Deux jeunes filles sur le pont d'un très beau bateau

Camping en Antarctique, set-jetting, croisières pour happy few… Les tendances voyages 2023 ne risquent pas de reposer la planète

© Andrea Piacquadio

Les tendances voyages en 2023 selon le Financial Times ? Retour du corporate travel, storification et gamification des séjours, camping ultrapremium et super-yachts privés… Tour d'horizon.

Dans un papier dédié aux tendances voyages 2023, le Financial Times identifie six axes qui irriguent l'industrie. Il brosse en creux le portrait d’un tourisme ultrapremium, qui cherche à oublier les crises, tout en comblant la quête existentielle de ses guests, à coups d’expériences aux petits oignons. Des trips souvent taillés sur mesure, et très esthétisants, mais qui racontent beaucoup de l'époque, ses contradictions et ses tourments, voire inspireront vos prochaines échappées – à condition évidemment d’être peu regardants sur le budget et les émissions carbone.

Les séjours « Survivor meets RV en terre inconnue »

Le FT est catégorique : le luxe ne se mesure plus à l’épaisseur d’une tenture ou au marbre d’une baignoire, mais à la qualité de l’expérience. On le savait déjà un peu, mais comment renouveler celle-ci ? Le mot-clé est « immersion » avec en prime une pincée de challenge, de gamification, voire de storification.

Get Lost, développé par la société Black Tomato, rappelle furieusement les téléréalités d’aventure façon Survivor ou Dropped : largués dans la nature hostile, après un briefing orienté survie, vous voici à crapahuter entre les rochers, triomphant des obstacles dressés sur votre chemin, pour ressortir trois jours plus tard au point « d’extraction » convenu, trans-for-mé – le tout chaperonné par un ex-Marine, à moins d’un kilomètre grâce à son GPS, prêt à vous ramasser si vous vous étalez dans les ronces. Pourquoi s’infliger tout cela, me direz-vous ? Se perdre pour mieux se retrouver est une antienne qui fonctionne toujours.

Dans cette catégorie, on remarque aussi Luxury Treasure Hunts qui vous procurera le frisson de la chasse au trésor en Sardaigne, ou Take me on a Story du même Black Tomato, et ses parcours immersifs tirés de classiques de la littérature comme Alice au Pays des Merveilles. En attendant The Assignement: Europe en collaboration avec Eon Productions, connu pour ses James Bond : le FT nous promet ski nautique sur le lac de Côme, cours de cascades et soirées au casino. J'enfile une robe en lamé et on se rejoint là-bas ?

Le set-jetting, ou les vacances vues à la télé

La mention « Vu à la télé » est un grand classique dont l’efficacité est d’autant plus redoutable à l’heure du streaming et de la multiplication des écrans. Avec le set-jetting (set = plateau <= jeu de mots), il s’agit de voyager aux endroits vus au cinéma ou à la télévision. Si vous pensez l’exercice réservé aux fans hardcore du Seigneur des Anneaux en Nouvelle-Zélande, le FT vous le dit tout de go : il est devenu un driver de business incontournable pour l’industrie : selon une étude Expedia réalisée l’automne dernier, deux tiers des voyageurs ont envisagé une destination vue à l’écran, et 39 % sont passés à l’acte.

Parmi les spots 2023 concernés par cette tendance, citons la Sicile, décor de la deuxième saison de The White Lotus : le San Domenico Palace, où la série a été filmée, sans divulguer de chiffres exacts, admet un « impact incroyable » de la série sur les réservations. Le tour-opérateur Abercrombie & Kent a vu son trafic Web augmenter de 2000 % en une semaine, après avoir communiqué une offre au Palazzo Cardinale, un haut lieu de la série. On regardera aussi de près l’effet sur la Norvège de la saison 4 de Succession.

La croisière s’amuse (en super-yacht privé)

On ne l’avait pas vu venir, mais la croisière serait de retour, malgré le choc de la pandémie que l’industrie s’est pris façon Titanic et aujourd’hui, l’augmentation du prix de l’énergie. Selon le FT, la demande serait même incroyablement résiliente. Autre fait remarquable : le profil des nouveaux entrants du marché, issus du secteur de l’hospitality. Ritz-Carlton, du groupe Marriott, a inauguré en novembre Evrima, un yacht de 190 mètres, 149 cabines et un équipage de 250 personnes. Il promet de recréer en mer l’expérience de l’hôtel, afin de convertir au cabotage sa base de clients.

