Trois filles avec banderolle  - Medical freedom - , avec en fond des doses de vaccins anti Covid

Antivax : pour mieux comprendre ce mouvement, 9 clichés à déboulonner

© Paul Becker via flickr et Alena Shekhovtcova via Pexels

Les antivax, un sujet qui clive énormément ! Et si, pour mieux le comprendre, on commençait par dégonfler neuf idées reçues ? Avec Laurent-Henri Vignaud, historien et coauteur du livre Antivax : la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours.

Cet article fait partie d'un dossier complet consacré au phénomène antivax. Il est paru dans la revue 27 de L'ADN Faut-il avoir peur des antivax ?

1. Antivax, un mot qui tronque énormément

Le mot « antivax » a une connotation clairement négative et ancre le débat dans un affrontement de deux camps. D’un côté, il y aurait les « pour », et de l’autre, les « contre ». Or, la plus grande part de l'opinion dite « antivax » s’avère flottante et exprime davantage une « hésitation vaccinale » qu’un refus complet. Les personnes qui refusent complètement toutes formes de vaccination reste rare. Ils ne représentent qu’environ 2 % de la population.  

2. Les arguments antivax ne datent pas d'Internet

La lutte contre les vaccins est aussi ancienne que les vaccins eux-mêmes, et les arguments déployés sont toujours les mêmes. On peut les classer en quatre familles. 1. L’antivaccinisme religieux, qui envisage la maladie comme l’expression de la volonté divine. 2. L’argument naturaliste qui invite à laisser faire la nature. 3. L’argument alterscientifique qui valorise une autre approche de la médecine, plus holistique. 4. L’argument contre les politiques et les Big Pharma, qui veut que les premiers utilisent les vaccins pour soumettre le peuple, tandis que l’industrie pharmaceutique en tirerait sa fortune. L’ensemble de ces arguments peuvent interagir les uns avec les autres ou pas, gagner ou perdre de leur audience selon les époques, et parfois s’enrichir de nouveaux éléments. Les sociologues considèrent que le discours alterscientifique et le discours politique sont actuellement dominants en France. 

3. Toutes les personnes qui refusent le vaccin ne se définissent pas comme antivax

La majorité des personnes qui hésitent à se faire vacciner refusent d’être étiquetées « antivax ». Un groupe de sociologues français a fait paraître dans Social Network un article au titre éloquent : « Je ne suis pas antivax, mais... » Cette formule est courante. Les gens l’utilisent pour expliquer qu’ils ne contestent pas l'efficacité des vaccins, qu’ils les trouvent même indispensables dans certains pays, contre certaines maladies... Cependant, ils refusent tel ou tel vaccin dans telle ou telle circonstance et réclament des explications.

4. Les Français ne sont pas les champions des antivax

Il n'y aurait pas plus d'antivax en France qu'ailleurs, et ils ne seraient pas plus virulents. « L'antivaccinisme français s'est structuré très tardivement, essentiellement avec l'obligation du BCG en 1951. À ce moment-là, ce débat est ultraconfidentiel » .  En revanche, deux évènements ont marqué l'opinion. Le premier est, en 1998, la violente polémique sur la campagne de vaccination contre l’hépatite B, soupçonnée d’avoir provoqué des cas de sclérose en plaques. « C'est le premier coin enfoncé dans la confiance vaccinale, même si l'opinion reste alors à plus de 90 % en faveur des vaccins » . La seconde crise est venue avec la grippe H1N1. On a accusé les politiques et l’industrie pharmaceutique de collusion d’intérêts. « L'opinion des Français sur les vaccins a décroché à l’occasion de cette seconde crise. Alors, s’il existe une particularité française en matière de vaccinoscepticisme, elle est dans la succession de ces deux évènements. C'est donc un phénomène très récent. »  

5. L'antivaccinisme n'est pas un mouvement qui vient du peuple

On décrit volontiers le mouvement antivax comme un mouvement de résistance populaire. Or, les études sociologiques et la recherche historique le confirment : les milieux défavorisés s’avèrent souvent beaucoup plus aptes à accepter les vaccins. « Une étude menée en Angleterre à l'époque de l'affaire Wakefield (du nom d’un ancien chirurgien britannique connu pour avoir publié une étude frauduleuse en 1998 établissant une relation de cause à effet entre le vaccin ROR et ce qu'il a appelé « l'entérocolite autistique » – autistic enterocolitis, ndlr) montrait que les filles-mères isolées étaient 100 % provaccins. Leur situation de vulnérabilité ne leur permet pas de courir le risque de tomber malades. »

6. Les antivax ne sont pas forcément des gens qui n'y connaissent rien

Le front d'opposition aux vaccins a toujours été porté par des médecins, des savants, des intellectuels. Rudolf Steiner, par exemple, le fondateur de la méthode de pédagogie alternative Steiner-Waldorf, considérait la vaccination comme problématique. « Henri Joyeux, médecin et professeur des universités, ou Luc Montagnier, le biologiste virologue Prix Nobel 2008, ne font donc pas figure d’exception et ne sont pas une particularité de notre époque. » En revanche, les experts autoproclamés sont plus spécifiques, leur audience ayant été forgée sur les réseaux sociaux. On peut citer Jean-Jacques Crèvecœur, spécialiste du développement personnel, Thierry Casasnovas, qui, sans formation médicale, donne des conseils en santé, ou l’ufologue Silvano Trotta. 

7. Antivax et complotistes... pas forcément le même combat !

Dans les milieux vaccinosceptiques classiques, les discours complotistes sont ultraminoritaires. Le documentaire Hold-Up, sorti en 2020, qui mélange des arguments antivax avec des discours complotistes est une évolution tout à fait récente – et très remarquable du mouvement.

8. Antivax, beaucoup de discours, peu d'actes

Historiquement, sur la question des vaccins, on constate que l’expression des doutes n’a pas d’impact massif sur les comportements. En 2018, par exemple, si la loi portant sur l’obligation des 11 vaccins de l'enfance a soulevé un tollé, les pédiatres n’ont rien constaté de tel sur le terrain : la loi est massivement respectée. 

9. Une question qui peut se résoudre dans le cabinet du médecin traitant

La plupart des gens admettent qu'ils n'ont pas les compétences pour juger la question des vaccins. « Ils peuvent émettre des doutes concernant les experts qui passent à la télé, les journalistes, les politiques... mais ils font volontiers confiance à leur médecin généraliste. » Comme les études de la géopolitologue spécialisée en santé publique Lucie Guimier l’ont montré : là où des médecins et des figures d’autorité (maire, prêtre, enseignant...) diffusent des discours contre la vaccination, les taux de vaccination s’effondrent.

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