Sur fond vert pâle, une fille arrose des plantes vertes

« Plant moms »  : elles prennent soin de leurs succulentes comme de leur bébé

© Hermione Bosseboeuf

Elles ont la main verte et des centaines de milliers d'abonnés séduits grâce à la passion qu'elles partagent avec la plupart des moins de 35 ans : le jardinage d'intérieur. Bienvenue dans l'univers vert et luxuriant des « plant moms. »

On fait peut-être moins la fête et moins l'amour, mais on achète plus de ficus et de monstera. Dans d'élégants pots en osier ou en terre cuite, elles trônent au milieu de nos intérieurs pleins de bibelots en tout genre façon maximalisme décomplexé, et sont le reflet d'une vie saine et équilibrée... Dixit les « plant moms » ( « mamans de plantes » ), avec leur arrosoir doré, leur amour des graines et leur parfaite prononciation du terme « cephalophyllum. »

Qui sont les plant moms ?

Au média SCREENSHOT, Beth Martin, @couldbebeth sur TikTok, fleuriste chez Wild Things Flowers à Londres, explique : « Vous pouvez avoir plein de plantes et ne pas être une plant mom. J'ai l'impression que le terme fait vraiment référence à l'esthétique globale d'une personne plutôt qu'à sa possession de quelques plantes... »

Sur les réseaux, on retrouve ces influenceuses d'un nouveau genre sous le #plantmom. Il rassemble près de 900 millions de vues et s'accompagne généralement des mentions #indoorjungle, #plantobsessed, #plantlady #houseplantsoftiktok, #plants ou encore #plantlover (plus de 3 milliards de vues...). Ici, beaucoup de femmes aux cheveux longs et aux t-shirts tie and dye expliquent de quelle quantité d'eau les brasilicactus ont besoin pour être en forme et comment rempoter ses plantes avec amour. On peut aussi admirer tout un étalage de plante fraiches et bien lustrées qui habillent les intérieurs cosy et gorgés de lumière de ces plant moms. En bonus : des conseils pratiques pour recréer une oasis de quiétude sur son balcon.

Plus qu'une passion ou un hobby, ces plant moms mettent en scène un véritable mode de vie, quelque part à mi-chemin entre le vintage et le cottage core, cette esthétique ultra populaire sur les réseaux qui sublime la vie à la campagne, la déconnexion et les robes vaporeuses à fleurs. Elle sublime un quotidien routinier et casanier, ponctué par les arrosages, l'éclosion de bourgeons ou l’apparition d'un nouvelle feuille, à une époque où le recentrage sur la maison et l'intime sont de plus en plus prégnants.

Maintenir un lien avec la nature

En ces temps d'effondrement de la biodiversité et de réchauffement climatique, l'amour porté aux crassulas apparait aussi comme l'un des derniers moyens accessibles de conserver un lien avec la nature, aussi ténu soit-il. Au fil des confinements, les ventes de plantes en tous genres ont explosé. Aux États-Unis, près de 38 millions de ménages pratiquent avec assiduité le jardinage d'intérieur. Pour cela, ils ont dépensé environ 1,67 milliard de dollars en 2020, soit une augmentation de 28 % par rapport à 2019, d'après le National Gardening Survey de l'année dernière.

Pour Beth Martin, cela a aussi à voir avec la satisfaction que l'on retire du fait de veiller à la bonne santé d'un autre être vivant, notamment en temps de pandémie : « Prendre soin de quelque chose et avoir des responsabilités a donné à beaucoup d'entre nous l’impression d'avoir un but, même mineur, à une époque où il n'y avait rien d'autre à faire. Arroser ses plantes et les regarder prospérer donnait l'impression que cela sera aussi notre cas d'ici quelques mois. »

Moins de bébés, plus de plantes, en vous remerciant

Crise énergétique, montée de l'extrême droite et raréfaction des ressources... Bizarrement, tout cela ne donne guère envie de procréer. (Sauf à Rihanna apparemment...) Tout comme notre aspiration déclinante au mariage (désolé, c'est trop cher ! ), nos envies de reproduction seraient en berne.

C'est ce qu'indique une récente étude conduite par Cash Lady, rapportant que presque la moitié des Z entre 18 et 24 ans n’entendent pas avoir d'enfant. La principale raison invoquée : la peur de l'effondrement et l'envie pour un tiers des sondés de dépenser leur argent pour se faire plaisir. « Peut-être que devenir une plant mom satisfait notre besoin de nous sentir utile, mais sans avoir toute une famille à gérer » , observe la fleuriste.

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.