécessite un temps long et du silence. C'est nouveau : j'ai l'impression d'assister à un rééquilibrage dans des plaisirs plus sobres, simples, non factices... »

Mais les nouveaux loisirs des Z ne se déroulent pas que dans la maison. « Nombre de jeunes me racontent faire les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. En écho avec l'éco-anxiété et une forme d'angoisse existentielle très prégnante chez cette génération, beaucoup d'entre eux cherchent à décélérer. Conscients aujourd'hui que le vivant et l'humanité sont menacés et donc mortels, ils recherchent la manière de vivre autrement le temps qui nous est donné », rapporte l'anthropologue. Un avis partagé par Nina Rolin : « La pandémie a imposé une pause dans cette course effrénée à la surproductivité et a permis une mise en point. »

Elle note également que de plus en plus de jeunes se tournent vers la méditation et vers les activités en extérieur comme l'observation des oiseaux (si populaire qu'en avril 2020 Conde Nast Traveler a publié un guide d'observation intitulé « Comment observer les oiseaux depuis chez soi » ) et la pêche façon no kill (ou même la transformation en sirènes ! ) Rien d'étonnant pour Elisabeth Soulié : « Ce sont des instants de ré-émerveillement par rapport à la nature, à un vivant en passe de disparaître, un moment sans efficacité, qui ne produit pas quelque chose, dans lequel il s'agit de se défaire de la pression d'un temps sans durée, rythmée par l'urgence. La génération Z recherche des espaces-temps dédiés au laisser-faire et à la rencontre avec ce qui se manifeste et s'agite devant elle, ici et maintenant. Par rapport à la génération X, qui n'avait qu'à supporter la pression au travail — et qui du coup la supportait mieux — la génération Z subit en plus une pression spatiale et temporelle. »

À lire : La génération Z aux rayons X (éditions du Cerf 2020) par Elisabeth Soulié, anthropologue.

commentaires

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  1. Sophie Morin dit :

    Bonjour,
    Cet article est très interessant. Juste une remarque cependant : il faudrait "nuancer" dans l'emploi de "grand-parents" dans la mesure où il fait référence à la génération qui était jeune dans les année 70 ou voire un peu plus tôt, donc les baby-boomers qui ont vécu 68. Cette génération n'étant pas elle-même celle des tricoteurs, brodeurs, etc... ce sont leurs propres parents qui l'étaient et donc les arrières grand-parents de la gen Z qui pratiquaient ce type de DIY. Il faudrait faire attention à faire preuve d'autant de nuances entre les générations à l'égard des plus de 50 ans comme vous le faite pour les plus jeunes. Il serait aberrant de mélanger les habitudes de la génération X avec celle des Y et Z. De même il est aberrant de mélanger les habitudes des personnes de 60 ans avec celles de 90 ans.

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