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Quand les conspirationistes nous prennent pour des moutons.
© ASHRAF ABDALLAH via Getty Images

« Réveillez-vous les moutons » : j’ai infiltré un groupe de parents anti-masque sur WhatsApp

Le 10 nov. 2020

Comment un simple groupe WhatsApp dédié aux parents d’une école est devenu très rapidement le terreau de théories du complot et le point de départ d’actions de terrain.

À chaque début d’année scolaire, c’est le même rituel. Les parents d’élèves créent leurs groupes WhatsApp sur lesquels ils vont pouvoir garder contact tout au long de l’année. Bien modéré, ces groupes sont généralement des carrefours d’échange d’informations utiles, notamment en ces temps d’épidémie et d’incertitude. On y partage des comptes-rendus de conseil d’école, les protocoles sanitaires, les absences des profs ou tout simplement des retours d’expérience des enfants sur la cantine ou les activités scolaires.

Mais il arrive aussi que ces groupes dérapent complètement, entrainant des parents dans des débats, des polémiques sans fin ou des tribunes sur des théories complotistes. C’est plus ou moins ce qui est arrivé sur le groupe WhatsApp de l’école de mes enfants.

Tous anti-masque

Après l’annonce par le gouvernement de rendre obligatoire le port du masque à l’école pour les enfants de plus de six ans, un nouveau groupe s’est immédiatement formé, intitulé « Forum ». Créé par des parents s’opposant fermement à ce décret, cet espace de discussion avait pour objectif premier de « débattre » du port du masque entre personnes inquiètes. Mais rapidement un noyau dur de trois à cinq individus s’est emparé du sujet et a tenté de convaincre les parents indécis qu’il s’agissait d’une mesure inutile ou dangereuse, tout en partageant de fausses informations glanées sur différents groupes Facebook anti-masque.

Définis comme faisant partie du « Dark social », c’est-à-dire des espaces de discussion privés qui ne sont pas visibles publiquement sur les plateformes web, les groupes WhatsApp jouent un rôle de plus en plus important dans l’influence de masse en ligne. En 2018, l’application était pointée du doigt pour avoir permis la diffusion massive de fake news (on parle de près de 500 messages par jour par personne) auprès de millions de Brésiliens et largement influencé l’élection de Jair Bolsonaro.

Cette efficacité pour transmettre des informations, ou des infox, s’explique en premier lieu par le sentiment d’intimité qui se dégage de ces groupes. « Un groupe WhatsApp n’a pas la même nature qu’un groupe public sur Facebook », explique Tristan Mendès France, maître de conférence associé à l'Université de Paris et collaborateur à l'Observatoire du conspirationnisme. « On est à la frontière entre le réseau social et le carnet d’adresses de notre téléphone portable. On y fréquente des gens que l’on peut croiser tous les jours en accompagnant ses enfants à l’école. Non seulement ces échanges se déroulent en privé et ne sont donc pas soumis à une forme de vérification publique, mais en plus ils bénéficient d’une crédibilité bien plus forte du fait de ces liens affinitaires. » Concrètement, il s’agit d’un espace perçu comme « sécurisé » ou les gens peuvent parler à cœur ouvert sans crainte d’être jugés ou contredits.

Le doomscrolling infini

Parmi les arguments qui passent dans le groupe, on trouve des extraits de rapports de l’OMS avec des passages surlignés sur l’importance de l’acceptation des masques par la population (la preuve qu’on voudrait nous manipuler), des statistiques de l’Insee censées montrer qu’il n’y a pas de pic de surmortalité en France en 2020, ou bien encore des tribunes diffusées sur le site de France Soir et signées de médecins faisant partie de la galaxie anti-masque.

Pas le temps de répondre ou de débunker ce mille-feuille argumentatif, le chat défile à toute vitesse. Mon téléphone ne cesse de vibrer tandis que les notifications s’enchainent. On a à peine le temps de lire un article que d’autres parents partagent des chiffres comparant le taux de mortalité du Covid à celui de la grippe, ou diffusent les vidéos d’un avocat, Maître Carlo Alberto Brusa qui estime que le décret obligeant à porter un masque est contraire à la loi.

Ce défilement à grande vitesse se répète presque tous les jours. « On est sur le registre de la messagerie, indique Tristan Mendès France. Il y a une fréquence de publication qui est beaucoup plus élevée et qui déclenche de véritables conversations. C’est bien plus impliquant que des commentaires à un post Facebook ».

