jeune fille et son chat sur une terrasse ensoleillée écoutent de la musique

Avec la Lo-fi, des musiciens inconnus font plus de streams que Lady Gaga

© capture d'écran Youtube de la chaine LoFi Girl

Ou comment la Lo-fi music a braqué l’industrie musicale ? La réponse ici. 

La Lo-fi : un sous-genre devenu phénomène

Tempos lents, mélodies nostalgiques et clips truffés de GIF manga, la Lo-fi est un doux mélange qui a su conquérir les cœurs de millions d’auditeurs à travers le monde. Faciles à consommer, ces courts morceaux instrumentaux passent partout, en fond sonore dans un café ou dans le casque de votre ado quand il fait ses devoirs. Ce style musical aide à la concentration, car il requiert une capacité d’écoute relativement passive. 

Depuis 2014, ce genre musical a considérablement élargi son audience jusqu’à s’ériger en phénomène du Web à part entière. Il n’y a qu’à mesurer les audiences folles de chaînes Youtube comme LoFi Girl ou the Bootleg Boy qui, à eux deux, totalisent près de deux milliards de vues ! De fil en aiguille, ces chaînes indépendantes sont devenues des labels, et détiennent aujourd’hui les rênes de playlists extrêmement populaires sur les plateformes de streaming. 

Au milieu de cet engouement, certains acteurs viennent ternir la réputation de l'écosystème Lo-fi. Le business des playlists méditatives est juteux, et certains l’ont bien compris...

Sleep Fruits Music : le récit d’un braquage sur Spotify

C’est le cas de Strange Fruits, un label hollandais que personne n’a vu venir mais dont les recettes générées par les plateformes de streaming dépassent l’entendement. D’après Rolling Stone, le compte Spotify du label a généré près de 15 millions de streams par jour fin septembre. À titre comparatif, Lady Gaga n’en totalisait que 8 millions à la même période. Pour y parvenir, le label n’a fait que jouer avec le système ! La plupart des pistes de Sleep Fruits Music durent à peine 30 secondes, juste assez pour compter comme une lecture et déclencher le système de rémunération de Spotify. En composant des pistes méditatives qui s’enchaînent bien, en les compilant et en faisant grandir l’audience sur ces playlists, le label a réalisé un coup de maître. Contrairement à d’autres labels Lo-fi, le contenu artistique des morceaux de Sleep Fruits importe peu. Les auditeurs lancent la playlist qui prend la forme d’un album méditatif à rallonge. 

Ce type d’acteur pose de sérieuses questions sur le système de rémunération des artistes sur les plateformes de streaming. Dans le cas précis, 30 secondes de bruits de pluie valent le même poids en redevance qu’une chanson à succès. Concrètement, si l’on écoute une playlist de Sleep Fruits durant 10 minutes, le label totalise déjà 20 streams. Ainsi, au nez et à la barbe des grandes maisons de disques, Strange Fruits démontre l’absurdité du système stream !

Si l’éthique artistique d’une telle démarche laisse à désirer, Spotify n’a toujours pas réagi au phénomène... Quant à ceux qui écoutent ce genre de playlist, on ne va juger les goûts et les couleurs.

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