Trois filles asiatiques avec des cheveux rose sur fond bleu

Cryptosis : l'addiction aux cryptomonnaies porte désormais un nom

© Axie Sisters 'WAGMI' Official MV via Youtube

Plus une journée sans qu'une célébrité ne se vante de l'achat de son NFT ou qu'une nouvelle cryptomonnaie émerge sur Twitter. Souffrons-nous tous de cryptosis ? Décryptage d'une folie collective.

On connaissait déjà les crypto bros, ces « mâles sigma » obsédés par la muscu et leur portefeuille OpenSea, ainsi que leur pendant féminin, les crypto baddies, ces femmes revendiquées féministes aux yeux de qui le Web3 est un formidable outil d'émancipation. Mais ce qu'on ne savait pas encore, c'est que leur obsession dévorante pour les NFT et les cryptomonnaies porte un nom : la cryptosis.

C'est quoi la cryptosis ?

Il y a quelques années, il était courant de se retrouver assiégé en apéro par un jeune cadre dynamique qui nous expliquait la pupille dilatée que le CrossFit était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée. Selon ce trentenaire qui donnait l'impression d'avoir rejoint un culte, il nous fallait absolument nous y mettre aussi sous peine de finir comme une pauvre larve qui serait passée à côté de la vie. Aujourd'hui, le CrossFit a été remplacé par les NFT, ces objets numériques que tout le monde s'arrache, de l'industrie du porno aux séries TV comme Stoner Cats.

Le néologisme anglophone « cryptosis » a fait son entrée sur le Urban Dictionary dès 2017. L'internaute TrilliamShakespeare proposait alors la définition suivante : « Une maladie bénigne causée par la hype des cryptomonnaies, dont les symptômes incluent le fait de parler constamment de crypto et de lire tout ce qu'on trouve à leur sujet, un comportement qui s’accompagne du fait d'acheter des Bitcoins et Altcoins. »

Où peut-on attraper la cryptosis, et où se propage-t-elle ? À la NFT.NYC bien sûr, la conférence dont la troisième édition s'est déroulée en automne dernier à Manhattan, et qui comptait plus de 3 000 personnes en liste d'attente. En deux mots, c'est lors de cette « célébration du coming out » de la clique crypto (comme la qualifiait The New York Times) que le Yuga Labs à l'origine du Bored Ape Yacht Club (une collection de 10 000 illustrations représentant des singes à l'air neurasthénique) ou que les CryptoPunks ont pu laisser libre cours à leur (très onéreuse) passion pour les NFT.

Qui sont ces personnes qui souffrent de cryptosis ?

On ne pensait pas que les choses pouvaient devenir plus cringe, et pourtant. Randi Zuckerberg (210 000 abonnés sur Twitter), la sœur aînée de Mark Zuckerberg, a récemment sorti une vidéo faisant l'apologie des cryptomonnaies, véritable déclaration d'amour aux jetons non fongibles. Dans sa vidéo, la fougueuse Girl Boss parodie les paroles et le clip en noir et blanc du morceau Hello d'Adele. « Hello, it's me, would you like to learn about exchanging cryptocurrency ?  » (Salut, c'est moi, as-tu envie d'apprendre comment échanger des cryptomonnaies ? ), chante la business woman, enveloppée dans un large manteau de fourrure.

Randi Z, crypto baddie de renom, baigne dans le Web3 comme Cléopâtre jadis dans le lait d’ânesse. Si vous aviez un doute, il suffit pour le lever de jeter un œil à sa bio Twitter, qui liste les projets liés au Web3 dans lesquels elle s'implique : 8 au total. Mais Randi n'est pas la seule à souffrir de cryptosis.

Parmi les individus obsédés par les NFT, d'autres profils plus atypiques, comme les « Axie Sisters ». À mi-chemin entre le girl band et les influenceuses, elles se revendiquent fans d'Axie Infinity, un jeu vidéo développé par le studio vietnamien Sky Mavis et basé sur les NFT, et n'hésitent pas à déclamer leur amour en chanson. Les paroles de leur morceau WAGMI à l'ambiance très cartoonesque : « Up up ! To the mooon ! WAGMI, WAGMI !  » Vous aurez reconnu les cris de ralliement des personnes atteintes de cryptosis, WAGMI étant l'acronyme de « We Are All Gonna Make It » (Nous allons tous réussir) et « To the moon » (Jusqu'à la lune), un mantra visant à encourager l'accroissement de valeur des actifs crypto...

Pourquoi cette obsession ?

Le média Vox n'y va pas par quatre chemins : les cryptomonnaies et NFT auraient permis à une myriade de trentenaires fanas de l'entrepreneur-conférencier américain Gary Vaynerchuk (alias Gary Vee) de s'inventer une personnalité en rejoignant des communautés plus ou moins fermées et exclusives.

Une seconde raison pourrait aussi expliquer cet emballement autour des NFT : alors que le tabou autour de l'argent tombe, les NFT auraient légitimé les paris et jeux d'argent. Jugés « populaires », voire vulgaires lorsqu'ils se déroulent au PMU, les jeux d'argent deviendraient « sérieux » et avant-gardistes dès lors qu'ils impliquent des NFT. Un énième double standard riche-pauvre ? Absolument.

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