Four Seasons n’est pas en reste, avec son 207-mètres en chantier à Trieste, un budget annoncé de 4,2 millions de dollars par cabine, sans parler d’une option ultrapremium, la Funnel Suite, ses quatre niveaux, son spa et sa piscine privés. Mais ne devrait-on pas alors parler de super-yacht privé plutôt que de navire de croisière ? Le quotidien britannique relève cette frontière ténue, avec l’exemple du prochain navire du groupe Aman, avec seulement 50 cabines pour 183 mètres. Enfin, Orient Express, désormais dans le giron du groupe Accor, devrait aussi décliner sa marque légendaire sur l’eau : après les trains et les hôtels, l’Orient Express Silenseas (220 mètres) devrait prendre le large en 2026, « inspiré par l’âge d’or de la French Riviera ». Annoncé comme le plus grand voilier au monde (avec des moteurs alimentés au GNL), il ne comptera pourtant que 54 suites.

Le week-end de trois jours, c’est la vie / Le team building aussi

Vous le savez sans doute, le rapport au travail change. Le télétravail, devenu courant, ouvre aux acteurs de l’hôtellerie la possibilité de commercialiser des créneaux jusqu’alors peu porteurs : le journal donne l’exemple de la chaîne d’hôtels anglais The Pig qui enregistre une hausse de 14 % de ses réservations en week-end dimanche inclus, par rapport à 2019. En tout cas, Original Travel y (re)-croit : après avoir fait un four en 2021 avec son offre “Big Short Break”, ce tour-opérateur relance l’offre en faisant référence à la 4-Day Week Campaign, portée par 100 entreprises passées à la semaine de 4 jours au Royaume-Uni.

De l’autre côté du spectre, le voyage corporate revient en force. Ce qui pourrait sonner comme une contre-tendance de la précédente s’inscrit pourtant parfaitement dans la même lignée. Il s’agit ici de cultiver une culture d’entreprise et un esprit d’équipe quelque peu malmenés par le télétravail à grande échelle. Selon une enquête American Express réalisée au Royaume-Uni, 73 % des entreprises considèrent le team building comme l’un des motifs principaux pour faire du voyage d’affaires.

Le camping top notch

L'ADN vous en parlait l’année dernière, mais l'hôtellerie de plein air – aka camping – a décidément la cote, même dans le segment haut de gamme. Tentes et systèmes de chauffage dernier cri, entre autres innovations, permettent de répondre au besoin de nature exacerbé d’une clientèle qui ne veut pas sacrifier le standing sur l’autel des sanitaires collectifs. Ainsi, aux États-Unis, Under Canvas contribue à ce qu’on pourrait appeler la gentrification du camping avec 10 emplacements à travers le pays. Sa nouvelle marque Ulum renforce sa montée en gamme, avec des lits king size, des salles de bains privatives, des couvertures en laine vierge, des cours de yoga, des concerts de musique acoustique.

Parmi les exemples cités par le FT, on retiendra le camp flottant organisé par Cookson Adventures, sur la lagune glaciaire de Fjallsárlón, au sud-est de l’Islande. Alimenté par des panneaux solaires et des piles à biocarburants, il comportait aussi 4 tentes chauffées pour vos invités, que vous pouviez garder près de vous ou envoyer flotter plus loin, et un sauna avec accès direct à l’eau glacée via un trou creusé dans la glace. Le prochain séjour de cet opérateur d’exception se déroulera sur un glacier reculé de l’archipel Svalbard, dans le nord de la Norvège. Comptez quatre heures de motoneige pour y accéder, depuis la capitale Longyearbyen, ainsi qu'un budget minimum de 230 000 livres par semaine pour un groupe de six. Il faudra bien ça pour ce camp équipé de toilettes chauffées, d’un chef et d’une bibliothèque.

Encore plus loin, encore plus cher, encore plus fort, les sky pods futuristes de l’Echo Camp White Desert en Antarctique. 65 000 dollars par personne pour cinq jours. À ce prix-là, oui bien sûr qu’on la prend, l’expédition-visite des colonies de manchots !

via GIPHY

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire