Portrait de Ben Névert avec un nounours sur les épaules

Ben Névert : « Je ne suis pas viril »

© Juliette Leigniel

Sur YouTube, Ben Névert déconstruit les stéréotypes sur les hommes dans « Entre Mecs » . Le 7 octobre, il sort son premier livre Je ne suis pas viril aux Éditions First !

En l’espace de quatre ans, le Youtubeur français Ben Névert a décomplexé la parole des hommes. Dans son format « Entre mecs » , il invite des hommes à discuter en toute franchise. Tous les sujets autour de l’intimité peuvent être abordés, la drague, les ruptures, les représentations du corps... pourvu qu’ils interrogent les injonctions que vivent les hommes à être toujours forts, puissants, sûrs d’eux. Mais le « tout avec une bonne dose de bonne humeur, d'optimisme, d'Humain et d'ouverture d'esprit » , promet Ben Névert. Et c’est vrai. Les échanges d' « Entre mecs » ont quelque chose de la soirée entre potes – drôles souvent, avec des éclats de sincérité dedans. La chaîne de Ben Névert est suivie par une communauté de 400 000 abonnés.

Dans la continuité de ses vidéos YouTube, Ben vient de signer son premier livre. Je ne suis pas viril est sorti le 7 octobre aux Éditions First. Il s’adresse à « tous les hommes qui ont la sensation de ne pas être pleinement eux-mêmes, qui ne se retrouvent pas dans ce que la société attend d’eux ».

D’où des conseils non genrés distillés au grés des pages pour savoir gérer ses émotions, prendre des décisions sereinement ou encore mieux vivre avec son hypersensibilité. Ni manuel de survie pour les hommes, ni livre de développement personnel, Ben se met à nu pour raconter la découverte de son hypersensibilité dès la cour de récré et de ses difficultés à s’admettre viril, envers et contre tout.

Entretien avec Ben Névert à la veille d’une tournée de dédicaces en France.

Tes vidéos donnent la parole à des hommes, qui parlent de leur masculinité. Mais qui regarde « Entre mecs » , uniquement des hommes, ou tu as réussi à intéresser les femmes ?

Ben Névert : C’est marrant mais pas mal de personnes pensent qu’il y a plus de femmes qui regardent mes vidéos parce qu’elles commentent plus. Les hommes eux m’envoient des messages privés. Ils se cachent, ce qui en dit long aussi sur la masculinité et sur le travail à faire. Mes vidéos s’adressent en premier lieu aux hommes mais j’ai envie qu’un maximum de personnes les voient, donc des femmes. Mais ma communauté est effectivement à 50/50 entre hommes et femmes, à 1 % près. « J’ai envie d’ouvrir mes vidéos à plus de personnes plus âgées et plus jeunes. Je me rends compte qu’il y a une nouvelle génération qui arrive, qui est en avance sur tout et qui n’a pas les mêmes problématiques d’un point de vue virilité et masculinité » .

Un jour, un de tes managers t’a dit « Tu es trop fragile pour ce métier. » Que voulait-il dire ?

B. N. : J’ai fait des études de communication à Caen puis je suis entré dans la vie active et j’ai souvent entendu cette phrase, que ce soit dans de petites ou de grosses structures. J’ai aussi souvent entendu que la communication et le marketing sont remplis de requins et que je ne m’en sortirais pas en montrant trop mes émotions. J’ai donc commencé à renier mon hypersensibilité avant de comprendre qu’il n’est jamais bon d’enfouir ses émotions. J’ai déconstruit plein d’idées reçues et de croyances limites qu’on m’a clairement inculquées dans le milieu de la communication marketing. On peut très bien évoluer et faire une belle carrière sans être un requin. Et au contraire, la plupart de mes collègues estimaient que je n’étais pas fragile, mais que j’étais sensible et créatif.

Pourquoi avoir privilégié, cette fois-ci, le format écrit plutôt que ton format habituel, celui de la vidéo ?

B. N. : En réalité, cela fait bien deux ans que des maisons d’édition me proposent d’écrire un livre et cet exercice me tentait grandement. Mais, j’avais peur de rentrer dans la case des Youtubeurs qui écrivent des livres et d’entrer dans un monde littéraire dans lequel je ne me sentais pas légitime. Je ne lis pas beaucoup de livres, mais j’ai repris goût à la lecture en travaillant sur ce livre. Depuis, je prends le temps de lire un peu chaque jour. Et coucher sur le papier mon expérience m’a permis d’aborder certaines anecdotes que je ne réussissais pas à évoquer en vidéo, comme l’histoire de ma première fois.

Ta première fois, et un entretien aussi avec ton père...

B. N. : Si le livre était compliqué à écrire, l’entretien avec mon père l’était encore plus. J’ai repoussé ce passage jusqu’au dernier moment parce que je n’arrivais pas à lui demander cet entretien. Je ne savais pas si j’allais assumer de lui poser, pour la première fois de ma vie, certaines questions sur la masculinité et la virilité. Après, je ne voulais pas non plus entrer dans des histoires trop personnelles. Il n’y a pas de voyeurisme dans le livre, même quand je raconte ma première fois avec une certaine Anna. Ce n’est pas son vrai prénom et elle est complètement anonymisée.

Quand et comment as-tu questionné ton rapport à la masculinité pour la première fois ?

B. N. : C'est un thème qui, malgré moi, m'a touché et a été au centre de ma vie très tôt. J’ai découvert mon hypersensibilité à l’âge de 8 ans. Je ressentais beaucoup plus les émotions, je m’émerveillais plus facilement et je pleurais beaucoup plus que les autres. Parallèlement, mon retard de croissance a été diagnostiqué. Je ne correspondais donc déjà pas à cet idéal masculin d’hommes forts, virils, protecteurs, que ce soit auprès des garçons comme des filles.

C’est dans la sphère de l’école que tu as pris conscience des injonctions masculines ?

B. N. : Oui car c’est le premier endroit où tu sociabilises en dehors du cercle familial. Ma famille a déménagé et je suis arrivé dans une nouvelle école en classe de CE1. Je ne me rendais pas compte à ce moment-là d'être plus petit que les autres et donc plus fragile selon leur point de vue. C’est effectivement plus facile de s’attaquer à quelqu’un de plus petit et, qui plus est, qui vit pleinement ses émotions, « comme une fille » comme on me l’a dit. Mais j’ai eu de la chance d’avoir évolué dans un environnement familial sain.

Finalement, te considères-tu comme viril ?

B. N. : Pour avoir la réponse, il faut lire le livre (rires). Il y a plusieurs définitions possibles mais si viril ne signifie pas être grand, fort, protecteur, rationnel et ne pas assumer ses émotions alors oui, je suis viril !

Quels sont tes prochains projets ?

B. N. : Déjà de partir en tournée de dédicaces en France pour promouvoir le livre. C’est la première fois que je vais rencontrer ma communauté, j’ai vraiment hâte ! En parallèle, je vais sortir une émission par semaine sur ma chaîne, dont une version évoluée de « Entre Mecs » nommée « Entre Potes » , qui reprendra les mêmes thématiques pour les aborder de manière mixte cette fois-ci. J’aimerais aussi me pencher sur la transcription pour sourds et malentendants de mes vidéos pour les rendre encore plus accessibles.

Je ne suis pas viril de Benjamin Névert aux Éditions First : disponible ici

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