Personnage sur des pieces d'euros

Étude : 1 Européen sur 4 en difficulté financière

© Mathieu Stern

Privation de nourriture, cumul des emplois... Une étude menée par Le Secours populaire sur la pauvreté et la précarité dresse le portait d'une Europe au bord du gouffre.

Baisse du pouvoir d'achat, hausse des factures, peur de basculer dans la précarité, privation de nourriture... Un sondage* réalisé par Ipsos pour le Secours populaire dresse le portrait alarmant d'une Europe où une majorité d'Européens se déclare financièrement fragilisée.

Plus d'1 Européen sur 2 ressent la diminution de son pouvoir d’achat

Dans un contexte marqué par une inflation record, 54 % des Européens constatent la baisse de leur pouvoir d’achat au cours des 3 dernières années (seuls 17% déclarent qu’il a augmenté). En outre, 1 Européen sur 4 se déclare en difficulté financière.

Le sondage révèle que tous les pays ne sont pas frappés de la même manière : 68 % des Grecs et 63 % des Français qui constatent un recul de leur pouvoir d’achat. Les causes évoquées ? Pour 89 % des personnes interrogées, l’augmentation des prix est la première raison évoquée, suivis de la hausse des taxes (31 %) ou encore de la baisse de revenus ou des aides sociales. L’inflation est donc la principale évoquée comme cause de la diminution du pouvoir d’achat.

Déplacements ou chauffage, il faut choisir

Face à cette perte de pouvoir d’achat, de nombreux Européens sont confrontés à des choix compliqués : 80 % indiquent avoir déjà été contraints de restreindre leurs déplacements, de ne pas se chauffer, de faire appel à l’aide de proches ou encore de cumuler plusieurs emplois

Des dépenses réduites au minimum

Le coût de l’énergie domine la problématique des dépenses des ménages à l’instar de ce qu’observait le Baromètre de la pauvreté et de la précarité Ipsos-Secours populaire, réalisé en France et publié en septembre dernier. En raison de leur situation financière, 62 % des répondants indiquent avoir été contraints de restreindre leurs déplacements, 47 % de renoncer à se chauffer alors qu’ils avaient froid, et 34 % ont renoncé à se soigner alors que leur santé le nécessitait.

C’est Outre-Manche que la situation semble la plus alarmante. Imran Hameed, responsable d’une banque alimentaire à Birmingham, au nord du pays, témoigne : « Les gens qui viennent ici n'ont souvent pas mangé depuis un ou deux jours. Avant, on avait surtout des mères célibataires ou des personnes qui touchaient des aides sociales, on n'avait jamais dû aider les personnes qui travaillaient à temps plein. »

Aucune marge de manœuvre

Parmi les 6 000 personnes interrogées, les deux tiers déclarent ne plus savoir sur quelles dépenses faire des compromis ayant déjà réduit tout ce qui pouvait l’être. Si en France, en Italie et en Pologne 60 % des personnes interrogées déclare n’avoir plus aucune marge de manœuvre, en Grèce le pourcentage grimpe à 88 %. Cette fragilité se traduit par un compte à découvert dès le 15 du mois pour plus du quart des personnes (28 %) et par une proportion du même ordre qui déclare avoir « peur de perdre son logement ».

La crainte de basculer dans la précarité

La majorité d’Européens (55 %) estime qu’elle court un risque important de se retrouver en situation de précarité au cours des prochains mois. Un risque jugé « très important » par près de 1 Européen sur 5 (17 %). Dans ce domaine, les Italiens sont particulièrement inquiets (70 %), suivis des Grecs (68 %), des Polonais (56 %), des Allemands (49 %), du Royaume-Uni (47 %) et enfin des Français (42 %). Des chiffres qui dépassent de très loin la part des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, environ 17 % en 2021 (dernières données publiées par l'Insee). La précarité est encore plus large, rappelle le belge Olivier Schutter, le rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains, qui a rendu un rapport sur la situation du continent : « La croissance économique et le progrès général n’ont pas bénéficié à tout le monde au point de laisser un cinquième de la population dans la précarité. »

Des privations fortes chez les parents

Pour offrir à leurs enfants (moins de 18 ans) de bonnes conditions de vie, de nombreux parents indiquent se priver. À quoi renoncent-ils ? En premier lieu, aux loisirs et aux sorties (76 %), suivi du coiffeur et des soins de beauté (72 %) et des achats de vêtements (72 %). Plus alarmant, près d’un sur deux (48 %) indique se priver de nourriture. Faute de moyens, les deux tiers des parents indiquent avoir déjà été contraints de restreindre les pratiques de leurs enfants et 49 % avoir déjà renoncé à ce que leur enfant parte en vacances ou fasse des activités 45 %.

Au-delà de certaines situations difficiles, de nombreux parents se montrent inquiets. En effet, 49 % déclarent avoir peur de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants et préparer leur avenir. Ce ressenti est particulièrement fort en Grèce, mais aussi au Royaume-Uni (50 %), tout comme en France (49 %). Même en Allemagne, pays le plus riche du continent, 46 % des parents expriment cette crainte.

Plus grave, un tiers des parents (33 %) déclarent ne pas pouvoir donner à leur enfant une alimentation suffisamment variée. En Grèce, le pourcentage monte à 42 %.

Les catégories de population les plus touchées

La perception générale quant aux catégories de population les plus touchées varie en fonction des pays. En Allemagne (61 %) et en Pologne (59 %), les plus frappés seraient les personnes âgées. En revanche, en Grèce et en Italie, ce sont les jeunes, avec des taux de respectivement 57 % et 45 %. Pour les Britanniques, ce sont avant tout les familles monoparentales qui semblent les plus fragiles (55 %).


*Méthodologie : sondage réalisé par Ipsos pour le Secours Populaire du 17 juin au 6 juillet 2022 auprès de 6000 Européens représentatifs de la population nationale âgée 18 ans dans chacun des 6 pays interrogés : France, Allemagne, Grèce, Italie, Pologne, Royaume Uni.

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