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Inquiétante et étrange : ce que la jeune création nous raconte du transhumanisme

Avec NONFICTION
© Duna Group, ADAPTUS X, makkak, piggi, 2019-2020

Entre le vivant et le bionique, ces jeunes artistes questionnent notre obsession pour le progrès technique.

L’utopie transhumaniste, affirmant que les progrès de la biologie et de l'intelligence artificielle permettent de transformer ou de dépasser l'Homme pour créer un post-humain, ou un transhumain, aux capacités supérieures à celles des êtres actuels, gagne du terrain. On ne compte déjà plus dans les jeunes générations les aspirations à la transformation des corps par la chirurgie esthétique et l’addiction aux nouvelles technologies. Une tendance de fond qui questionne notre rapport à l’existence et à ce que la nature a à nous donner. 

La jeune génération de la création contemporaine aime à explorer ces frontières poreuses entre le vivant et le bionique, afin d’interroger le mythe de la « vie meilleure » que la culture et la science auraient à nous offrir. L’humain est-il au-dessus de sa nature, capable de la transcender et d’améliorer la vie ? N’y a-t-il pas un hybris effrayant dans cette certitude d’une espèce « demi-dieu » qui enfin ferait mentir les mythes grecs ramenant sans cesse l’humain à sa finitude ?  

Cette veine artistique emprunte une voie esthétique de laboratoire, les images sont dépouillées, les lumières aveuglantes, les regards absents. Les œuvres empruntent l’uncanny valley, cet espace où la ressemblance avec l'humain est imparfaite sans se donner pour autant parfaitement à voir, laissant place à un sentiment étrangement familier de répulsion ou de gêne. Les jeunes artistes ne sont pas fascinés par les cyborgs, ils questionnent ce que notre obsession sociale pour le progrès technologique nous fait perdre d’humanité. Comment cette ambition de transcender la nature pourrait nous perdre... 

La jeune création vous présente les prochains humains bioniques.

Eliott Paquet, né en 1990, vit et travaille en France 

Eliott Paquet s’inspire de la littérature de science-fiction pour réaliser ses créations plastiques. À travers deux prothèses futuristes, à l’esthétique minimaliste, l’artiste dévoile des extensions du corps ultra-flexibles et malléables qui semblent donner une grande liberté aux mouvements dénués des désavantages d’un corps biologique classique. L'Homme ne peut s'empêcher d'explorer son pouvoir et ses peurs pour tenter de maîtriser l'inévitable : la dégradation du corps et de l'esprit humains, la finitude. Avec ces installations mêlant titane et silicone, Eliott Paquet illustre cette recherche de l’éternité. 

Eliott Paquet, 37°C : Conversation 1, 2018
Eliott Paquet, 37°C : Conversation 3, 2018 

Duna Group (Lenka Balounová, František Svatoš, Ladislav Kyllar), vivent et travaillent en République Tchèque

Ce collectif d’artistes tchèques propose le futur modèle des standards esthétiques des cyborgs : cornes, museau à la place du nez, oreilles en pointe, implants sous l’épiderme…

Duna Group, ADAPTUS X cattle, 2019-2020 

Notre rapport aux autres humains et à notre propre corps est en train de changer profondément à mesure que nous nous lançons dans la course à la « virtualisation » . La démocratisation de technologies allant des membres robotisés aux réalités mixtes, associée aux progrès de la numérisation et de la modélisation 3D, laisse entrevoir la possibilité d'un corps humain modifiable, personnalisable. De nouvelles normes de beauté émergeront de ce scénario transhumaniste dans lequel des créatures mutantes envahissent notre quotidien. 

Duna Group, ADAPTUS X makkak, 2019-2020
Duna Group, ADAPTUS X piggi, 2019-2020 

Hugo Servanin né en 1994, vit et travaille à Paris

L'œuvre d'Hugo Servanin s'articule autour de la création de sculptures que l'artiste appelle des « Géants »  : des êtres hybrides d'abord moulés sur des corps humains, puis assemblés avec un ensemble de matériaux synthétiques. Agissant comme un scientifique dans son laboratoire, Hugo Servanin invente constamment de nouvelles méthodes pour animer ses sculptures ; par exemple, en utilisant des procédures d'humidification / évaporation qui modifient progressivement leur forme et la couleur de leur surface, des incubateurs de contrôle de la chaleur qui font craquer leur épiderme, des ventilateurs qui les font respirer, ou des systèmes mécaniques complexes distribuant leurs fluides corporels. À l’aide d’une technologie de pointe, Hugo Servanin pose également les jalons esthétiques du futur être humain alternatif.

Hugo Servanin, Géant #10, 2018. Courtesy Nicoletti Contemporary

Isabelle Andriessen, née en 1986, vit et travaille aux Pays-Bas

Dans l’une de ses œuvres, l’artiste néerlandaise Isabelle Andriessen propose une grande sculpture constituée de cinq pièces de céramique à partir desquelles des cristaux de sulfate de fer II se forment à la surface. La sculpture retient la solution minérale qui est absorbée par la céramique laissant les cristaux se développer au cours de l’exposition.

241 Isabelle Andriessen, Ivory Dampers, Installation view Stedelijk Museum Schiedam, 2020 

Dans notre quête pour fusionner le physique, le numérique et la machine, les anciens thèmes de l'animisme issus des civilisations et des religions antiques sont rejoués avec la boîte à outils d'aujourd'hui : des phénomènes naturels conjugués à une installation monumentale. 

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