RETROUVER NOTRE HARMONIE AVEC LA NATURE

Retrouver l'harmonie avec la nature, selon la jeune création contemporaine

Avec NONFICTION
© Jonathas de Andrade

Par des photographies ou des performances rituelles, de jeunes artistes en quête de reconnexion environnementale invitent à retrouver la symbiose.

La COP26 nous a rappelé l’urgence du siècle : la crise climatique. L’humanité est allée si loin dans sa déconnexion avec son environnement qu’elle est désormais obligée de le mettre à l’agenda politique pour s’en soucier. Pourtant, un courant alternatif à l’écologie politique, pragmatique et techniciste, a vu le jour dans les années 1970 sous la plume d’Arne Næss en Norvège et de l’école de Canberra en Australie, et trouve une résonance esthétique dans la jeune création contemporaine. 

La deep ecology défend la valeur intrinsèque des êtres vivants, animaux et végétaux, autrement dit, une valeur indépendante de leur utilité pour les êtres humains, et ne pose ainsi pas la satisfaction des besoins comme finalité. Cette pensée affirme nécessaire de faire du vivant le sujet d’une coévolution qui mènera l’Homme vers une réalisation de Soi, envisageant le monde comme un champ relationnel : rien n’existe de manière séparée, la chose n’existe qu’en vertu des relations qu’elle entretient avec son milieu. C’est une esthétique de la relation que les jeunes artistes explorent. Quelle connexion profonde, quel souvenir de réminiscence nous permettrait de passer le pas et de changer de modèle ? Quelle image mettre sur ce terme galvaudé de « reconnexion »  ?

Ainsi cette philosophie, critique de ce que Val Plumwood appellerait « l’hyperséparation » des humains, fait entrer chaque être vivant entre dans la sphère éthique du droit à exister, mais aussi chaque être dans la sphère de l’écologie en tant qu’il est une nourriture possible pour l’écosystème. Cette pensée radicale invoque un changement d’organisation systémique et une relation profonde et sensitive avec ce qui nous entoure. Une notion d’harmonie et d’équilibre juste qu’explorent les artistes par des photographies ou des performances rituelles qui cherchent un récit contemporain de la symbiose.

Denisse Ariana Pérez, née en 1988 en République Dominicaine, vit et travaille en Espagne

Dans sa série Boys, Men and Cocks, Denisse Ariana Pérez capture les liens qui unissent l’homme et la nature, en célébrant l’amour, l’intimité et la vulnérabilité. Avec la photographie comme médium, elle exprime la beauté des individus, de leurs communautés et cultures, en particulier ceux qui sont marginalisés, questionnant les relations qu’ils entretiennent avec leur milieu. Les sujets ne sont pas séparés de leur environnement, affirmant que la beauté réside dans l’interaction avec l’autre. C’est pourquoi, pour fusionner les hommes et les endroits, elle utilise l’eau qu’elle perçoit comme un liant universel qui permet de « flotter, couler et être ». L’artiste photographie par exemple des hommes tenant des coqs dans leurs bras et crée des images emplies de tendresse qui questionnent aussi la notion de virilité traditionnelle. 

1 - Denisse Ariana Pérez, from the series Boys, Men and Cocks II / 2 - Denisse Ariana Pérez, from the series Men and Water II

Jonathas de Andrade, né en 1982, vit et travaille au Brésil

Dans son œuvre The fish, 2016, Jonathas de Andrade raconte une pratique de pêche qui consisterait à étreindre le poisson sorti de l’eau et à l’accompagner dans sa mort. Ce rituel imaginé témoigne des relations qui pourraient exister entre les différentes espèces, celles-ci étant marquées par la domination et la violence mais aussi par la tendresse et le respect. Au travers de ce rêve utopique d’une communauté vivant en harmonie avec son milieu, l’artiste atteste en réalité de son échec. Entre fiction et réalité, documentaire et fantaisie, c’est le désir de domination de l’homme qui est dépeint ici.

Curro Rodriguez, né en 1980, vit et travaille en Espagne

Dans ses différentes photographies, Curro Rodriguez semble questionner la nature humaine et ses tendances destructives. Ses images et vidéos entremêlent avec puissance et poésie la nudité, l’homme dans toute sa vulnérabilité, et la nature, accueillante, abondante et parfois effrayante. Par exemple, l’œuvre frame (2), 2017, nous met nez à nez avec nos responsabilités : c’est avec désespoir que l’artiste frappe frénétiquement sur la paroie d’une carrière de pierre laissant résonner sa rage, sa frustration, sa peur, ses pleurs et son incompréhension face à l’appétit ravageur de l’homme. Dans d’autres travaux, Curro Rodriguez présente un homme, un arbre, un cheval, tous recouverts par un étrange voile de plastique porté par le vent. Ces photographies nous font osciller entre calme et indignation, en dénonçant la dévastation de la nature par l’homme, avide de contrôle, souhaitant imposer sa suprématie.

Curro Rodriguez, Debla 1, 2017
Curro Rodriguez, Debla 9, 2017
Curro Rodriguez, Debla 32, 2017
Curro Rodriguez, frame (2), 2017
commentaires

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  1. The Caring Gallery dit :

    De belles photographies de Denisse Ariana Pérez seront exposées du 9 au 20 mai au 66 rue Charlot 75003 Paris, tous les jours de 10h à 19h.
    The Caring Gallery - "Près des yeux près du coeur"

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