Psylos, champignons hallucinogènes utilisés en microdosing

Champignons hallucinogènes : une pratique qui se répand et qui a changé leur vie

Ils sont de plus en plus nombreux à tenter l'expérience. Pour se soigner, prendre du recul ou se sentir plus créatifs, les adeptes de la consommation de champignons « magiques » nous racontent pourquoi ils se sont mis à cette pratique, et pourquoi ils adorent.

Dépression, stress, syndrome prémenstruel… Pour adoucir leurs troubles anxieux et élargir leur perspective sur la vie, ils font appel à la psilocybine, le principe actif de certains champignons hallucinogènes. La psilocybine est aux champignons ce que le THC est au cannabis, à savoir un principe psychotrope puissant. Et elle se distingue par ses multiples propriétés vertueuses...

C’est ce que démontrerait une étude relayée par l'hebdomadaire américain Newsweek, qui note que la consommation de champignons hallucinogènes en cas de dépression pourrait être « la plus grande avancée en santé mentale depuis le Prozac dans les années 1990. » Menée par des chercheurs de l’université Johns Hopkins à Baltimore dans le Maryland, l'étude Effects of Psilocybin-Assisted Therapy on Major Depressive Disorder publiée en 2020 dans la revue JAMA Psychiatry stipule que le traitement à base de psilocybine est quatre fois plus efficace que les antidépresseurs traditionnels. En témoigne aussi l'étude menée par le Professeur et conseiller gouvernemental David Nutt, expliquant que les champignons sont parmi les substances existantes les moins dangereuses qui soient.

Et il n’y a pas que pour soigner la dépression chronique que les champignons, en grosses ou petites doses, seraient efficaces... Pierre, Frédéric, Arnaud, Julien, Marina et Martin racontent.  

« Conscience exacerbée et grande vague d’émotions »   

Allongé dans le noir, casque sur la tête et musique Lo-fi dans les oreilles, Pierre*, 31 ans, vient d’absorber 8 grammes de champignons séchés en poudre. Son trip soigneusement préparé va durer entre 4 et 6 heures, et le laissera une fois l’épisode conclu tenaillé par la faim, dans un état mêlant euphorie et grande fatigue. 

« Je ne prends jamais de champignons en soirée ou en société, je fais toujours ça seul avec moi-même. Globalement, l'expérience n’est jamais déplaisante, même si elle peut être éprouvante. Avant une séance de macrodosing (ndlr : l'absorption d'une quantité importante de substance), je jeûne pour en démultiplier les effets. Pendant, je n’écoute pas de musique avec des paroles pour ne pas m'exposer à quoi que ce soit qui puisse provoquer des interférences... Pendant le trip, je suis dans un état de conscience exacerbée, je ressens de grandes vagues d’émotions... » Et dans les jours qui suivent, Pierre « analyse le voyage… »

Ces moments d’introspection permettent au jeune homme de mettre le doigt sur des traumatismes et des « raisonnements fallacieux » dont il se sent prisonnier. « Cela m'a aidé à soigner des symptômes dépressifs que je traîne depuis une décennie, causés par des traumas d'enfance identifiés justement grâce à la prise de champignons. » Depuis 2017, ce cadre qui vit entre Paris et la Bretagne pratique le macrodosing pour soigner sa santé mentale. Mais depuis deux ans, le jeune homme s'adonne aussi au microdosing, la prise régulière de doses infimes de champignons séchés, broyés en poudre et encapsulés. « Je m'y suis mis par curiosité sur les conseils d'un ami. Et les effets sont très bénéfiques » , souligne Pierre. « Cela m'aide aussi à mieux gérer mon stress. En tant que chef de service, mon poste m'amène à devoir essuyer de nombreux imprévus. Je me sens aussi beaucoup plus productif » , explique t-il.

Pierre n'a initialement pas souhaité se tourner vers un psychiatre ou un psychologue car ce type de traitement lui paraissait trop lourd financièrement : « Les champignons me semblaient plus accessibles et moins dangereux que les antidépresseurs. » Aujourd'hui, le jeune homme a assorti sa pratique du microdosing de thérapie, mais se refuse catégoriquement à essayer les médicaments prescrits en pharmacie : « Je redoute les effets secondaires qu’ont connus des proches, qui ont mis très longtemps à trouver le bon dosage et la bonne molécule. Ils avaient des sautes d'humeur, des troubles digestifs, et ont pris beaucoup de poids. Et quand ils ont voulu arrêter le traitement, cela a été très violent en terme de mal-être... » Avec les champignons, Pierre assure n'avoir jamais connu le moindre effet secondaire ou symptôme de manque.

