Deux actrices sur fond rose

GenZ versus millennials : ils ne sont d'accord sur rien, sauf sur le climat

Slim vs mom jean, raie sur le côté vs raie au milieu, Instagram vs TikTok… Millennials et Z sont loin de partager les mêmes goûts. Mais ils se retrouvent autour d'une cause commune : le climat.

De qui parle-t-on déjà ? Les millennials sont nés entre 1984 et 1996. Ils raffolent des redifs de la série Friends, des gadgets criards, reliques des années 90 (cartes Pokémon et autres Tamagotchis), et glissent des émojis dans toutes leurs communications. De son côté, la génération Z réunit ceux nés entre 1997 à 2010. Ils adorent prendre des photos avec des téléphones à clapet et mettent la main sur toutes les fringues produites dans les années 2000 (#Twilight) qui hantent Vinted. Depuis plusieurs années, une guerre idéologique se joue sur les réseaux entre ces deux générations. Au cœur de la discorde : jeans, usage des émojis et le poncif yas queen. Toutefois, une trêve se profile à l'horizon. En cause : le climat et la justice sociale.

Z et Y : rencontre au sommet

Dans une vidéo intitulée GenZ and Millennials Squash the Beef (GenZ et millennials se réconcilient) récemment publiée sur YouTube, l'actrice Maitreyi Ramakrishnan (née en 2001) de la série pour ados Never Have I Ever passait à table avec la comédienne Lilly Singh, véritable quintessence de la millennial. L'objectif de la rencontre pour les deux ambassadrices : décrypter leurs manies respectives, mettre de côté leurs nombreux désaccords et trouver enfin un terrain d'entente. Et la rencontre au sommet ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices. La branche d'olivier (un toast à l'avocat à 18 dollars accompagné d'une boisson La Croix parfum mûre) tendue par Lilly avait été accueillie on ne peut plus froidement : « La gentrification des avocats a absolument décimé les cultures, je ne compte pas y participer. » Le ton monte lorsqu'elles discutent de l'utilisation de l'émoji ☠️ (pour signifier que quelque chose est drôle), de la période sombre (2000 à 2005) durant laquelle régnaient les jeans taille basse, des selfies où l'on s'affiche en train de pleurer, et de la prolifération de hashtags tels que #adulting ou #momlife. Mais alors que la rencontre est sur le point de dérailler, la conversation prend un nouveau tournant :

Maitreyi (Z) : Notre vibe est mauvaise. On doit trouver un moyen de nous entendre.

Lilly (Y) : Pourquoi pas le réchauffement climatique ? Cela nous inquiète, nous aussi !

Maitreyi (dubitative) : … Vraiment ?

Lilly : Ben ouais, quand même. On sera quand encore vivants quand la guerre de l’eau ou je sais pas quoi commencera. Ou peut-être pas, vu qu’aucun d’entre nous ne pourra bénéficier…

Les deux, ensemble (une lueur de connivence dans le regard) :... d'un système universel de soins de santé !

Z et Y : on partait de loin

Entre fossé générationnel et incompréhensions vestimentaires, Z et millennials partaient de loin. En témoignent les différentes invectives qu'échangent en ligne les deux générations, tour à tour agacées, ironiques ou consternées. Notons par exemple l'article Top 15 des trucs exaspérants que font les millennials de Jeannou Pagure dans Topito qui vilipende la vénération des millennials pour Harry Potter ( « C’était il y a 25 ans, il faut passer à autre chose maintenant. On n’en peut plus d’entendre des gens dire "Nan mais ça, c’est parce que je suis Serpentard", vous avez 35 ans maintenant les gars » ), le désormais conspué toast à l'avocat ( « C’est juste du pain et de l’avocat, je comprends vraiment pas la fascination » ) et leur manie d'acheter des cafés à dix euros ou de penser que les moins de 25 ans sont trop jeunes pour connaître leurs idoles. (Oui, les Z savent qui est Usher.)

De leur côté, les millennials ne cachent pas leur exaspération face à leurs cadets, qu'ils ne sont pas loin de considérer comme de fragiles flocons, empêtrés dans des combats sociétaux qu'eux-mêmes n'ont pas pris le temps de mener. (Peut-être étaient-ils trop occupés à se payer des brunchs à 56 euros.) Ils leur reprochent aussi leur désinhibition sur les réseaux sociaux (de quel droit osent-ils rendre cool les selfies dénués de hashtags où des sujets mal coiffés s'effondrent en larme en plein épisode décompensatoire ?), leur propension à exposer leurs blessures à coups de trauma dumping ou leur envie d'envoyer des messages à l'univers.

Le consensus : l'heure n'est plus aux tweets

Mais le vrai reproche qu'adressent les Z à leurs ainés reste les combats de société : féminisme, discriminations, acquis sociaux et lutte pour le climat. Selon les Z, les millennials se seraient contentés de quelques tweets corsés et auraient cruellement manqué de radicalité. Mais ça, c'était avant l'été 2022, ses incendies, ses sécheresses et ses inondations. Désormais, les millennials sont de plus en plus nombreux à monter au front pour s'attaquer à un phénomène qu'ils ne peuvent plus faire semblant de ne pas voir.

Cette année seulement, deux limites planétaires ont été franchies. « En gros, on meurt étouffés de nos produits chimiques et plastiques », résumait Olivier Fontan, ancien directeur du Haut Conseil pour le climat. Une saison plus tard, c'est le rôle de l'eau douce dans le cycle de la nature qui inquiète les Suédois derrière l'étude « Une limite planétaire pour l'eau verte ». Dans leur publication, les chercheurs estiment qu'une sixième limite planétaire vient d'être franchie... Pour rappel, neufs limites planétaires ont été définies en 2009 par une équipe de scientifiques du Stockholm Resilience Center qui créé alors le concept de « limite planétaire. » Ce dernier repose sur l'idée que depuis plus de 10 000 ans (durant l'époque baptisée l’Holocène), l'état de la planète est resté stable, un équilibre aujourd'hui perturbé par l'activité humaine. Si 9 de ces limites venaient à être franchies, l'état de l’écosystème planétaire changerait irrémédiablement, mettant en danger la survie de notre espèce (et des autres.)

Enterrer le jean de guerre

Des informations qu'il n'est plus possible d'ignorer, notamment pour les Z, nombreux à souffrir d'éco-anxiété ou de solastalgie, la nostalgie éprouvée face au délitement d'une nature évanescente. En 2019, une étude menée par YouGov montrait que 56 % de la génération Y redoutaient autant les attentats terroristes que le réchauffement climatique. Chez les 18-24 ans, ils étaient 62% à être davantage angoissés par le climat que par la sécurité, une anxiété qui monte en flèche alors que la forêt Amazonienne continue de (littéralement) partir en fumée. Face à ce constat, deux options : rester prostré ou passer à l'action. De nombreux Z ont choisi la seconde option, entraînant avec eux des millennials fatigués mais bien remontés. Et la rébellion commence dans le monde du travail. D'après un sondage mené récemment par l'agence d'interim Randstad, 50 % des Z et des millennials ne seraient plus prêts à accepter un emploi dans une entreprise qu'ils n'estiment pas à la hauteur en matière de justice sociale et de lutte contre le réchauffement climatique ; une posture qui ne concertait qu'un tiers des baby-boomers. Ou comment on enterre le jean — de seconde main — de guerre pour espérer sauver la planète.

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