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Un homme qui marche sur une carcasse d'avion
© Hugo Ramos via Unsplash

Anti-génération Easyjet : ils ont décidé de ne plus prendre l'avion

Le 10 juill. 2019

Crise environnementale oblige, on parle beaucoup du flygskam, ou la honte de prendre l'avion. Certains l'assument à fond : cet été, c'est sûr, ils ne mettront pas un pied dans un aéroport.

Chaque année, 38 millions de vols commerciaux sont effectués par des compagnies aériennes dans le monde. Le trafic mondial a augmenté de 6% entre 2017 et 2018. Un chiffre astronomique qui équivaut à 1,20 vol toutes les secondes et 4,3 milliards de passagers annuels. Mais à contre-sens du tourisme de masse et de la quête de la photo Instagram parfaite au bout du monde, de plus en plus, des citoyens préfèrent rester au sol.

Originaire de Suède, le mouvement Flygskam – littéralement, la « honte de prendre l’avion » – gagne du terrain en France. Cette philosophie séduit des voyageurs en quête d’une autre façon de se déplacer et d’un moyen de réduire significativement leur empreinte carbone. C’est le cas de Claire, 30 ans, qui malgré son activité de blogueuse voyage, a pris la décision de ne plus mettre un pied dans un aéroport.

Être en cohérence avec ses valeurs

En mai 2019, elle a publié un article intitulé « #JeResteAuSol : Pourquoi j’ai décidé de ne plus prendre l’avion ! » Une décision radicale qui est le fruit d’une prise de conscience progressive. « Depuis 2014, je me suis mise à beaucoup voyager. Petit à petit, j’ai pris conscience de l’impact écologique de mes voyages. J’ai commencé à parler de voyages éco-responsables sur mon blog, notamment dans le choix des destinations, des hébergements, des activités. Et l’année dernière, je suis allée plus loin, en prenant la décision d’arrêter de voyager en avion. » explique-t-elle.

Samuel, 24 ans, chef de cuisine, n’a pas pris l’avion depuis un an et demi. Un choix qui s’inscrit dans un changement de vie beaucoup plus large. Il a quitté Paris pour s’installer à la campagne et revoir son mode de vie et de consommation. « On mange bio, on trie nos déchets, mais il suffit de voyager en avion une fois dans l’année pour augmenter son bilan carbone de façon considérable. La voie des airs pour partir en vacances, c’est une trop grande contradiction. »

Pour chaque adepte – ou victime – du Flygskam, le refus de l’avion est donc la conséquence d’une longue réflexion sur l’impact de l’activité humaine sur la nature. Parfois, ce n'est pas sans douleur. Confronté à ses proches qui partaient en vacances en avion, Hugo, 27 ans, a dû se positionner. « Ça m’a forcé à me poser la question de ce que je cautionne ou non », raconte l’ingénieur en programmation informatique.

Le ras-le-bol de la génération EasyJet

Outre les considérations écologiques, ceux qui préfèrent rester au sol évoquent surtout une nouvelle façon de penser le voyage. « Prendre des vols EasyJet à 39€ pour aller dans n’importe quelle ville d’Europe pour un week-end, je l’ai fait. Ce n’est pas hyper enrichissant. C’est juste de la surconsommation appliquée au tourisme », indique Samuel.

« On est dans un modèle de société où on nous dit que c’est cool d’aller visiter des îles aux Caraïbes ou d’autres endroits exotiques mais il y a des tas de choses qu’on peut aller voir à moindre coût écologique, déplore Hugo. Si le but du voyage, c’est le dépaysement, c’est tout à fait possible sans faire des dépenses écologiques et énergétiques démesurées. »

Paris-Barcelone en 6h30

Après avoir pris la décision de se déplacer par voie terrestre, Stéphanie, 36 ans, qui travaille dans la communication, tient sa parole. Pour rendre visite à une amie à Barcelone, cette Parisienne a donc choisi le train. 6h30 de TGV sont nécessaires pour relier la capitale française à celle de la Catalogne contre 1h40 par les airs. « Concrètement, le trajet porte à porte n'est plus long que d'une heure en train par rapport à l'avion. Entre le trajet pour se rendre à l'aéroport, l'attente de l'avion et le reste, prendre l'avion mobilise pas mal de temps. Une heure de différence, ce n'est pas grand-chose... En revanche, j’ai trouvé plus difficile d’être immobilisée, assise sur mon siège, pendant autant de temps. Mais il suffit de s’adapter. Pour le retour, je m’installerai à la voiture-bar pour pouvoir me dégourdir les jambes plus facilement pendant le voyage. » Tout est question d’organisation, donc.

Redécouvrir la France et l'Europe en mode slow

Désormais, Claire se déplace en bus. Un mode de transport beaucoup plus long que le train qui l’oblige à « prendre le temps de voyager ». Plus question de faire une escapade à Stockholm pour le week-end, le voyage se fait en plusieurs étapes. Et sur place, la blogueuse n’entend pas rester moins d’un mois. Une manière de rentabiliser le temps passé à voyager par rapport au temps passé sur place.

