Le youtubeur Vincent murmure

The French Whisperer : le youtubeur qui murmurait à l’oreille des insomniaques

Accro à l'ASMR, passionné d'astrophysique et d'histoire antique, doté d'une belle voix grave dans ses vidéos YouTube, Vincent aka « The French Whisperer » a un don pour endormir ses fans. Qui, de ce fait, en redemandent. Entretien avec la dernière recrue de Calm.

« Bonjour à tous, aujourd'hui dans cette vidéo, je vous propose un voyage spatial dans notre système solaire. » Sur sa chaîne YouTube, qu’il décline en trois langues – français, anglais et espagnol – Vincent aide ses 235 000 abonnés à s’endormir. Son style ? De longues conférences portant sur l’histoire, les sciences et quelquefois l’espace. Avec lui, vous apprendrez tout sur la conquête spatiale, la civilisation celte, les cités perdues ou le développement du chemin de fer américain. À la condition que vous écoutiez les vidéos ASMR de Vincent jusqu’au bout. Car, à la différence des créateurs de contenus qui cherchent à capter et retenir votre attention, Vincent fait tout pour que vous sombriez dans le sommeil. Et le plus vite possible.

Connu sous le pseudo de French Whisperer (à traduire par « le chuchoteur français » ), Vincent a la voix profonde, enveloppante. Il joue sur les graves et les petits bruits de bouche. La première fois que Vincent vous chuchote ses récits, franchement, c’est troublant. Puis, on s’habitue. On ne voit jamais son visage, mais il soigne ses images. À l’écran, ses mains manipulent lentement des documents, caressent des objets avec une sensualité tout en suggestion. Ce conteur d’ « histoires du soir » est tellement efficace que l’appli Calm lui a commandé plusieurs podcasts en anglais. Rencontre.

Vos premières vidéos ASMR remontent à 2014, une époque où peu de personnes connaissaient ce terme. Peut-on vous considérer comme un vétéran du genre ?  

Vincent : De facto, oui. J’ai effectivement commencé en 2014, mais ça a été une trajectoire un peu interrompue avec une pause de trois ou quatre ans avant d’y retourner en 2019. Depuis, je produis des vidéos de manière plus régulière, mais cela reste une sorte de hobby, j’ai une entreprise que je gère à côté.

Comment êtes-vous entré dans cet univers ?

V. : J'ai découvert l'ASMR avec les tout premiers articles qui ont été publiés en France sur le sujet. J’étais sensible à ce type de contenu et j’éprouvais ces sensations de frisson sur le crâne. Ça m’a amusé et j’ai commencé à chercher des vidéos qui me permettraient de ressentir le plus facilement possible ce type de sensation. Je me suis rendu compte que ça arrivait au naturel quand j’écoutais des conférenciers parler sur un ton un peu monotone. Cela fonctionnait très bien pendant mes études quand j’écoutais certains de mes professeurs. Vu que je ne trouvais pas le type de contenus qui pouvaient recréer ce type de sensation, j’ai décidé de les faire moi-même.

Comment avez-vous trouvé ce rythme et ce timbre de voix si particulier ?

V. : Ce n’est pas ma voix habituelle, et la principale difficulté est de trouver cette façon de parler plus douce, et surtout de la maintenir. Ça nécessite un petit effort, mais après des heures et des heures d'enregistrement, ça finit par devenir naturel. Ce qui a changé au fil du temps, c’est quand je me suis rendu compte que les gens utilisaient mes vidéos pour s’endormir. Aujourd'hui, je les présente comme des histoires qui vous aident à atteindre le sommeil.

C’est grâce au succès de votre chaîne YouTube que vous avez été contacté par Calm ?

V. : J’ai collaboré avec eux sur des contenus audio parce que je pouvais produire mes vidéos en anglais et en espagnol. C'est une très grosse entreprise, très professionnelle avec des millions d’utilisateurs. Même s’ils se concentrent beaucoup sur la relaxation et le bien-être, ils ne peuvent pas proposer à leurs utilisateurs du contenu tel qu’on en trouve habituellement sur YouTube : des petits bruits, comme des tapotements de doigts, par exemple. Ils ont besoin de contenu plus sophistiqué, mais aussi de voix qui permettent de le faire vivre. De ce fait, ils m’ont commandé des mini-documentaires que nous avons enregistrés dans leurs studios.

À la différence des conférenciers qui doivent capter leur audience, vous devez au contraire l’endormir. Comment écrit-on un tel contenu ?

V. : Cela peut paraître paradoxal, mais je propose un fil conducteur et une histoire qui vont aussi capter l'attention de mon audience. Je dois permettre aux gens de laisser de côté leurs soucis ou les pensées qui pourraient tourner dans leur tête et les empêcher de dormir. Ils peuvent focaliser leur attention sur l'histoire que je leur raconte et oublier tout le reste. Cela les conduit à un état de relaxation et d'abandon propice au sommeil. D’ailleurs, je constate que mes auditeurs reprennent mes vidéos là où ils les ont arrêtées et les regardent en plusieurs fois. Donc, je pense qu’ils vont vraiment au bout de mes petits documentaires.

On dénonce souvent les écrans comme étant une entrave à notre sommeil. Ça ne vous semble pas un peu triste d’avoir recours à eux pour justement nous aider à nous endormir ?

V. : Oui, cela peut sembler perturbant au premier abord. Mais il faut se rappeler que ça correspond à une vraie demande. Si la consommation de ce type de contenu est devenue une nécessité absolue pour s’endormir, c’est peut-être le signe d’un problème sous-jacent. Ce n’est pas nouveau. Ni malsain. Pendant longtemps, les gens ont écouté la radio le soir avant de s’endormir, et, même si c’est une pratique moins répandue aujourd’hui, je pense que le contenu que je produis a plus ou moins pris le relais.

Cette interview est tirée du dossier « Blockbuster » de la revue L'ADN n°28 : disponible ici !

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