bouche de fille avec Elon Musk sur la langue

#EatTheRich : le mouvement anti-riches qui monte sur les réseaux

© Alex Guillaume via Unsplash

Les ultra riches n'ont jamais été aussi impopulaires. En témoigne l'explosion du #EatTheRich (manger les riches) qui fleurit de TikTok à Reddit.

Le cri de ralliement de la mouvance anti-riches a trouvé un nouvel écho sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, on apprend en chanson à se familiariser avec l'idéologie marxiste, sur Reddit, on ambitionne d'abolir travail, et sur YouTube, on s'en prend au capitalisme, avec plus ou moins de vigueur, il faut bien le reconnaître. Un dénominateur commun toutefois à ce bouillonnement de colère sourde : le #eattherich.

Eat the rich, la ritournelle que l'on fredonne en ligne

En février 2021, une vidéo virale postée sur TikTok par Gina Bologna (@iamproudofus) incitait les internautes à se désabonner des comptes de leurs stars préférées. En cause : les sommes d'argent colossales touchées par ces célébrités en échange de placements de produits. La vidéo assortie du hashtag #eattherich n'est aujourd'hui plus accessible sur la plateforme, probablement car la jeune fille concluait sa tirade par un « watch them burn » (regardez-les brûler) sans équivoque.

Le hashtag en question est apparu pour la première fois sur le web fin novembre 2008 via Twitter. En février 2020, il connaît une véritable montée en puissance, avant d'exploser en 2021 avec 148 377 tweets publiés au cours de l'année (source : Visibrain, plateforme de veille des réseaux sociaux). #Eattherich est aussi utilisé sur le très lisse Instagram, avec quelques 181 250 publications, et plus récemment sur TikTok, où 37 100 vidéos tour à tour virulentes ou humoristiques cumulent près de 574 millions de vues. Après avoir démantelé le mythe de la méritocratie et pointé du doigt les injustices sociales, on raille ici en chanson les milliardaires et interpelle directement Jeff Bezos et consorts. Parmi les hashtags également prisés des internautes : #union (syndicats), #leftist, #nogoodbillionaires (les milliardaires inutiles et bons à rien), #socialism et #taxtherich, qui rassemblent plus de 80 millions de vues sur TikTok.

Derrière ce slogan repris en masse, un phénomène accentué par la pandémie : la critique des supposés « premiers de cordée », ces ultra riches censés créer des emplois et réinjecter leur fortune dans le système. Force est de constater qu'on attend toujours. Récemment mises en évidence par un rapport Oxfam, les inégalités massives de revenus, perçues comme étant aussi substantielles qu'arbitraires, restent en travers de la gorge d'internautes en colère, qui ne se privent plus d'en parler sur les réseaux.

Bezos, Zuckerberg, Musk : « Pay your fucking taxes »

Dans leur ligne de mire, la Sainte Trinité : Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et Elon Musk, dont les excentricités et lubies stériles ne semblent plus amuser grand monde. Comme le résume ce montage visant le milliardaire qui s'apprête à tester les implants cérébraux et rêve de vivre sur Mars : « On emmerde ton fantasme de colonie sur Mars... Paye tes putains d’impôts. »

Sur Reddit, les milliardaires sont aussi dans le collimateur des internautes. Le groupe r/antiwork (plus de 1,7 million de membres) questionne le double standard riche-pauvre qui joue en faveur des plus aisés, « payés à ne rien faire ». De son côté, le groupe r/LateStageCapitalism (environ 700 000 membres), ce « guichet unique où trouver les preuves de notre pourriture sociale, morale et idéologique », s'en prend également à des figures comme Elon Musk. Aux yeux des membres du forum, il ne serait qu'un businessman surcoté, passé maître dans l'art de proposer des solutions « innovantes » mais peu efficientes à des problèmes qui pourraient être résolus simplement grâce à des alternatives déjà existantes. Exemple ? Le concours lancé par le milliardaire afin de trouver un moyen d'absorber le CO₂ dans l’atmosphère. À la proposition, la communauté répondait : « Cela s'appelle un arbre, Elon. »

« Mangeons les riches », une formule centenaire

Le slogan eat the rich proviendrait de l’abréviation d'une formule attribuée par l'historien Adolphe Thiers au philosophe Jean-Jacques Rousseau. Sous la Terreur, ce dernier se serait exclamé : « Quand le peuple n'aura plus rien à manger, il mangera le riche. » Depuis, la formule aussi utilisée par les groupes de rock Motörhead et Aerosmith dans les années 80 et 90 a été récupérée par les cercles socialistes et anticapitalistes en réponse à la répartition inégalitaire des richesses.

Reprise également par la pop culture, la formule a récemment donné son titre à la bande dessinée de Sarah Gailey sortie début 2021. Dans Eat the Rich, l'autrice confère une interprétation littérale à l'expression désormais consacrée en racontant l’histoire d'une ville rongée par les disparités, où les plus riches mangent (littéralement) leurs serviteurs quand ils deviennent trop vieux ou fatigués pour travailler.

Crédit : Eat the Rich

Succession, Dynastie, Inventing Anna : les ultra riches continuent de fasciner

On a beau les détester, les ultra riches fascinent toujours autant... Grands héritiers, culture clanique et familles névrosées, la recette fait mouche, invariablement synonyme de succès d'audience. En témoigne la popularité de films comme Le Loup de Wall Street et House of Gucci, ou de séries télé comme Succession ou Dynastie, qui entr'ouvrent la porte des jets privés et palazzi et dépeignent avec plus ou moins de vraisemblance le quotidien des 0,001 %. Tout récemment, la série Inventing Anna créée pour Netflix par Shonda Rhimes promet de captiver le public grâce à l'histoire vraie d'Anna Sorokin, jeune russe qui réussit à infiltrer le cercle fermé des rich and famous à coup de manipulation et de posts Instagram très clinquants.

Pourquoi alors cette attraction hypnotique ? L'ultra richesse, en tant que lieu hermétique de tous les excès, devient obscène de par son caractère hypertrophié, anormal. Regarder une vidéo présentant la prétendue maison à 1 million de dollars construite par Paris Hilton pour son chien flatte à la fois nos envies et notre dégoût. Et cette ambivalence n'a pas fini de nous faire tourner la tête.

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