Viande de boeuf

Étude IFOP : manger (beaucoup) de viande, un truc de macho de droite

© Jordan Rushton

Les dernières polémiques en attestent : la consommation de viande cristallise beaucoup de débats à l’intersection de la politique, de l’écologie, de la santé et des questions de genre. Une étude IFOP fait le point.

Pour Darwin Nutrition, l'IFOP a mené l'enquête*, interrogeant plus de 2000 hommes de plus de 18 ans au sujet de leur rapport à la viande, à la politique et au genre. Est-ce qu'en 2022, « les garçons, ça veut toujours manger de la viande et des patates » ? Et si oui, quels garçons, et pourquoi ?

Le barbecue, un symbole viriliste ?

Si les propos de Sandrine Rousseau sur l'idée de virilité rattachée au barbecue avaient fait l'objet de vives critiques dans les médias, l'opinion des hommes s'avère quant à elle plus nuancée. En effet, 62 % d'entre eux partagent le point de vue de la députée. À leurs yeux, il faut bien déviriliser la consommation de viande cuite au barbecue. Ils reconnaissent également que le barbecue fait l’objet d’un quasi-monopole masculin : 78 % des hommes sondés déclarent s’occuper plus souvent du barbecue que leur conjoint(e), dont 41 % de façon exclusive. L'étude révèle que cette répartition repose sur une vision sexiste puisque 46 % des hommes sont convaincus qu'ils s’occupent mieux du barbecue que les femmes.

Le dogme carniste domine largement le régime alimentaire des hommes

Encore très imprégnés par les clichés associant viande et virilité ( « fort comme un bœuf »...), le dogme carniste domine largement le régime alimentaire des hommes, toujours convaincus de la viabilité de l'idée selon laquelle l’énergie vitale de l’animal confère l’énergie nécessaire au développement de leur masse musculaire. À la question : « en temps normal, à quelle fréquence mangez-vous de la viande (ex : bœuf, porc, veau, volaille, charcuterie…) ? », 25 % des sondés répondent « tous les jours ou presque. » Pour 27 % d'entre eux, la fréquence tombe à « 4 à 5 fois par semaine. » En tête des viandes consommées par les hommes en France : la volaille, le bœuf, et le porc.

Les viandards sont-ils tous des machos ?

Autre révélation de l'enquête, les gros consommateurs de viande de bœuf s’avèrent nettement plus imprégnés de stéréotypes sexistes que les hommes à la consommation modérée.

Cela se traduit, par exemple, par une conception beaucoup plus traditionaliste de la famille : 47 % des consommateurs quotidiens de bœuf sont d’accord avec l’affirmation : « Dans un couple, il est normal que la femme effectue plus d’activités ménagères que l’homme », contre 16 % chez les hommes n’en mangeant pas ou peu. Pour François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop, au regard de ces résultats : « la consommation intense de viande rouge peut être interprétée comme une volonté de " faire genre " chez des hommes. Ils voient dans l’ingestion d’une « nourriture d’homme » un moyen de remplir socialement leurs rôles de genre : leur logique étant qu’ils renforcent leur masculinité en ingérant les propriétés viriles d’un aliment encore très codé socialement comme masculins. Or, cet état d’esprit va de pair avec un système de pensée profondément misogyne dans sa vision des rapports de genre. »

Si l'étude révèle que 4 % seulement des Français valident idées et stéréotypes sexistes (culture du viol, la tolérance aux violences sexuelles, vision misogyne des rapports de genre au sein du couple et de la place de la femme dans la société...), ce chiffre monte à 20 % chez les chasseurs.

L’étiquette de « viandard », un marqueur de droite ?

Si l'étiquette de viandard est assumée socialement par 56 % des hommes, l'étude indique que les hommes qui la revendiquent présentent un profil très droitier (18 %). Une posture conforme à l'idéologie viriliste de droite, explique François Kraus : « Pour les hommes influencés par des discours identitaires valorisant ce symbole par excellence de force et de puissance, revendiquer son goût pour la viande peut être interprétée comme une forme de rejet d’un "politiquement correct alimentaire" qui, à leurs yeux, remet en cause à la fois la "tradition viandarde" de leur territoire et la "virilité" des hommes attachés à un patrimoine culinaire très carné. »

Le « soy boy », l'incarnation de la déconstruction masculine alimentaire ?

Pratique encore marginale chez les hommes, la consommation de viande végétale ne séduit que 30 % des hommes. Parmi ceux qui déclarent avoir franchi le pas, une majorité se rattache à la gauche et aux écologistes. Interrogés sur le qualificatif « soy boy » (homme soja), sobriquet dévirilisant utilisé par les « mascus » pour qualifier les hommes consommant des protéines végétales, 72 % des Français désapprouvent le terme, considéré comme dénigrant.

Côté tendance politique, les « flexitariens » autoproclamés s’avèrent nettement plus représentés parmi les électeurs EELV (27 %) et de LFI (18 %).


*Méthodologie : étude IFOP pour Darwin Nutrition réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 5 au 7 septembre 2022 auprès d’un échantillon de 2 033 hommes, représentatif de la population masculine française âgée de 18 ans et plus.

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Je ne suis pas du tout étonnée des résultats. Au contraire .machisme ultra droite,viandards,violence, tout ça regroupe une seule chose ,l incapacité de réfléchir et se remettre en question .un rattachement identitaire qui les relié, la chasse, les barbecues, la corrida, les coucougnettes... à la place des neurones

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