Autre solution, voyager local. « Juste au bout du RER B, à 1h de Paris, il y a la vallée de la Chevreuse. J’y ai passé un week-end avec ma copine. C’était magnifique. Et cet été, on va dans les Alpes. Finalement, on apprend à redécouvrir le territoire français », raconte Hugo.

Pour Stéphanie, le sujet est même philosophique. Elle nous invite à repenser la notion même de plaisir. Et se demander si on sera plus heureux à 10 000km de Paris que dans le Sud de la France.

« Moins contraignant que d'arrêter la viande »

Les adeptes des vacances en « no flight mode » préfèrent donc voir le verre à moitié plein. Pour Hugo, la notion de contrainte est même très faible. « Il y a des actes individuels que je trouve beaucoup plus contraignants au quotidien. Manger moins de viande, par exemple, ça change plus mon quotidien que d’organiser des vacances de temps en temps. En plus, je continue quand même à partir en vacances dans des endroits magnifiques mais en restant en France. » raconte-t-il.

Mais un tel choix n’est pas sans conséquence. Notamment au sein du couple ou en matière de vie sociale. « J’ai dit non à des week-ends entre potes parce que je me suis rendu compte que ce n’était pas logique pour moi de traverser la France pour passer deux jours quelque part à l’autre bout du pays », confie Claire.

De son côté, Stéphanie doit composer avec les envies de son compagnon et faire des compromis. « J’ai beaucoup voyagé, loin et pendant des temps longs. C’est donc sûrement plus facile pour moi de prendre cette décision, » avoue-t-elle.

Pour Samuel, ne plus prendre l’avion signifie aussi se couper de certains amis. « Comme j’ai vécu 4 ans au Canada, je me pose la question d' y retourner. J’ai regardé les moyens alternatifs mais le bateau, du type porte-conteneurs, pollue autant que l’avion. Sinon, il faut y aller en voilier et je ne suis pas trop marin, donc c’est compliqué. »

Où sont les alternatives à l’avion ?

Pour aller loin sans passer par la case aéroport, les alternatives manquent. Même si les avionneurs se penchent sur des projets plus écolo, les vraies solutions ne sont pas encore là. « Pour moi, l’alternative principale, c’est la voiture. Mais ce n’est pas non plus ce qu’il y a de plus écolo. La tendance du flygskam se développe, mais les moyens de transport alternatifs ne suivent pas, regrette Samuel.

Un défi aussi pour les entreprises

Passer ses week-ends dans le Larzac, convaincre son ou sa partenaire d’éviter les vacances à Bora-Bora et faire 22h de bus pour rendre visite à un pote à Cracovie, ok. Mais l’avion ne concerne pas seulement les choix perso. Dans le monde professionnel, sauter dans un avion pour faire une réunion à l’autre bout du pays est devenu commun. Pas facile à concilier quand on a choisi de voyager slow.

Dans le cadre de son travail, Hugo a dû se rendre en Écosse. Évidemment, pour rejoindre l’île britannique, on lui a proposé un trajet par les airs. Malgré son refus, les alternatives se sont révélées trop compliquées à mettre en place. Tant pis pour la planète. Et les convictions de l’ingénieur. « Ça va devenir une vraie question de société. À quel point je peux dire non en tant qu’individu, en tant que salarié ? C’est quasiment une question politique : qu’est-ce qu’on a le droit d’imposer aux gens dans le cadre du travail par rapport à leurs convictions ? »

Dans l’entreprise de Stéphanie, spécialisée dans la réduction du gaspillage alimentaire, on fait les choses différemment. Séminaire de team building à Copenhague oblige, elle a pris l’avion. Mais les émissions de carbone ont été intégralement compensées par l’entreprise via un projet de reforestation. De quoi alléger un peu la conscience des salariés.

Commentaires

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  • Merci pour cet article très intéressant ! En effet, on peut faire le choix de voyager moins loin et de (re)découvrir notre beau pays ou nos pays voisins ! En plus, voyager en train permet déjà de profiter des paysages et de s'imprégner doucement...

    • Beaucoup d’informations dans les médias publics sont biaisés et ne font pas droit aux efforts du transport aérien
      Par ailleurs il n’est pas assez fait mention des performances comparées des différents modes de transport en termes d’impact environnemental.

  • Je trouve ces personnes extrémistes. Se priver de voir le monde, s'obliger à ne pas voir plus loin que la France et se contraindre à plusieurs heures de bus... je trouve cela ridicule et dommage. Les voitures et bus par milliers sont tout aussi polluants, alors c'est quoi la solution, rester cloîtrer chez soi ?

    • Extrémiste que de se priver "un peu" de confort de vie pour éviter a nos enfants de vivre dans un monde détruit et suffocant ? Se priver de voir le monde ? Mais enfin dans 50 ans le monde que nous connaissons n'existera plus si nous ne changeons pas nos habitudes ! Non il y'a d'autres moyens pour se déplacer que l'avions sans forcément rester cloîtrer chez nous, votre façon de penser est égoîste pour les générations futures...