Une photo de la série Stranger Thing

Donjons & Dragons : le jeu de rôle mi-médiéval mi-fantastique est plus cool que jamais

© Netflix, Stranger Things

Dopé par la pandémie, le plus célèbre des RPG séduit de plus en plus de monde, de votre grand-oncle qui n'a toujours pas lâché ses dés à votre petite-nièce militante.

Est-ce que tout le monde s'éclate sans vous ? Oui. Quand vous aller boire un coup en terrasse, vos potes s'affrontent sans doute lors d'un campagne de D&D (ou Donjons & Dragons pour les profanes.) La popularité croissante du jeu est loin d'être anecdotique, à une époque désireuse de s'évader mais aussi soucieuse de renouer avec un sentiment d'appartenance commune.

C'est quoi Donjons & Dragons ?

Créé dans les années 1970 par les Américains Gary Gygax et Dave Arneson, D&D est l'un des tout premiers jeux de rôle sur table. Dans ce jeu de société, les participants élaborent ensemble une fiction en interprétant des personnages dotés de pouvoirs magiques (gobelin assassin, sorcière des marécages...). Une partie ou session dure en moyenne 3 heures, mais une campagne peut durer plusieurs mois. Les sessions se jouent entre autres avec un dé à 20 faces et se déroulent sous la houlette d'un dungeon master ou D.M., pour maître du donjon. C'est lui qui est en charge de créer le monde où se déroule la campagne ainsi que les règles le régissant. Si le monde créé jouxte souvent une sorte d'époque médiévale fantastique, libre au D.M de créer le lore (l'ensemble des éléments relatifs à son univers : la monnaie, les pouvoir magiques, les règles physiques régissant le monde, le système politique...) qu'il désire, pour une ambiance steampunk, survivaliste ou Star Wars.

Tandis qu'il déclenche une panique morale chez les chrétiens traditionalistes dans les années 80, D&D ne cesse de croître en popularité et d'apparaître dans la pop culture, notamment dans les séries télé, de That '70s Show à Buffy contre les vampires en passant par The Big Band Theory et plus récemment la pépite Netflix rétro Stranger Things. Néanmoins, le jeu était dans l'imaginaire collectif toujours plus ou moins cantonné à la sous-culture geek. Mais récemment, la perception du jeu culte a changé. « Maintenant, jouer à Donjons & Dragons est devenu une sorte de moyen de passer un bon moment entre potes – l'antithèse du concours de popularité des années 1990 et du début des années 2000 », expliquait récemment le New York Times.

Quand les geeks font l'industrie

D'après le média, plus de 50 millions de personnes de par le monde auraient déjà « interagi » avec le jeu depuis sa création, que cela soit par le biais du jeu, de la télévision ou du livestream, mais sans compter l’explosion des vidéos TikTok qui déferlent en ligne. En effet, sur la plateforme, le #dnd – qui comporte bizarrement aussi beaucoup de vidéos de nail art – cumule plus de 7 milliards de vues.

Pour Marisha Ray, membre de Critical Role, l'un des livestreams de D&D les plus connus, la popularité du jeu n'est pas étonnante, puisqu’elle observe depuis plusieurs années la culture des « nerd kids » devenir mainstream, notamment grâce aux adaptations à l'écran des œuvres devenues cultes de Tolkien ou de George R.R. Martin, auteur de Game of Thrones. Internet a aussi fait proliférer la sous-culture D&D via des forums Discord et Reddit : sur r/DnD créé en 2009, 2,7 millions de fans du jeu suivent « toutes les variations de Dungeons & Dragons » ...

Et les queers aussi

Selon Connie Chang, une amatrice de Transplanar, un jeu streamé « non colonial et anti-orientaliste » composé entièrement de joueurs transgenres et de personnes de couleur, ce sont surtout les personnes queer et racisées qui favorisent la diffusion massive du jeu et galvanisent les troupes. D'après Connie, ce sont ces personnes qui « apportent du sang neuf, de l'air frais, de nouvelles voix et perspectives, de nouvelles façons cool et innovantes de diriger le jeu et d'appréhender l'espace du jeu, et qui ont secoué une communauté autrement clairement rance et obsolète » .

Mais surtout, alors que la solitude subie frappe de plus en plus de monde, il fait bon se retrouver pour quelques heures autour d'un D.M. Comme le rappelle Matthieu Chaigne dans La fabrique des solitaires (avril 2022, L'Aube), un Français sur 4 souffrait de solitude en 2021 (source : Fondation de France), un taux certes dopé par la pandémie mais en progression constante depuis 10 ans...

(Fun fact D&D : le titre originel anglais du jeu est « Dungeons & Dragons », « dungeon » signifiant malgré sa sonorité trompeuse « oubliettes », utilisé ici dans le sens de « souterrains ». (En anglais, « donjon » se dit « keep »). Techniquement, D&D devrait donc être traduit par « Oubliettes et Dragons », une appellation supplantée par « Donjons et Dragons » qui sonne tout simplement mieux.)

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