Jeune fille pêche à la ligne

Pêche à la ligne : pourquoi les jeunes adoptent ce hobby de retraités

© Cribb Visuals via Getty images

Lentement mais sûrement, les loisirs prisés par nos grands-parents gagnent en popularité.

Matinées passées à faire des puzzles, cours de poterie, rempotage de plantes vertes et observation d'oiseaux sauvages depuis son balcon... Les loisirs qui occupent nos soirées et week-ends aujourd'hui ne sont pas forcément ceux d’hier. La preuve : partir pêcher la truite n'est plus réservé aux abonnés de Chasse & Pêche.

Et soudainement la pêche est cool

On les repère désormais de loin. Sur les berges du Bès en Lozère, les Bords de Marne, ou le long du canal Saint-Martin à Paris, de jeunes gens (parfois des enfants, bien souvent des hommes en chino bordeaux) arborent cannes à pêche et boîtes à bas de ligne (chaise pliante et bière optionnelles, selon que l'on pratique la pêche à la ligne ou la pêche aux leurres.) La mine concentrée, ils scrutent les flots avec le regard d'un vieux loup de mer qui en a vu d'autres.

Plusieurs éléments ont contribué à populariser l'activité. Il y a eu en 2006 l'émission de télé française Mordu de la Pêche, dans laquelle Cyril Chauquet parcourt le monde, des Keys aux îles Marquises, pour partager de manière assez théâtralisée la traque en mer de poissons bien spécifiques. Dans un registre plus méditatif et pastoral, a suivi l'émission de télé-réalité britannique Mortimer & Whitehouse : Gone fishing. Lancée en 2018, l'émission diffusée sur la BBC Two suit les séances de pêche de deux amis, le comédien Bob Mortimer et l'acteur scénariste Bob Whitehouse. Canne à pêche en main, ils parcourent la Grande-Bretagne et discutent à l'ombre des arbres de leurs problèmes de cœur, serrant les nœuds de leurs appâts, attendant que carpes et brochets mordent à l'hameçon. Juchés sur de petits ponts en pierres surplombant de tranquilles rivières, les deux amis échangent conseils et confidences. L'atmosphère est intime, la lumière déclinante, les décors champêtres et bucoliques.

Et les poissons rejetés à l'eau, selon la devise du catch and release. Pour le média Esquire, l'émission aurait contribué à redorer l’image de ce sport tranquille aux yeux du grand public : « Cela a aidé à repositionner la pêche comme quelque chose de raisonné et de noble, plutôt que comme quelque chose de solitaire et de nuisible en termes d'écologie. »

L'envie de renouer avec la nature

Mais bien avant la diffusion de ces émissions, il y a eu l'envie de renouer avec des activités d'extérieur plus contemplatives et relaxantes. Avec l'émergence du street fishing (la pêche de rue) à l'initiative de Fred Miessner, mi-skateur mi-pêcheur qui promeut une pêche pratiquée en canaux, fleuves ou rivières des petites villes ou capitales, le sport séduit également les jeunes urbains férus de calme, de temps long et de no kill (on ne tue pas les silures...)

Pour Amaury, parisien d'adoption de 34 ans, la pêche aux leurres qu'il pratique depuis toujours avec son père et ses deux frères est avant tout une histoire de famille. Pour le jeune homme qui se définit comme « un vrai fondu de pêche » , l'engouement pour ce sport n'est pas étonnant : « J'y vois un moyen pour les jeunes qui s'y mettent de se réapproprier un coin de nature qu'ils avaient délaissé jusqu'à maintenant, ou auquel ils n'avaient plus forcément accès. Pour les plus enthousiastes, cela peut conduire à sortir de la ville, surtout en ce qui concerne la pêche aux leurres, un type de pêche moins passif et plus stratégique que la pêche à la ligne... qui est elle pour le coup toujours un vrai sport de retraité !  »

Amaury s'apprête à relâcher sa prise, une perche, dans un étang de l'Isère.

À Levallois-Perret en région parisienne, la Maison de la Pêche et de la Nature propose notamment de stages et ateliers pour enfants permettant de s'éduquer à la nature urbaine et aux milieux aquatiques. L'objectif : « Expérimenter les pratiques de la vie en pleine nature et acquérir des connaissances simples pour mieux vivre leur environnement naturel proche. »

La pêche en ligne

Aujourd'hui, la popularité de la pêche à la ligne se mesure entre autres sur les réseaux. Sur TikTok, le #fishing (pêche) cumule plus de 53 milliards de vues, pour des vidéos pas toujours très compatibles avec la notion de no kill ou de respect des animaux. Mention spéciale aussi au #fishingtips (conseils de pêche), avec quelque 900 millions de vues, où les internautes partagent leurs trucs et astuces pour attraper le poisson, pas toujours dans l'optique de le relâcher ensuite. Sur Instagram, il y aussi possibilité de croiser quelques Instapêcheurs, comme les deux lausannois trentenaires @klorklor et @mtornare, adeptes de la pêche à la mouche, qui rassemblent une petite communauté de fidèles passionnés.

La pêche fédère aussi sur console ou PC, sous forme de mini jeux dans le jeu. Certains joueurs ne se rendent dans le monde ouvert du Far West de Red Dead Redemption que pour s'adonner à de silencieuses parties de pêche depuis une barque en bois. De même dans Far Cry 5, jeu de FPS (first-person shooter) se déroulant dans un comté du Montana, où les joueurs peuvent aller taquiner la truite au coucher du soleil depuis une barque en bois. Et pour ceux qui s'intéressent exclusivement à la pêche, il reste toujours le jeu Sea Fishing Simulator (Microsoft), pour s'imaginer cette fois sur les rives de la mer du Nord à traquer « plus de 20 espèces de poissons différentes » .

Les marques s'en mêlent

Ce n'était qu'une question de temps avant que la popularité croissante de ce sport n'inspire les marques. Il y a quelques années, Aimé Leon Dore et Woolrich lancent aussi une collection capsule « inspirée du monde de la pêche » , comprenant une veste vendue plusieurs centaines de livres. En septembre 2021, l'élégante marque de prêt-à-porter australienne P Johnson lance aussi une collection homme dédiée à la pêche confectionnée à partir de tissus techniques japonais, comprenant le traditionnel bob kaki, le gilet de pêche plein de poches et diverses casquettes frappées d'un écusson de poisson, toutes instantanément épuisées.

Les loisirs de retraités ont le vent en poupe. Et ce n'est pas Brad Pitt et Leonardo Dicaprio, qui ne jurent plus que par la poterie et la céramique, qui diront le contraire.

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Fred Miessner forever!

  2. Anonyme dit :

    Imaginez qu'un être vivant sous l'eau, vous attrape grâce à un crochet pointu qui vous perfore les tissus de la bouche ou la mâchoire, et vous immerge ne serait-ce qu'une minute, le temps de vous extraire ce crochet en vous déchirant un peu plus la peau, pour enfin vous laisser remonter à la surface, vous trouveriez cela normal ?

  3. Anonyme dit :

    Arrète tout de suite de vivre et surtout de te reproduire si tu ne veux faire de mal à personne, ni aux animaux et ni aux plantes. Ça me gonfle ce genre de raisonnement qui viennent souvent de personnes roulant en gros SUV en ville. Balaye devant ta porte et abstiens toi de commenter quand tu n'y connais rien !

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