Jeunes qui manifestent pour l'écologie

Génération Greta : après la pandémie, plus motivée que jamais

© Image issue de Ruptures par Arthur Gosset

Dans son documentaire Ruptures, Arthur Gosset, étudiant à Centrale Nantes, donne la parole à six jeunes âgés de 20 à 25 ans. Tous ont étudié dans de Grandes Écoles (Polytechnique, Centrale, Sciences Po, Écoles de commerce, etc.) mais tous sont en passe de prendre des chemins de traverse.

Sortir des plus grandes écoles et créer un village de Tiny Houses en Bretagne, se former au maraîchage ou créer un éco-lieu en autosuffisance ? C’est le basculement radical que les protagonistes du documentaire Ruptures n'ont pas hésité à réaliser. Ces jeunes étudiants destinés à devenir l’élite française sont en train d’opérer une petite révolution au sein des Grandes Écoles. Motivés par un désir d’accomplissement et de respect des valeurs environnementales, ils sont de plus en plus nombreux à tourner le dos à leur diplôme pour (déjà) réinventer leur vie. Arthur Gosset, l'auteur du film, peut bien nous en parler. Il est l’un d’eux. Interview.

Vous avez 24 ans et serez bientôt diplômé de la prestigieuse école d’ingénieur Centrale Nantes. Pourtant vous êtes déjà sur le point de changer de vie ! C’est ce chamboulement que vous souhaitez illustrer dans votre documentaire Ruptures ?

Arthur Gosset :  En effet, j’ai l’impression de faire partie d’un mouvement qui prend de l’ampleur. Je le vis au quotidien. Je ne suis pas journaliste mais ce film est ma façon de comprendre ce que d’autres jeunes de ma génération traversent depuis deux ou trois ans. Nous nous prenons en pleine face les conséquences des crises économiques, sociales et environnementales. En parallèle, les étudiants des Grandes Écoles, comme moi, nous filons à toute vitesse sur une trajectoire bien définie : beaux diplômes, belles carrières, postes à hautes responsabilités ainsi qu’un salaire confortable. Sauf que la crise climatique et ses conséquences nous perturbent.

Nos valeurs sont-elles en accord avec ce que l’on nous apprend ? Nous sommes des bosseurs, nous voulons travailler et accomplir des choses mais nous voulons savoir pourquoi nous le faisons. Nous avons besoin de sens et de voir l’impact de nos actions sur le monde qui nous entoure. Mon documentaire aborde cette envie de rupture que nous partageons. C’est aussi une preuve pour mes parents : même si le chemin est long et difficile, l’équilibre est possible hors des sentiers battus.

Qu’est-ce qui ne fonctionne plus selon vous dans ces Grandes Écoles ?

A. G. :  Je pense que les cours que nous recevons ne sont pas à la hauteur des enjeux de société. Dans mon cas, en tant que futur diplômé en ingénierie environnementale, je suis formé à faire confiance à la science, à être très rationnel dans mes analyses ; mais la science nous démontre que l’on va droit dans le mur ! Le dernier rapport du GIEC le prouve encore. Nos écoles doivent s’adapter. Dans certains cursus comme celui du bâtiment, la gloire au béton demeure. Très peu de cours nous permettent de critiquer le modèle productiviste en vigueur et les alternatives ne sont pas encore assez étudiées. 

C’est d’autant plus frustrant que j’ai conscience de faire partie d’une minorité qui a accès à ces parcours élitistes. Pour moi, c’est presque une responsabilité d’utiliser mes compétences et ma formation pour avoir un impact social et environnemental positif.

Ce qui est intéressant c’est que vous êtes de plus en plus nombreux à changer de voie tout en préservant le dialogue avec ces écoles pour alerter sur la nécessité de changer de modèle. C’est votre cas ?

A. G. :  Si les jeunes de Ruptures montrent qu’une autre voie est possible, il est important que les formations s’adaptent également car ces écoles ne vont pas disparaître. Cette partie du sujet me tient à cœur. J’échange beaucoup avec les dirigeants de mon école, Centrale Nantes. Ils comprennent le mouvement en cours. En janvier 2019, j’ai participé à un groupe de travail étudiants / professeurs sur l’écologie. Nous avons mis en place la « rentrée climat » dès la rentrée 2019 et le tronc commun a été très approfondi dans ce sens. J’ai récemment collaboré avec François Colin, directeur de la transition d’HEC Paris. Il a d’ailleurs publié une tribune pour appeler à un changement de paradigme dans l’apprentissage dispensé dans les écoles de commerce. C’est un enjeu d’attractivité pour eux.

Entre le début et la fin de votre tournage, il y a eu la pandémie de la Covid-19. Cette crise sanitaire a donné lieu à de nombreuses réflexions sur le « monde d’après » et la nécessité de repenser nos modes de production et de consommation. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

A. G. :  J’en ressors encore plus déterminé ! Selon moi, la pandémie a pu convaincre de nouvelles personnes sur le besoin d’agir et de trouver du sens. Pour ma part, j’ai envie d’apprendre des métiers de la main. Comment réparer telle chose, installer telle construction, produire ce que je mange etc. Ce que l’on partage avec les autres étudiants de mon film, c’est cette envie de maîtriser l’incidence que l’on a sur la communauté et d’être utile à celle-ci. 

En effet, la plupart de vos interviewés se tournent vers des métiers très concrets et localisés. Melvin se forme au maraîchage, Aurélie créé un village de Tiny Houses en Bretagne, Emma développe un éco-lieu en autosuffisance… 

A. G. :  Je pense que l’on a été frustrés par notre parcours certes très élitiste et formateur, mais parfois très éloigné de la réalité du terrain. Je voudrais créer du lien sur des projets locaux avant d’arriver avec mes gros sabots d’ingénieur en croyant que je vais changer le monde. Du coup, ce revirement de perspective est vertigineux car tout est à inventer. Quel type de travail pourrais-je accepter ? Combien d’heures ai-je envie de donner à mon activité professionnelle ? Dans quel type de ville ai-je envie de vivre ? Comment vais-je financer mes projets ? Il y a mille questions mais ça vaut le coup !

À VOIR 

Ruptures, sortie le 10 septembre sur la plateforme de documentaires indépendants Spicee (plateforme payante) ainsi qu’en projection ponctuelle sur le site Ruptures .

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.