Une fille blonde avec un masque blanc dans un aéroport vide

#2020core : les nostalgiques ont (déjà) développé une fascination pour l'année des confinements

© © Engin Akyurt et Mick Haupt

Lorsque notre énorme flemme croise notre penchant pour la nostalgie, cela produit un phénomène étrange : l'apparition de fans de l'année 2020. Version pandémie.

Tous les ingrédients étaient là : nostalgie aiguë, propension à regarder dans le rétro, et fatigue de tout. Ce n'était donc qu'une question de temps avant que l'année 2020 ne soit édifiée en âge d'or. Après le cottagecore et le Twilightcore, une nouvelle esthétique glorifie désormais l'époque où l'on s'est mis aux puzzles et aux apéros Zoom.

Nostalgie et pandémie : c'est quoi le #2020core ?

Chaque décennie produit ses codes, ses imageries et ses références. Mais ça, c'était avant. Avec l'éclatement des modes et la multiplication des micro-esthétiques, les cycles de production des tendances s'accélèrent. Il est donc bien possible que le thème de votre prochaine soirée déguisée ne soit pas les Années Folles de 1920, ses plumes et ses colliers de perle, mais l'année 2020 elle-même.

Sur TikTok, 2020 donne lieu à une certaine fascination, exprimée au travers de positions fœtales et de soupirs alanguis. La tiktokeuse Distopian dream barbie prédit même que les jeunes des années 2050 ne manqueront pas de romantiser les confinements, avec leurs espaces désertés et leurs rues calmes, nos pyjamas et nos après-midi en cuisine. « Je suis née trop tard pour vivre cette période iconique qu'était la pandémie de Covid-19, alors j'ai réalisé ce montage vidéo pour m'y imaginer », déclame-t-elle d’une voix éthérée, se glissant dans la peau d'une ado du futur. Au programme de son court clip : rayons vides en grandes surfaces, mains qui pétrissent de la pâte à pain et masques colorés disposés sur une couette de lit.

De son côté, le tiktokeur trust andy s'interroge : « what 2020 sounds I have missed ? 🤔 » (qu'est-ce qui me manque de 2020 ? ). En 2021, le jeune homme a passé 21 jours d'affilée à écouter seulement des morceaux populaires en 2020 sur TikTok juste pour « ressentir quelque chose. »

@trust.andy

what 2020 sounds i have missed? 🤔 #fyp #2020core

♬ dont start now - marina

D'autres encore expriment explicitement leur amour pour l'année 2020 : « ngl i lowkey miss 2020, there was so much stuff going on » (sérieux, 2020 me manque secrètement, il se passait tant de choses). En réponse, de nombreux internautes abondent dans le sens de l'auteur (2020 était OUF, la meilleure année de ma vie etc.). Très vite, un consensus émerge : si 2020 était une année millésime, 2021 s'est avérée extrêmement décevante. Z.loverr précise : « ouais, tous les trucs cool se sont passés puis 2021 a été plutôt ennuyeuse », secondé par d'autres : « oui, 2021 était la pire année de ma vie. qu'on me rende 2020 !  » À ce jour, le #2020core compte plus de 3 millions de vues, mais l'esthétique 2020core n'a pas encore été documentée sur Aesthetics Wiki, la « bible » des esthétiques d’Internet : affaire à suivre.

2020 : pourquoi cette obsession ?

Beaucoup se souviennent de 2020 le poil hérissé et l’œil brillant. Qu'est-ce qui a bien pu alors produire ce curieux engouement ? Entre confinements confortables, cours annulés et suspensions des obligations sociales, l'année 2020 a pu revêtir pour quelques chanceux une forme relativement douce, voire festive. Ces situations personnelles extraordinaires ont également pu se doubler d'un sentiment d’excitation produit par la suspension du statu quo et de l'introduction de nouveaux paradigmes. Mais le cas de 2020 est loin d'être unique, et peu d'époques échappent à la nostalgie.

En 1992, l'artiste est-allemand Uwe Steimle a formé le terme ostalgie, néologisme qui juxtapose Ost (est) et nostalgie pour désigner le regret de l'Allemagne de l'Est ou RDA. Si à l'origine les individus concernés étaient principalement des Allemands de l'est déçus et écœurés par les appétits capitalistes et la généralisation des mentalités individualistes, l'ostalgie a conquis ses dernières temps un public nouveau, notamment chez les jeunes. Symptôme de la persistance du sentiment : l'organisation des Ostalgie-Partys, soirées hommages aux années RDA, où l'on embrasse la mode vestimentaire de l'époque, boit du Club Cola et roule en Trabant. Finalement, ce n'est pas tant la RDA que l'on regrette, mais certains éléments faisant cruellement défaut aujourd'hui : le système d'entraide, la solidarité, le non-ensevelissement sous une profusion de produits et l’absence de publicités dans les espaces publics. De quoi éclairer nos envies de retour à 2020, une année qui semble à postériori peut-être plus simple que celles qui s'annoncent ?

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