Joey de la série Dawson

Sexualité en berne : près de la moitié des jeunes n’ont eu aucune relation en 2021, et c'est pas très grave

© Dawson via Netflix

Les jeunes feraient moins l'amour qu'il y a 10 ans. En revanche, ils en parleraient bien mieux.

La génération Z aime les plantes vertes, le birding (l'observation des oiseaux sauvages) et le ménage, même pratiqué le vendredi soir. En revanche, elle n'est pas forcément passionnée par le mariage ou le sexe. En cause, une sorte de flemme généralisée et une fatigue vis-à-vis de l'injonction au désir et à la sexualité. Mais ce n'est pas pour autant que les vingtenaires ne parlent pas de sexe, peinards sur les réseaux.

Génération Z : plus de stress, moins de sexe

Dans sa chronique diffusée sur Quotidien, la sexologue Maïa Mazaurette a récemment analysé les résultats d’une étude IFOP* réalisée pour le compte de Sidaction. L'étude indique que 44 % des jeunes français âgés d'entre 18 et 25 ans n’ont eu aucun rapport sexuel durant l’année écoulée. C’est un peu moins que pendant le confinement (57 %), mais nettement plus qu’il y a 8 ans (25 %). D'après la sexologue, la tendance en France est alignée avec ce qu'on constate aux États-Unis. Selon la International Academy of Sex Research, 28 % des jeunes Américains n'auraient pas eu de rapports sexuels en 2021, un chiffre en hausse de 4 points par rapport à 2011.

Fin 2021, un sondage mené pour VSCO indiquait également que le sexe est loin d'être une priorité pour la génération Z. Dans un monde de plus en plus anxiogène où tout semble s'effondrer, les plus jeunes préféreraient favoriser la préservation de leur santé mentale et la recherche de stabilité financière plutôt que la poursuite d'ébats échevelés. Mais si le terme sex recession est dorénavant communément utilisé pour décrire le phénomène d'abstinence croissante (qu'elle soit choisie ou subie) en marche depuis une dizaine d'années dans les pays occidentaux, il ne suffit pas à résumer à lui seul les tiraillements et la relation complexe entretenue par les jeunes avec la sexualité.

S'éloigner des scripts prescrits par la pop culture

Pour certains sexologues et psychologues américains, les jeunes privilégieraient dorénavant la qualité à la quantité. Plus que leurs aînés, ils se plairaient à expérimenter : ils n'excluent pas de vivre en trouple (en couple à trois) ou de se marier avec leur meilleur ami, un signal faible qui souligne bien le recentrage de l'époque sur une sphère intime et protectrice. Et surtout, ils ne se privent pas de parler de sexe, notamment sur TikTok. Ici, le #sex (en toute simplicité) cumule plus de 1,5 milliard de vues et rassemble tout un tas de contenu hétéroclite, du plus mièvre au plus débridé.

Au programme : conseils pour réussir à prendre son pied loin des scripts stricts présentés dans les films et séries, apologie de la hook up culture (les coups d'un soir), blagues décomplexées sur les relations sexuelles maritales qui ressemblent plus à des siestes qu'à une scène d'Elite ou de 9 Semaines ½, rappels indiquant que les fous rire durant le sexe avec son partenaire de longue date sont de bons indicateurs, et discours revendiquant l'absence de désir comme étant absolument légitime... La sex recession n'est peut-être pas qu'une simple histoire de flemmardise et de repli sur soi : il faut peut-être y voir aussi les premiers signes d'une libération.

Méthodologie : sondage réalisé en février 2022 par l'Ifop pour le compte de Sidaction auprès de 1002 jeunes de 15 à 24 ans.

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