Un couple en pyjama sur un lit

Sexualité : « Le plus grand mythe est celui qui fait croire que la bonne santé d’un couple dépend de sa vie sexuelle »

© Toa Heftiba

Ébats débridés, passion et activité sexuelle régulière : pourquoi déconstruire les représentations proposées par la pop culture est nécessaire.

Dans son ouvrage « Désirer à tout prix » (publié en avril chez Binge Audio Éditions), Tal Madesta remet en cause l’injonction permanente à la sexualité. Le journaliste interroge la fonction de cette dernière afin de repenser les manières de faire couple, et remet en cause au passage la nature émancipatrice d'une sexualité qui serait en grande partie assujettie au capitalisme...

Quelle est l'intention de départ à votre ouvrage ?

Tal Madesta : Mon propos n’est pas de dire que la sexualité est indésirable, mais de permettre l’émergence de récits alternatifs qui rappellent que la non-sexualité peut aussi être désirable. On présente systématiquement la sexualité comme une voie royale vers l’intimité avec l’autre, mais de nombreuses personnes ne se retrouvent pas dans cette imagerie. Mon objectif est d’interroger ce que les chercheurs qualifient d’« impératif sexuel » ou « sexualité obligatoire », c’est-à-dire un système articulé autour de la sexualité. Ce système structure nos vies à différents niveaux – culturellement, idéologiquement ou même légalement, avec la notion de devoir conjugal – et présente exclusivement la sexualité comme étant souhaitable, naturelle et incontournable. Je m'intéresse donc aux fonctions que la sexualité remplit, notamment dans le contexte d’une société patriarcale et capitaliste, et aux conséquences que cela induit pour les individus.

Quels sont ces rôles ?

T. M. : Ils sont nombreux. En France, des décisions prononçant des divorces au motif exclusif du non-respect de la communauté de vie (notamment sexuelle) avec l’époux font toujours jurisprudence aujourd’hui (ndlr : l’expression « devoir conjugal » ne figure pourtant pas dans le Code civil...). Je démontre donc que la sexualité est non seulement une arme de soumission et de normalisation des violences sexistes pour le patriarcat, mais aussi un terrain de développement de marché pour le capitalisme.

Comment le capitalisme pourrait instrumentaliser notre sexualité pour en tirer profit ?

T. M. : Le capitalisme présente tous les produits développés par les marques pour optimiser le sexe (sextoys, etc.) comme un terrain de libération, d’émancipation et de révolution. À n'importe quel problème sexuel, il va opposer un service ou un produit. Ce système stimule les insécurités des individus et s’en nourrit, en développant différents secteurs pour optimiser la libido comme autant de réponses à un besoin créé artificiellement. Je pose la question : comment le capitalisme pourrait-il être révolutionnaire ? C’est antinomique ! Pourtant, ce discours est aussi parfois porté par certaines sphères féministes elles-mêmes, notamment les sphères sex-positives, qui incitent à se réapproprier le corps en présentant cet objectif là encore comme révolutionnaire. Toute une littérature se développe autour de la révolution amoureuse et sexuelle, stipulant implicitement que si un individu n’est pas assez « libéré », c’est qu’il ne fait pas assez d’efforts… Ce discours fait porter aux individus – c’est-à-dire aux femmes – la déconstruction. In fine, c’est à elles qu’incombe la charge du bon fonctionnement sexuel du couple hétérosexuel.

Quel est selon vous le plus gros mythe en rapport avec la sexualité qu’il faudrait démanteler ?

T. M. : Le plus grand mythe est selon moi celui qui fait croire que la bonne santé d’un couple dépend de sa vie sexuelle. Dans un contexte marxiste de production du travail, la cellule familiale est primordiale pour le capitalisme. Tout un vernis romantico-sexuel est donc appliqué sur cette cellule, cellule inondée par les représentations et images d’Épinal du corps, portée par une pop culture qui alimente en permanence la notion qu’un couple en bonne santé est un couple qui a une vie sexuelle régulière… Or, présenter les couples qui ne font pas ou peu l’amour comme aigris et moribonds est non seulement réducteur mais aussi très délétère… Il serait à mon sens plus pertinent de valoriser également des indicateurs plus personnels, comme le respect, la communication, la vision commune, autant d’éléments qui font qu’une relation peut être très profonde.

À lire sur l’amour, le sexe et le capitalisme : tous les romans de l'autrice irlandaise Sally Rooney, Normal people, Conversations with friends et Beautiful World, Where Are Thou ?

commentaires

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  1. IPhone de Philippe Sumeire dit :

    Je trouve cet article très pauvre, sans aucune démonstration, assorti d'un propos excessif et caricatural sur la capitalisme. Comme quoi le marxisme a encore des adeptes...

  2. Anonyme dit :

    Pourquoi rejetter systématiquement le respect de la nature ?

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