Bouche sur fond bleu qui crie dans un mégaphone

C'est quoi le trauma dumping ?

© MicrovOne

Vous n'échapperez pas au trauma dumping. Sur les réseaux ou à la machine à café, en soirée ou en réunion Zoom : tout le monde invoque ses « traumas » , et ce même si personne n’a rien demandé.

Alors que les tabous autour de la santé mentale et des addictions se lèvent, les discussions au sujet de la dépression ou de la schizophrénie se normalisent, et c'est tant mieux. Le contre-point de ce phénomène, c'est qu'il est devenu socialement acceptable de partager (à tort et à travers ? ) ses traumatismes réels ou supposés, auprès de tout le monde, n'importe quand. Ou comment le trauma dumping n'épargne plus aucun espace.

Une brève histoire du trauma dumping

Le trauma dumping, c’est le nouveau néologisme né sur Internet. Le Urban Dictionary définit ainsi le trauma dumping ainsi : « C’est ce qui arrive lorsqu’une personne révèle toutes ces expériences traumatisantes pour attirer la pitié de son interlocuteur. » Pour Kate Lindsay et Nick Catucci de la newsletter Embedded, le trauma dumping s’apparente plus à une sorte de grand déballage de ses expériences personnelles négatives, exhibées à tout bout de champs et ressorties sans considérations pour le contexte de l’échange (au supermarché, sur Zoom, lors d’une gender reveal party…). Une simple et innocente question sert de catalyseur : « Et toi comment ça va ?  »

Pour les auteurs de Embedded, le trauma dumping est le retour de flamme de la (par ailleurs très souhaitable) libéralisation de la parole autour de la santé mentale. Les premiers signes tangibles de cette levée des tabous remontent sur Internet à 2019, avec l'apparition de deux tweets devenus viraux et très vite raillés par la toile : Are You In The Right Headspace To Receive Information That Could Possibly Hurt You? ( « Es-tu dans la bonne disposition pour recevoir des informations qui pourraient potentiellement te faire du mal ?  » ) et I’m Actually At My Emotional Capacity Right Now ( « Je ne peux pas encaisser de troubles émotionnels en ce moment. » ). À l'origine, ces tweets devaient servir de template pour vérifier que son entourage était apte à écouter ses confidences et complaintes, et à indiquer aux autres que l'on souhaitait s'abriter de conversations difficiles. Aujourd'hui, ils sont érigés en symbole d'une communauté en ligne qui prendrait trop de pincettes, ne supporterait plus la confrontation et se complairait à parler inlassablement de soi.

Comment le film Girl in the Basement a accentué la tendance

Sur Internet, d'autres évènements ont aussi contribué à jouer le rôle d'accélérateur de la mouvance.

Dans le film américain Girl in the Basement, (« La fille au sous-sol ») sorti en février 2021, la réalisatrice Elisabeth Röhm raconte l’histoire vraie d’une adolescente enfermée durant une vingtaine d'année par un père bourreau.

Suscitant sur TikTok une vague de colère et d’indignation, les utilisateurs de la plateforme ont souhaité eux aussi raconter leurs histoires difficiles, donnant lieux des deux côtés de l’Atlantique à de longues confessions et récits intimes.

@amput_girl

Partie 1 💔 Vous voulez la partie 2 ? IG: amput_girl #pourtoi

♬ son original - Léa Meyer de Beco

Est-ce un problème en soi ? Pas vraiment, sauf que la tendance causerait des effets secondaires inattendus...

L'obsession de TikTok pour le trauma

Récemment, Slate se penchait sur l'obsession généralisée de TikTok pour les traumatismes, expliquant que sur le réseau social préféré des Z n'importe quel comportement était imputé à un trauma : « Vous avez du mal à prendre des décisions ? Réponse traumatique possible. Sur-préparer, sur-analyser, sur-performer ? Cela vient d'un trauma. Scroller sur les réseaux sociaux au point de vous demander si vous avez un problème ? Trauma. »

Évidemment, il ne s'agit pas de nier le fait que certains de nos comportements peuvent résulter d'un traumatisme d'enfance, mais de rappeler comme le souligne dans Slate Chandra Ghosh, directrice associée du programme de recherche sur les traumatismes de l'enfant à l'Université de Californie, que la plupart de nos actions s'expliquent plutôt par notre éducation ou résultent d'injonctions sociales.

Autre dérive accentuée par la plateforme : l'auto-diagnostique. Anxiété, dépression, hyperactivité ou bipolarité sont bien souvent romantisés, et parfois fétichisés sur TikTok, devenu au fil des années une sorte de Doctissimo chantant et dansant...

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