Podium au milieu d'un stade d'athlétisme ancien

Le mérite serait-il une fable pour jeunes gens de bonne famille ?

© Florian Schmetz on Unsplash

« Si j’ai réussi, c’est grâce à mes efforts » , entend-on souvent. Une grossière erreur selon Michael J. Sandel, professeur de philosophie politique à Harvard.

Ne serait-ce pas temps de démonétiser la valeur  « mérite »  ? Michael J. Sandel est un pur produit de l’élite universitaire. Ce qui ne l’empêche pas de la remettre en cause dans un essai aussi roboratif que contre-intuitif. Par Jacques Braunstein.

T'es sûr que tu mérites ?

Pour Michael J. Sandel, professeur de philosophie politique à Harvard, depuis une quarantaine d’années, « l’aristocratie du privilège hérité a fait place à une élite méritocratique qui est désormais aussi privilégiée et indétrônable que la précédente (…), les classes supérieures diplômées ont compris comment transmettre leurs privilèges à leurs enfants : non pas en leur léguant de grandes propriétés, mais en leur accordant les ressources qui déterminent le succès dans une société méritocratique ». Faussant le jeu à coups de cours privés, de voyages linguistiques et autres activités extrascolaires valorisées.

Pendant des décennies, les élites méritocratiques ont entonné leur mantra : ceux qui travaillent dur et respectent les règles méritent la place que leur réserve leur talent. Elles n'ont pas réalisé que les individus placés au bas de la hiérarchie sociale ou qui luttaient pour surnager voyaient dans la rhétorique de l'ascension plus une provocation qu'une promesse.

La tyrannie du mérite : Qu'avons-nous fait du bien commun ? de Michael J. Sandel

Il note d’ailleurs que le mot même est issu d’un roman dystopique de 1958 intitulé The Rise of Meritocracy. Son auteur Michael Young y regrettait que « dans une société qui accorde tant de place au mérite, il [soit] insupportable qu’on vous en juge dépourvu. Aucune sous-classe ne s’est jamais retrouvée moralement aussi nue » . Résultat, les perdants de la méritocratie sont stigmatisés comme « déplorables » par Hillary Clinton, caricaturés sous les traits d’Homer Simpson par la pop culture, et se réfugient dans le vote populiste. Alors que l’élite méritocratique verse dans l’hubris : elle s’estime seule responsable de sa réussite et se montre d’autant plus insensible aux inégalités subies par le reste du corps social. 

La tyrannie du mérite en images ! Par RSA Minimate et Michael Sandel

Sandel aspire, lui, à « une ample égalité des conditions qui [permette] à ceux qui n’amassent pas de fortunes et n’occupent pas de positions prestigieuses de vivre honorablement et dignement ». Si les moyens qu’il propose pour y parvenir – délibérations à tous les niveaux de la société, tirages au sort des candidats à l’université, revalorisation des métiers manuels – ne convainquent pas totalement, son livre ouvre un champ de réflexion passionnant.

À LIRE - Michael J. Sandel, La Tyrannie du mérite, Éditions Albin Michel, 2021

Cet article est extrait de la revue n°26 disponible ici.

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