Une bouche rose sur fond bleu

Goopification, low-key dates... 7 néologismes qui racontent nos obsessions du moment

© Shvets

Desktop documentary, retconning, productivity porn... Tout comprendre des tendances en 7 mots-clés.

Pour savoir comment utiliser l'expression « OE » (pour over-employed) ou comprendre qui sont les glute girls, ces femmes qui ne jurent que par la prise de muscles et les compléments alimentaires, c'est par ici.

Low-key dates

Exit les restaurants trois étoiles et les cocktails à 26 euros. Pour ses rendez-vous amoureux (les fameux dates), la GenZ privilégie l'ambiance low-key. Le terme se traduit littéralement par discret, mais plutôt comprendre tranquille, détendu et sans artifices. Au programme : Heineken partagée sur un banc public, soirée Netflix ou encore confection de pâtisseries à la maison. D'après un sondage commandé par l’application de rencontres Bumble, 36 % des 18-34 ans seraient adeptes de cette pratique. Pour 38 % d’entre eux, le low-key dating découlerait avant tout d'un manque de thunes.

Goopification

Glace aux légumes de saison, eaux minérales infusées au charbon noir, fromages bio au CBD... Les millennials ont raffolé de ces produits Instagramables censés doper leur système immunitaire ou faciliter leur transit. Mais aujourd'hui, la GenZ s'insurge contre cette « goopification » des produits bien-être. Le terme dérive de la marque Goop, lancée en 2008 par l'actrice américaine-entrepreneuse Gwyneth Paltrow. La newsletter art de vivre (comme on disait à l'époque) a bien vite été suivie d'émissions télé et d'un grand déballage de produits surfant sur la pseudoscience et la vague hippie New Age californienne. Estimée à plus de 250 millions de dollars 10 ans après son lancement, la marque s'est peu à peu imposée auprès de consommateurs en mal de spiritualité. Après les traditionnelles huiles hydratantes et soins exfoliants à la noix de coco, il a fallu composer avec les œufs de jade, sels de bains phytothérapeutiques et autres stickers censés rééquilibrer la fréquence de l’énergie dans le corps. À tout cela, quelques Z en quête de pragmatisme (et parfois de junk food) disent non.

OE ou over-employed

Il y a ceux qui dénoncent le stress au boulot, ceux qui refusent de bosser et ceux qui claquent leur démission plus ou moins discrètement. Et puis il y a ceux qui cumulent les contrats en temps complet afin de maximiser leurs finances et s'affranchir du joug d'un employeur unique. Quelles sont les clés du succès pour maîtriser le OE ou over-employment — le suremploi ? Activer le mode off sur Slack, faire le minimum syndical. Ou comme certains aiment à le rappeler, se borner parfois simplement à respecter son contrat de travail.

Desktop documentary 

Les desktop documentaries sont des docus d'un nouveau genre, réalisés exclusivement à partir d'images déjà disponibles sur le Net. Savamment assemblées, elles permettent la mise en place d'une narration aussi léchée qu'éclairantes. C'est le pari réussi de Gabrielle Stemmer. Dans Clean with me (after dark) (Nettoyer avec moi — après la tombée de la nuit), la réalisatrice décrypte l'attrait des internautes pour des sessions de grand ménage films de près... Souvent agrémentées de la mention « after dark » (à la nuit tombée), ces vidéos sont plébiscitées pour leur dimension réconfortante et cathartique.

Retcon

Le néologisme est loin d'être récent. Sa paternité est revendiquée par Damian Cugle, qui aurait supposément forgé en 1988 l'expression « retcon », dérivée de la contraction de retroactive continuity (continuité rétroactive). Il s'agit d'un procédé narratif visant à altérer les faits d'une œuvre de fiction antérieure grâce l'introduction de nouveaux éléments. Récemment, le procédé a été abondamment utilisé par différents reboots et franchises pour conférer une dimension queer à certains personnages. C'est par exemple le cas dans le dernier film des Marvels Studios Thor: Love and Thunder sorti l'été dernier. Dans ce nouvel opus, les Kronans, la race d'Aliens à laquelle appartient le personnage Korg, sont dorénavant exclusivement masculins.

Productivity porn

Rien de sexuel ici, loin de là. Le productivity porn pourrait se traduire par « la mise en scène d'activités productives façon porno ». Cela concerne tous les types de contenus vidéos qui vont stimuler l'envie de passer son appart au filtre Marie Kondo ou de récurer sa baignoire. Au hasard : les vidéos qui exhibent un rigoureux entraînement physique pour gonfler ses biceps, les meal prep (préparation de repas), ces vidéos où l'on prépare le dimanche l'ensemble des repas de la semaine, ou encore les morning routines, qui nous invitent inlassablement à devenir la meilleure version de nous-mêmes.

Glute girls

Pour les trouver, suivre le #girlswholift (les filles qui soulèvent du poids) qui fleurit de Reddit à TikTok. Ici, le hashtag compte déjà plus de 7,6 milliards de vues. Alors, qui sont les glute girls (les filles aux fessiers) ? Des femmes qui ne s'encombrent pas d'injonctions à la minceur et à la finesse. Elles donnent plutôt dans la prise de muscles et de formes hypertrophiées. Aux États-Unis, elles se réunissent sous l'étendard de glute girls car elles sont reconnaissables à leurs fesses rebondies et ultra-sculptées. Avec elles, c'est abonnement fitness et go muscu.

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