habillage
premium1
premium1
Nuage de poussière rose
© Elen11 via GettyImages

Tendances 2020 : bienvenue dans le chaos

Le 21 nov. 2019

Ipsos dévoile son étude Trend Obs 2020 et nous offre un avant-goût de ce qui nous attend. Et ce n'est pas forcément très réjouissant.

Bienvenue dans les worrying twenties. C’est avec ces mots que s’ouvre la présentation de l’étude Trend Obs 2020 d’Ipsos intitulée « Année folle ». Le ton est donné et malgré le confort des sièges en velours du cinéma Panthéon, on sent bien que ça va mal se passer. Et pour cause. Alors que l’édition 2019 de cet observatoire des comportements annonçait le grand retour de l’optimisme, l’année 2020 s’annonce extrême et brutale. «. Ça n’aura été qu’une parenthèse », prévient Thibaut Nguyen, directeur du Département Tendances et Prospective.

Il faut dire que depuis la dernière édition, 9 762 km2 de forêt Amazonienne ont disparu, on s’est pris la collapsologie en pleine face et on ne peut même plus regarder Netflix sans polluer. La liste, elle, est encore longue. Thibaut Nguyen le rappelle, la dernière édition se finissait sur une interrogation : « l’optimisme va-t-il perdurer ou la tendance va-t-elle craquer ? » Visiblement, on est sur un gros craquage. De toutes parts.

Un monde au bord de la crise de nerfs

Comme chaque année, Trend Obs interroge une douzaine de trendsetters dans chacun des six pays étudiés – France, États-Unis, Chine, Brésil, Royaume-Uni et Italie. Et globalement, ils sont tous d’accord : le monde est au bord du chaos.

Environnementalement, le défi est de taille. Les rapports du GIEC ne cessent de nous alerter. Greta Thunberg nous enjoint à paniquer. Mais les choses ne bougent pas beaucoup, et pas très vite.

Financièrement, on annonce un nouveau krach boursier pour 2020. Michael Burry, l’investisseur qui s’est enrichi en pariant sur la crise des subprimes, a même alerté sur la prochaine bulle qui allait éclater – sans se prononcer sur une date. Un sentiment d’insécurité matérielle domine les trendsetters. « Je ne sais pas si je pourrai acheter une maison ou avoir un enfant, » raconte l’un d’entre eux en Italie. La vision à court terme devient difficile. Celle à moyen terme, impossible.

Politiquement, le tableau n’est pas beaucoup plus réjouissant. Les États ne semblent plus en mesure de gérer les crises. Pire, ils attisent les extrêmes. Bref, l’année 2020 n’a pas encore commencé qu’elle est déjà mal partie.

Un monde qui nous rend fous

C’est notre santé mentale qui fait les frais de ce chaos ambiant. La crise climatique nous a apportés une nouvelle pathologie, l’éco-anxiété. Et la honte nous envahit quand on prend l’avion. Paradoxalement, alors qu’on nous annonce la fin du monde pour après-demain, l’injonction au bonheur est toujours plus forte. Au bureau avec un Chief Happiness Officer ou avec un livre de développement personnel à la maison.

Dans le flux continu d’informations qui se déverse sur nous chaque jour, notre psyché nage en plein paradoxe. Les très bonnes nouvelles succèdent aux tragédies et inversement. « L’inconcevable côtoie l’inconcevable », conclut Thibaut Nguyen. Et quand les deep fake et les applications comme Zao s’en mêlent, on atteint les limites du cognitif.

Un monde où plus rien n’a de sens

Pour 2020 s’annonce donc un monde qui n’a plus de sens. Un monde dans lequel les grands principes fondateurs que nous avons appris sont de moins en moins valables. De plus en plus, on assiste à des assemblages inédits d’idéologie. L’un des trendsetters de l’étude se revendique ainsi admirateur de Vladimir Poutine comme d’Elon Musk. Pendant qu’un Américain pro-Trump s’étonne de la violence à l’égard de son président. Les idéologies se ré-assemblent et les mots perdent leur sens.

