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un homme et une femme assis sur des chaises avec des électrodes sur la tête
© RichVintage via Getty Images

Les dating app en 2040

Le 4 mars 2020

Matcher, swiper, liker, dater, ghoster… Et demain on fera quoi pour trouver l'âme soeur ? Machine learning ? Réalité virtuelle ? Pas loin. Plongée dans la manière dont on swipera en 2040.

A base de géolocalisation, de photos lissées et d’algo tout puissants, les app de rencontres ont conquis nos cœurs et nos pouces. Et avec plus de 1 500 applis à portée de clic, il y en a pour tous les goûts : pour ceux qui veulent trouver l’amour après 50 ans (Once again), dater en se marrant (Fruitz) ou se retrouver autour de valeurs et hobbies communs, comme l'écologie, le quinoa, l'astrologie, la religion, les plantes grasses… Et l'engouement pour les app de rencontre n'est pas prêt de s'étioler : une étude menée par eHarmony prédit que plus de 70% des couples de 2040 se seront rencontrés en ligne...

Mécontents mais quand même accros

Certes, on pratique de plus en plus, mais on en est de moins en moins contents : 83% des utilisateurs se disent insatisfaits de leur expérience. En cause : échange de piètre qualité (overdose de dick pics non sollicitées...), peu de rencontres intéressantes (« Ah, tu... vis encore chez tes parents ? Juste car c'est plus pratique pour la lessive...? » ) et perte de temps. Alors on se débranche ? Que nenni : un Français sur cinq se déclare accro à son app de rencontres préférée. Et chaque semaine, 67% des Français passeraient près de quatre heures sur leurs applications de dating… (Etude YouGov pour Once).

« Nous avons résolu le problème du volume », déclarait en février 2019 Hesam Hosseini, CEO de la maison-mère Match (Tinder, Hinge, OkCupid…) à Mashable. « Comment maintenant résoudre celui la qualité ? Peut-on prédire l’alchimie entre deux personnes ? C’est dur, mais je pense qu’on peut y arriver ».

Les acteurs du secteur ont plein d'idées pour rameuter les utilisateurs, mais pas de panique, on est encore loin de l'épisode Hang the DJ de la série Black Mirror. Quoique...

L'amour est dans l'algo

Pour Dawoon Kang, cofondateur de Coffee Meets Bagel, la solution réside dans le machine learning et les intelligences artificielles : « La plupart du temps, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent. Ils disent vouloir une chose, mais en désirent en fait une autre », explique l’entrepreneur. Autant miser sur les algorithmes pour que vos matches correspondent à vos envies profondes plutôt qu’à vos déclarations.

Pour vous proposer des profils qui vous correspondent davantage, il faudrait par exemple accepter de laisser l'intelligence artificielle de l’app scanner votre vie numérique : les médias que vous lisez, le temps que vous passez sur Netflix, le délai avec lequel vous réglez vos factures, votre programme sportif hebdo (via Fitbit, plus possible donc de mytho sur votre pratique de boxe thaïlandaise ou de krav-maga alors que vous êtes comme tout le de monde avachi devant la dernière saison de Sex Education), mais aussi accepter de donner accès à votre photothèque. Ce type de laisser-passer permettrait à l’IA de détecter vos préférences que vous n'assumez pas forcément sur votre profil. Comme votre passion coupable pour les petits chiens en manteaux et les puzzles, par exemple. Personne ne vous juge, il s'agit simplement de vous proposer des partenaires plus pertinents.

Comme d’hab, les Anglo-Saxons ont un train d’avance en la matière, à l’instar du Britannique Loveflutter, qui décortique les traits de caractère sur la base des tweets de l’utilisateur.

Des valets digitaux

Gérer ses relations amoureuses, qui a le temps ? Des marques lancent les équivalents de valets numériques pour simplifier la vie des utilisateurs.

Match a par exemple lancé Lara, un assistant personnel activé par Google Home qui propose à son propriétaire et de manière quotidienne des profils assortis de conseils et astuces sur les activités à partager.