S'il n'envisage pas spécialement de microdoser à vie, le jeune homme ne redoute pas l'idée. Et si Pierre a choisi les champignons hallucinogènes plutôt que le LSD, la MDMA ou la kétamine comme d'autres, c'est avant tout par esprit pratique. « Les champignons sont plus faciles d'accès, moins chers, et plus simples à bien doser que le reste. En termes de puissance, c'est bien moins aléatoire que du LSD par exemple. » Pour sa consommation, le cadre s'approvisionne sur Internet sur des sites accessibles en clair, où pour une quarantaine d'euros il se procure des « box » de culture (des tupperwares contenant des pains de mycélium à faire fructifier) qui lui dureront près d'une année et demi.

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« Je suis tellement reconnaissant, cela m'a sauvé la vie »

Après 20 ans d'alcoolisme, Frédéric* a réussi à tirer un trait sur son addiction. À 42 ans, lui qui a commencé à boire à 13 ans a vu sa santé se détériorer sérieusement au fil des années. Grâce au traitement chimique prescrit par un médecin, il réussit à deux occasions à arrêter de boire, sans toutefois jamais tenir plus de quelques semaines. Il y a deux ans, le consultant en formation en vient à sérieusement se questionner : pourquoi cette tendance auto-destructrice, cette consommation quotidienne et compulsive ? Lui qui s'intéresse depuis longtemps aux psychédéliques apprend que la psilocybine pouvait déclencher la remontée de souvenirs enfouis. « Je comptais là-dessus pour déterrer des souvenirs et mettre le doigt sur la raison de mon état » , explique Frédéric. Tous les 3 jours pendant 3 semaines, Frédéric boit une infusion d'un gramme de truffe, selon le protocole préconisé par un mycologue de renom. « J'ai alors compris pourquoi je buvais, des souvenirs occultés depuis 35 ans sont revenus à la surface... » , rapporte Frédéric, qui se souvient des agressions sexuelles répétées que lui fait subir un homme de son entourage l'année de ses 7 ans après l'avoir gavé de cachets.

Suite à ces révélations, Frédéric réussit à diminuer sa consommation d'alcool et organise une séance de macrodosing pour aller plus loin dans sa guérison. Après avoir coupé son téléphone et débranché la sonnette de sa petite maison de campagne en Picardie, il enclenche une musique indienne douce : « C'était une expérience indescriptible, la plus belle expérience de ma vie. Rien que d'y repenser, je suis ému... Je me suis senti connecté au divin, empli d'amour, le tout dans une grande clarté d'esprit. Avant, je me posais aussi beaucoup de questions métaphysiques, j'avais très peur de la mort... Depuis, non seulement je n'ai plus peur, mais je me sens libéré de toutes ces questions-là. Cela a été fabuleux. »

C'était il y a un an, et depuis Frédéric n'a retouché qu'une seule fois à l'alcool. « Des amis sont venus passer le week-end, il y avait du vin, j'ai voulu me tester. J'ai bu quelques verres, mais cela n'avait rien à voir. Je ne suis plus le buveur compulsif que j'étais. Je n'ai même pas trouvé ça agréable. Il faut dire que par rapport aux champignons, l'alcool est d'une grossièreté affligeante. »

Depuis qu’il s’est mis à consommer des champignons, les nombreux TOC dont souffrait Frédéric, qui vérifiait compulsivement si le gaz et la porte d’entrée étaient bien fermés, ont aussi été soulagés. Il prévoit de prendre bientôt une nouvelle macrodose accompagné de sa copine, impressionnée de constater les effets bénéfiques sur la santé de son compagnon. « Elle voit que cela me fait avancer, que je deviens une sorte de Bouddha vivant quand je reviens de voyage » sourit le quadragénaire. « Je n’ose imaginer tous les cas d’alcoolisme qui pourraient être réglés. J’étais méchant quand je buvais… Ce genre de traitement pourrait aussi soigner les familles… Je suis tellement reconnaissant d’avoir tenté l’expérience, cela m’a sauvé la vie. »

« Cela remet les choses à leur place »

Tous les consommateurs n’ont pas des problèmes aussi dramatiques à régler que ceux de Pierre et Frédéric. Pour d’autres, la prise de champignons est un moyen de se sentir plus créatif, ou tout simplement plus détendu. C’est le cas d’Arnaud*, 42 ans, marié et père de deux enfants. Ce cadre parisien qui a passé beaucoup de temps en Californie a tenté l’expérience du microdosing par curiosité. Et sans regrets : « Cela m’a beaucoup apporté en termes de créativité, d’imagination et de perception. Au travail, je suis plus concentré, et à la maison, plus à l’écoute. Plus zen en fait, moins en colère et moins stressé. Et tout le monde en bénéficie... Ma femme me fait remarquer que je suis plus agréable à vivre. » Ce passionné de montagne et de randonné assure que la sensation de dépendance n’existe pas, qu’il est tout à fait capable d’arrêter sans y penser pendant des mois, et ce sans ressentir le moindre symptôme de manque. « En fait, cela m’apporte une perspective plus large sur la vie, cela me permet de remettre les choses à leur place, d’avoir plus de recul. C’est très positif, très léger… »  

