Une femme fait du yoga dans un bureau vide

Travail : tout seul au bureau le vendredi, le nouveau kif des salariés

© Elina Fairytale et Nastuh Abootalebi

« Pour moi, c'est le paradis. » Quand tout le monde bosse à la maison, avoir les bureaux juste pour soi est leur nouveau plaisir depuis la rentrée.

Pas d'odeurs plats préparés qui s'échappent du micro-ondes, de conversations parasites ou d'incessantes demandes de conseils pour faire marcher la photocopieuse... Après avoir eu la flemme de se faire des amis au travail, ils sont désormais nombreux à chérir la solitude au bureau.

Bureau en solo, leur nouvel eldorado

Dans le sillon de la Grande Démission et du Quiet Quitting, les salariés exigent a minima de pouvoir bosser de chez eux la moitié du temps, de préférence le lundi et le vendredi, selon Kastle Systems. Pourtant, un petit nombre d'entre eux met un point d'honneur à venir au bureau le vendredi. « Il n'y a pas de notifications d'e-mails ou de conversations sur haut-parleur. Pour moi, c'est le paradis », a confié au Wall Street Journal une salariée américaine. Au programme de cette oasis de tranquillité : séances de yoga impromptues, diffusion de K-pop à hauts décibels sans avoir peur d'être jugé, balade au soleil quand le besoin de se délasser s'impose. Et départ en week-end sans avoir à attendre que sonne la cloche.

Mais partir en week-end anticipé ou écouter le dernier tube de Black Pink n'est pas l'objectif de tout le monde. Pour Gabriel*, rédacteur de 31 ans, choisir le vendredi comme jour de présence fixe résulte d'une longue réflexion. « J'ai choisi le lundi pour télétravailler afin d'amortir la fin du week-end et de bien commencer la semaine, en dormant un peu plus tard que les autres jours... » Dans ses locaux parisiens où la population se divise par deux en fin de semaine, les langues se délient, l'atmosphère est joyeuse, le travail plus agréable dans la quiétude. « En plus, j'aime vraiment bien les gens qui viennent bosser le vendredi. On s'entend très bien, on est un peu un club secret ». Il y a aussi la coloration particulière que prend le temps passé au bureau : « On a l'impression d'être dans une petite bulle avec mes collègues. C'est un peu comme une journée d'été, c'est plus calme, plus doux. On sait que quelque chose de bien va se passer ». Un sentiment aussi partagé par Julia*, 30 ans, chargée de projet : « Tout le monde est plus détendu, même si on doit boucler plein de trucs avant de partir. C'est un mélange de fébrilité et de concentration, doublé d'un sentiment de délivrance à l'approche du week-end ». Mais ce climat à la fois douillet et vivifiant n'est pas ce qui séduit tous les employés. « En fait, la solitude dans laquelle on travaille le vendredi est un bon moyen de s'autoréguler en termes de charge de travail. On ne se déconcentre pas, mais en même temps on n'est pas entraîné à faire des heures sup' de crainte de se prendre un "alors tu prends ton aprèm ? " quand tu sors à 18 heures. Je fais ce que je dois faire, pas plus, pas moins », rapporte Christelle*, consultante financière de 43 ans. « C'est presque un choix politique en fait ».

Le vendredi au bureau : nouvelles vacances des pauvres ?

Il y a celles qui s'adonnent à la memoon, ces lunes de miel onéreuses et cinématographiques, et ceux qui partent à l'aventure en solo au bout du monde. Et puis ceux qui, entre inflation galopante et syndrome de flygskam aigu, renoncent peu à peu aux voyages et longs déplacements. Après avoir expérimenté et adopté la micro-aventure et le staycation, ces vacances passées à la maison, le bureau ne serait-il pas le nouvel endroit où profiter d'une version édulcorée de (semi) congés payés ? Alors que les salaires peinent à suivre la hausse du prix du café et que la majorité des Français ne conserve qu'une centaine d'euros sur son compte dès le 10 du mois, l'idée de s'offrir une journée au calme, même si elle est au bureau, ne manquera certainement pas de séduire.

*Le prénom a été modifié

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