Thibaut Nguyen prend l’exemple des débats sur l’avortement aux États-Unis où chaque camp brandit la notion de respect. Respect de l’embryon pour les « anti » et respect du corps des femmes pour les « pro ». Bref, on parle de la même chose mais on ne veut pas du tout dire la même chose. Et ça pose un sacré problème.

Un monde où personne n’est d’accord sur les solutions

La bonne nouvelle, c’est que de Pékin à Rio, tout le monde est d’accord : pour sortir du chaos, il va falloir remettre de l’ordre. La mauvaise nouvelle, c’est que personne ne s'entend sur ce que ça veut dire. Entre le crédit social chinois ou l’éventualité d’un « code de la piraterie » avancé par un des trendsetters, on n’est clairement pas dans la même dimension. Et donc pas sur les mêmes solutions.

Petite ou grande histoire, chacun son combat

Puisque personne n’a les mêmes solutions, Trend Obs 2020 prévoit donc l’émergence de comportements complètement antagonistes. D’un côté, ceux qui privilégient leur « micro-monde » et renoncent à la Grande Histoire. Détachés de ce monde qui s’écroule, ils mettent le chaos de côté pour se concentrer sur leur bulle personnelle, leur résilience et celle de leurs proches. Pour le moment, on y retrouve ceux qui changent de vie, qui se mettent au zéro déchet pour vivre mieux et non pour changer le monde, ou même les survivalistes.

À l’opposé de ce repli sur le microcosme personnel, il y a la Résistance. Ceux que le chaos pousse à bouger pour influencer la Grande Histoire. Gilets Jaunes ou étudiants en grève pour le climat, quels que soient les combats, les activismes montent. Dans les rangs du mouvement Extinction Rebellion, dont l’action de désobéissance civile avait paralysé le centre de Paris, il n’est pas rare de trouver des primo-militants. De nouveaux activistes qui veulent tout changer, pour tout recommencer et inventer de nouveaux modèles.

Et au milieu de tout ça, les Prométhéistes

Même au milieu du chaos qui met tout le monde d’accord, on trouve encore quelques optimistes. Des « solutionnistes », ou des « prométhéistes » comme les nomme l’étude, qui croient à « l’innovationisme ». La positive attitude version 2020, c’est d’être convaincu qu’on va trouver les solutions techniques pour éviter la catastrophe, que les « philanthropreneurs » peuvent vraiment changer le monde et que le capitalisme vert suffira à inverser la tendance.

Pour 2020, une seule chose est sure, il va falloir choisir son camp.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

  • Donc être zéro déchet, ça ne serait que par confort personnel ? Un exemple parmi tant d'autres dans cet article d'une vacuité intellectuelle sidérante. Entre sensationnalisme à la BFM et raccourcis monstrueux, franchement bravo.

  • L’époque est surtout PPPP comme nous aimons à le dire chez Tilt ideas (paradoxale, paranoïaque, plurimasquee, poreuse). Du coup plutôt que de faire un coup les Cassandre un coup les Bisounours, jouons avec ces tendances comme avec un Lego pour inventer un futur désirable?

  • 2020 sera l année du changement!Vers un nouveau monde!Mais avant tout il faudra passer par le chaos....Personne ne souhaite le chaos ou alors!!!! J espère qu avec les Gilets Jaunes etc. le combat pour une meilleure répartition des richesses par ex sera entendu.... Nous voulons vivre ds un monde plus juste plus solidaire...

  • Je trouve les commentaires critiques faciles à poser sur la toile mais sans rétrospéction individuelle ça n’a pas de sens, cet article est super, et le fait de l’entacher de la sorte en dit long sur l’etat d’esprit général de notre espèce, il me parait évident aujourd’hui que c’est notre refus globale et notre volonté consciente à rester ignorant qui nous fera dévaler la pente, aveuglé par la croyance inéducable que l’homme et sont intellect trouvera toujours une solution. Et voila, la solution est la, reposons nous sur les autres et faisons l’autruche, à mon sens la maladie psychologique du 21eme siècle nous touches tous, et elle s’appelle l’ignorance volontaire, et ça , c’est une arme de destruction massive.