L’ennemi, c’est les journalistes

Derrière ce flot continu censé montrer « la réalité de la situation » et convaincre les parents indécis qu’ils doivent entrer en résistance contre l’obligation de porter un masque. Un terme revient souvent : celui de « mouton ». À la manière des anti-masque extatiques qui avaient été filmés par les équipes de BFMTV, le noyau dur du groupe se présente comme des gens éclairés qui « ont fait des recherches » et qui ne tombent pas dans le piège de la paresse intellectuelle.

Cette forme de condescendance, est particulièrement observable sur les espaces de discussion complotistes. Elle est connue sous le nom d’effet Duning Krueger. Ce biais de sur-confiance découvert par les deux psychologues américains en 1999 veut que les personnes les moins qualifiées sur un domaine d’expertise aient tendance à surestimer leur compétence. Cet effet s’accompagne d’une défiance virulente envers les médias et les journalistes qui sont représentés comme étant à la solde du pouvoir. Cette position permet à la fois de refuser les factcheckings venant contrer leurs arguments (les parents qui tentent de faire cet exercice sont rapidement qualifiés de trolls), mais aussi de s’inscrire comme une figure antisystème ou dissidente. Difficile dans ces conditions de pouvoir dialoguer sereinement. « Il existe dans ces microcommunautés, une prime à la conviction, poursuit Tristan Mendès France. Une personne convaincue va forcément être plus bruyante qu’une personne qui est dans une posture de doute. À cela s’ajoute la démarche d’avoir cherché des informations en dehors du circuit médiatique mainstream. Tout cela donne l’impression d’avoir été anobli, d’effectuer une mission permettant de contrecarrer la bien-pensance. »

Moins de blabla et plus d’action

Très rapidement, ce groupe alternatif qui s’était ouvert pour permettre aux parents de « discuter » va donner naissance à un autre groupe, plus orienté vers l’action. Sur ce dernier, on y discute des manières d’obtenir des certificats médicaux auprès de médecins complaisants, afin de justifier le non-port du masque pour son enfant, ou bien on dresse la liste des e-mails et coups de téléphone que l’on peut adresser au personnel enseignant et à l’académie du département afin de faire bouger les choses. Quelques jours plus tard, la directrice de l’établissement scolaire concerné fera part des e-mails à la limite de l’insulte qu’elle a pu recevoir. D’autres tenteront de mettre leurs enfants à l’école sans masque pour tester les réactions de l’administration. Cette mobilisation presque frénétique s’arrêtera toutefois au bout de quelques jours après une mise au point ferme de l’inspection académique et un rappel à la loi. « C’est le principe même de l’astroturfing, analyse Fabrice Epelboin », enseignant à Science Po sur la face cachée d'internet et spécialiste des réseaux sociaux. « Les groupes WhatsApp permettent de mobiliser des groupes de manière très rapide et coordonnée, mais donnent l’impression, de l’extérieur, qu’il s’agit d’un mouvement spontané. C’est d’une efficacité redoutable. »

Pourquoi eux et pas les autres ?

Deux semaines ont passé depuis cette fameuse rentrée masquée et le calme semble être revenu sur ce groupe WhatsApp. Il est fort possible que la discussion se passe ailleurs, sur d’autres groupes plus motivés, mieux contrôlés et plus fermés. Une dynamique qui illustre le manque de considération de la colère et de l'incompréhension éprouvées par certaines personnes face au contexte actuel. Celles-ci ne semblent trouver refuge que sur le dark social. Peu importent les conditions sociales ou les opinions politiques : l'indignation suffit à rassembler, et il n'est pas difficile d'imaginer les conséquences dangereuses que cela peut entraîner. De quoi repenser le rôle des institutions et des médias : est-ce qu'un plus grand contrôle des sources, une meilleure représentation, ou une lecture plus transparente de l'actualité permettrait d'éviter le phénomène ?