Lancée en 2018 à Denver, c’est le très confidentiel service AIMM qui devrait voir son modèle dominer les prochaines décennies. Façon Siri, il vous pose des questions à l’oral pendant une semaine et vous envoie ensuite en fonctions de vos réponses des profils à même de vous intéresser : pas de swipe, mais des extraits audio relatant des anecdotes embarrassantes et des vacances idéales de votre potentiel futur date

Et n'oublions pas le très flippant Badoo qui grâce à son option Lookalike table sur la reconnaissance faciale pour vous servir sur un plateau le prétendant qui ressemble le plus à votre star préférée. Au hasard James Franco, Michael Fassbender ou Alexander Skarsgaard.

Laisse parler tes gènes

Selon une étude du MIT menée en 2019, plus de 26 millions de personnes dans le monde ont déjà accepté de donner un échantillon de salive en échange du décryptage de leur profil génétique. Alors, un peu de salive contre un rendez-vous galant ? C'est le pari qu'ont fait Pheramor, DNA Romance ou encore Instant Chemistry, qui considèrent que certains gènes en rapport avec nos systèmes immunitaires définissent nos attractions, et que « les opposés s'attirent. » Une idée réfutée par de nombreux scientifiques, mais qui a séduit eHarmony, qui souhaite dès 2025 se raccrocher au wagon...

Fin 2019, George Church, généticien d'Harvard, partageait lors d'une interview télévisée accordée à l’émission 60 minutes de la chaîne CBS son projet controversé : matcher selon son ADN afin d'éviter la transmission de maladies génétiques à ses enfants. Le généticien explique que sa start-up Digid8 travaille sur une application de rencontres basée sur le concept, et précise : « Vous ne verrez pas les personnes avec qui vous n’êtes pas compatibles, seulement celles avec qui vous l’êtes ».

Le « DNA dating » a beau avoir le vent en poupe aux États-Unis, rappelons qu'en France, effectuer un test ADN récréatif est illégal, ce qui n'a toutefois pas empêché plus de 10 000 personnes d'y avoir recours...

Des 5 à 7 en réalité virtuelle

Pour Dawoon Kang, la réalité virtuelle infiltrera vite le monde des rencontres en ligne... Vous avez toujours rêvé de vous balader dans les temples d'Angkor, votre crush aussi ? Se contenter d'une caïpirinha au bar du coin est tellement 2025. En 2040, vous pourrez vous promener main (virtuelle) dans la main (virtuelle) en discutant de votre journée au bureau et du nombre idéal d'enfants que vous souhaiteriez avoir.

Néanmoins, pour Jean Meyer, cofondateur de Once, l'avenir des app de rencontres n'est pas vraiment entrelacé avec celui la réalité virtuelle. Si Tinder a du succès, c'est parce qu'on peut en toute quiétude swiper depuis son canapé et ses toilettes, injectant dans l'action une dose minimum d'effort. Pourquoi donc s'embarrasser d'un casque de RV ? Selon une étude YouGov, 38% des Français cherchent l’amour en pyjama, sans même quitter leur lit. Encore plus chill : nous sommes 25% à swiper aux toilettes. Pour lui, l'utilisation de la RV sera ailleurs. Il imagine plutôt des lunettes qui permettraient, grâce à la réalité augmentée, de scanner les passant célibataires autour de vous et d'afficher au-dessus de leur tête un score de compatibilité. Ok, les Google Glass ont fait un flop, mais la reconnaissance faciale est en bonne voie de développement, il est donc bien possible qu'on en arrive là...

Globalement, ce qui caractérise les relations aujourd'hui semble être une aversion croissante envers la prise de risque. Il ne faut pas perdre de temps, aller droit au but, être efficace... Une tendance que confirme l’étude « Love in the Digital Age », menée par BETC. Elle interroge 17 000 personnes dans 37 pays, et note qu'une personne sur quatre rêverait qu’une application lui envoie une notification pour lui confirmer qu’elle est vraiment amoureuse... Okay.

Et si rien de tout ça ne marche, il ne reste plus qu'à réactiver des comportements un peu old school, un peu low-tech, dont nous sommes à titre personnel très fans, au choix : draguer dans les bars, demander à ses amis le 06 d'Alice, Margaux, Anaïs, Mélanie et/ou de David, s'inscrire au Club Med, ou à un cours de poterie tantrique. Et si vraiment cela ne donne rien, alors on se transforme tous en homards, et on n'en parle plus.

Laure Coromines - Le 4 mars 2020
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