Même constat pour Julien*, 34 ans, ancien conseiller à l’ONU sur les questions liées à la drogue. Aujourd’hui, le jeune homme qui pratique le microdosing de champignons depuis près de 5 ans, explique que ses motivations varient d’une prise à l’autre. Contrairement à Arnaud et les autres, Julien se fournit sur le darkweb, directement en extrait de psilocybine qu’il dissout dans une bouteille d’eau dont il boit quelques centilitres tous les 3 jours. « Je fume depuis que j’ai 18 ans, et la psilocybine m’aide à me sevrer de la nicotine. Depuis que je microdose, mon addiction est moins forte, la plupart du temps, fumer ne me fait plus envie, voire me dégoûte. Au boulot, je suis beaucoup moins stressé, et dans ma vie perso, beaucoup plus empathique. Je suis bien plus attentif à ce que les autres ressentent. Je suis plus perméable aux sentiments des autres, plus ouvert, plus doux. Beaucoup plus en harmonie. »

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Champignons hallucinogènes : pourquoi pas ?

« Depuis deux cycles, j’envisage de me foutre en l’air » , rapporte cette rédactrice parisienne en riant jaune. À 32 ans, Marina* souffre d’un syndrome prémenstruel rare (PMDD, pour Premenstrual Dysphoric Disorder), qui la conduit à expérimenter des épisodes dépressifs pouvant aller de 10 à 15 jours à la fin de chaque cycle. « Cela impacte fortement ma vie pro et perso. Ce n'est pas tout le temps l’enfer, mais je peux passer deux semaines par mois au fond du trou. Dans le meilleur des cas, je suis très irritable et impatiente, je deviens hypersensible et pleure tout le temps… »

La jeune femme a essayé un peu tout : les antidépresseurs sur les conseils de sa généraliste, la pilule, et les variations dans son régime alimentaire. « En ce moment, j’essaie les infusions de plantes, mais si cela ne marche pas, je vais direct me faire livrer un petit colis de champignons en provenance d’Amsterdam. » Si Marina connaissait déjà le principe du microdosing via la série The Good Fight, l’idée lui est venue d’y faire appel pour faire face à son syndrome grâce à une amie New-Yorkaise, qui microdose du LSD depuis le confinement pour empêcher l’angoisse de s’installer. De son côté, Martin, 20 ans, s’est essayé à plusieurs reprises aux truffes hallucinogènes. « Des amis en ont ramené d’Amsterdam, j’en ai déjà pris 3 fois, près de 10 grammes à chaque fois. On prend ça au calme dans le jardin de la maison d’un pote » , explique le jeune homme. Depuis, Martin* se fait livrer ses truffes sous vide en point relais par UPS depuis les Pays-Bas. Au fil de ses prises, l’étudiant en informatique parisien qui s’est renseigné sur les psychédéliques n’écarte pas l’idée du microdosing. « Je ne me sens ni stressé ni déprimé, mais si c’est le cas un jour, les champignons hallucinogènes en microdose, pourquoi pas… ?  

* Les prénoms ont été modifiés.

Méthodologie de l'étude Effects of Psilocybin-Assisted Therapy on Major Depressive Disorder : étude conduite au travers d'essais cliniques menés entre 2017 et 2019 sur 23 patients âgés de 21 à 75 ans et souffrant de dépression sévère.

À découvrir en ligne :

Psychonaut, un espace de discussion autour des produits psychoactifs et de l’exploration de l’esprit.

La société psychédélique française, qui propose des conférences et événements académiques pour les chercheurs, des projections et rencontres, dans le but d'ouvrir un espace de dialogue et d'échanges autour du thème des psychédéliques.

Shroomery, pour en apprendre plus sur les propriétés des champignons magiques.  

Microdosing, le sub-reddit pour s'échanger des retours d'expérience sur le microdosing de psychédéliques.

À lire :

Drug use for grown-ups, chasing liberty in the land of fear, de Carl. L Hart, professeur à Columbia, publié en janvier 2021.

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commentaires

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  1. Fré Breysse dit :

    Merci pour cette présentation, pour ma part je suis convaincue de l'efficacité thérapeutique de cette approche. Bien évidemment, nous savons qu'elle ne fait pas les choux gras des big pharma ce qui explique sans doute qu'on en entende si peu parler

  2. Allyosha dit :

    Bonjour
    Je suis adepte des truffes magiques et j'ai vécu des expériences spirituelles extraordinaires où j'étais la conscience absolue ! .
    Trop long à raconter ici....

  3. Anonyme dit :

    La dépression est bien plus facile à vivre, il y a beaucoup plus de jours avec que de jours sans.... Merci les cubensis

  4. Anonyme dit :

    La psylo m'a véritablement sauvé la vie au cours de mon adolescence. Elle a ouvert des "soupapes" et m'a permis de supporter de douloureuses épreuves,m'a ainsi libérée du trop plein d'émotions de façon vraiment agréable, unique.

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