David-Julien Rahmil - Le 10 nov. 2020
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  • votre article, uniquement à charge laisse perplexe. il est incontestable que les réseaux et internet sont parfois un cloaque d'informations revulsantes, et une source de fausses informations , de rumeurs délirantes, paranoiaques, et j'en passe. mais c'est aussi un trésor inépuisable d'informations que l'on ne trouve plus ailleurs, et certainement plus dans les médias mainstreams qui auourd'hui ont perdu toute crédibilité parce qu'ils sont uniquement le relais fidèle d'une propagande gouvernementale qui jamais ne dit son nom. Les journalistes sont déconsidérés car il ne sont que ce relais d'une élite hors sol qui répète à l'envi que tout est bien géré et sous contrôle alors que des pans entiers de notre économie s'effondrent et que la situation s'aggrave, tant sur le pan économique, social que médical, ce par la faute de dirigeants parfois dépassés - et cela encore eut été acceptable si ils l'avaient admis, mais la gestion du covid est desastreuse et dépasse tout entendement- la gravité des faits est telle qu'elle a mobilisé des commissions d’enquêtes parlementaires et que que nous en subirons les conséquences financières et humaines pendant un moment. Alors, si vous permettez à quelques parents, qui sont encore des adultes, de s'interroger, de douter, et de s'informer ailleurs que sur BFM TV (si on est encore en démocratie) et si vous permettez aussi à des citoyens d'exercer leurs droits d'expression, d'information et d'échange comme dans toute démocratie digne de ce nom, et enfin si vous leur permettez de contester l'obligation de masquer des enfants alors qu'en suisse, par exemple, et dans certains pays nordiques, masquer les enfants de moins de 14 ans est considéré comme de la maltraitance pure et simple, enfin si vous donnez le droit à ses parents d'être révoltés de la violence que subissent des mômes forcés de porter un masque huit heures, et devant la punition qui tombe sous la forme d'heures de colles quand un enfant qui etouffe se permet, ô sacrilège, d' abaisser son masque deux minutes en classe, pour respirer, et qu'un professeur abruti et soumis par sa hiérarchie lui tombe dessus et le punit. Vous trouvez que les parents doivent accepter tout cela sans rien dire? Quel type de salaud êtes vous donc pour venir condamner, du haut de votre clavier, des citoyens qui n'ont pas encore accepté de se soumettre à des dirigeants et au diktat actuel? un diktat qui est , rappelons le quand même, celui de l'incompétence la plus grave. Oui, ce qu'il se passe est trop grave et le fait que l'on ne puisse plus emettre d'avis contradictoires est terrifiant. les petits délateurs comme vous, archétype de salopard comme il y en a eu de tout temps, sont glaçants car annonciateurs de temps plutot peu réjouissants.

    Je ne sais pas qui sont ces parents, je ne connais pas ce groupe, je ne sais pas quelles informations ils échangent, et peu importe car la question n'est pas là. La question est d'être férocement, ou pas, en faveur de leur droit à s'exprimer dans un groupe sur les réseaux sociaux, et de le faire en toute liberté . vous avez choisi votre camp, celui de censeur, séide d'un gouvernement en totale dérive. Or Un jour on sortira de cette histoire, de cette énorme scandale politico sanitaire, de la corruption par la tête et jusqu'au plus haut sommet de l'état. On survivra à ce gouvernement qui suit les injonctions d'un conseil dont les conflits d'intérêts sont tels qu'on en arrive à se demander si c'est l'état français qui gouverne durant cette crise ou les labos phrarmaceutiques. encore une fois la question n'est pas de savoir si ces parents sont complotistes ou pas mais de leur droit à avoir leurs opinions et de les exprimer sans que la kommandantur, qui n'a que le mot complotiste à la bouche, ne vienne les condamner. Monsieur, nous, français, sommes assez grands pour savoir ce que nous prenons comme information et ce que nous rejettons comme étant un délire paranoiaque. Assez grand egalement pour ne pas accepter que l'on nous impose ce que nous devons lire, voir, écouter, et nous dispenser de vos conseils et de ceux de tous les debunkeurs et anticonspis. Tous ces petits parasites opportunistes qui ont besoin des complotistes et des dingues pour vivre puisqu'ils ont fait de l'anticomplotisme leur gagne pain. vous êtes les mêmes en inversé en fait : Toujours à charge, jamais de contre point de vue, informations partielles, tronquées. conspis/ anticonpis vous êtes les mêmes détéstables.
    le rejet de tout ce qui ne va pas dans votre sens vous mène main dans la main. Exactement comme les fascistes et les antifas, comme SOS racisme qui a vitalement besoin du racisme pour vivre. Un organisme et son parasite, et vice versa. foutez donc la paix aux français et ils vous le rendront bien
    cdlt