A la rencontre des jeunes artistes qui explorent la collapsologie

Qui sont les jeunes artistes « collapsosophes »?

NONFICTION
Le 25 févr. 2021

« À partir d’un certain point, retard signifie effondrement. » En 1972, le rapport Meadows nous avait prévenus. L’effondrement, où comment un ensemble de phénomènes imbriqués peut s’emballer pour réduire à néant le monde tel que nous le connaissons, n’est pas si loin.

À l’heure où l’État français est reconnu coupable de son inaction climatique, il est intéressant de noter que les jeunes artistes s’emparent depuis quelque temps déjà de l’imaginaire du collapse.

En passant généralement par le récit d'anticipation, la jeune création nous plonge au sein de mondes « d’après ». Parfois apocalyptiques, ces œuvres ne sont pas pour autant des scénarios catastrophes mais des projections dans un avenir où rien n’est plus comme avant, où l’homme a trop tardé à assurer sa place dans le futur.

Les artistes usent de la métonymie : ils racontent la partie pour le tout en focalisant leurs œuvres sur une ressource aujourd’hui indispensable et demain sûrement disparue. La végétation, les insectes, l’eau, le pétrole, la glace sont autant de points de bascule vers un monde inconnu, bien loin de la vie humaine.

Ces récits conceptuels pas si loin du réel, sont faits de juste assez de fantasme pour intéresser, juste assez de réalité pour effrayer. Sans nécessaire intentionnalité, ces œuvres deviennent malgré elles des outils de sensibilisation alternatifs faisant écho aux prises de parole des collapsologues Pablo Servigne et Raphaël Stevens.

Découvrez le travail de ces jeunes artistes qui nous racontent leur vision de l’effondrement et nous poussent à (ré)agir.

Alexandra Daisy Ginsberg (Née en 1983, vit et travaille à Londres)

Dans d’agréables cabines de verre ou à l’intérieur d’un écran digital, Alexandra Daisy Ginsberg conserve la nature, elle la maintient en dehors de toute altération, le musée étant devenu le seul endroit de préservation possible. De simples rochers, de la végétation, un lac ou des insectes deviennent de précieuses reliques qui méritent une attention particulière et un soin extrême. En contemplant le résultat de nos actions, pouvons-nous mieux préparer l’avenir ?

Pierre Pauze (Né en 1990, vit et travaille à Paris)

En 2018, Pierre Pauze réalise Mizumoto, une série de portraits autour d’un thème et d’une ressource indispensable à l’humanité : l’eau. « L’eau donne la vie, mais elle peut noyer », avance l’un de ses personnages. L’artiste utilise cette ambivalence pour faire le parallèle entre cet élément et la vague de data que l’on peut trouver sur Internet. Inégalement réparties, polluées, pas toujours viables et parfois destructrices, ces deux entités ne sont pas éternelles.

Pierre Pauze - Mizumoto

Ayman Zedani (Né en 1984, vit et travaille en Arabie Saoudite)

Dans l’installation vidéo Le retour des anciens, Ayman Zedani explore une vie après l'effondrement. Il souligne alors la résistance du pétrole : une huile minérale naturelle présente depuis le début de notre existence, qui nous a accompagnés et dont on a outrageusement abusé, produisant une pollution atmosphérique meurtrière. Son constat brutal est clair : l’espèce humaine sera vouée à disparaître mais le pétrole nous survivra.

The Old Ones - Ayman Zedani

Guillaume Seyller (Né en 1998, vit et travaille entre Lyon et Grenoble)

Dans son court-métrage Permafrost, Guillaume Seyller nous livre une vision glaciale et dérangeante de l'existence : dans un paysage complètement enneigé, une svelte silhouette tente de se confondre au décor, d’y survivre là où se déplacer semble déjà difficile. À travers la lutte de son personnage numérique, l’artiste nous parle du danger de la fonte du pergélisol (en anglais permafrost), un sol géologique qui permet de maintenir la température des endroits les plus froids de la terre. Sa disparition risquerait de libérer une importante quantité de carbone ainsi que de nombreux virus et bactéries en sommeil….


NNFCTN est une agence de stratégie qui identifie les esthétiques, les sujets, les dispositifs artistiques de l’époque afin de penser des modèles culturels innovants et de révéler les imaginaires sous jacents auxquels les marques peuvent s’identifier.

NONFICTION - Le 25 févr. 2021

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