Deux Chinois, la cinquantaine, trinquent à leur réussite

Comment la Chine construit son Empire numérique ?

© Sean Justice on Getty Images

Entre contrôle et réussite, comment la Chine verrouille son Empire numérique ? La réponse en quatre étapes.

Règle n°1 : Les grands patrons au service du Parti

En Chine, les politiques de contrôle n'épargnent personne ! Même les plus grands patrons doivent marcher au pas. Entre la mise à l’écart radicale de Jack Ma (ex-patron de Alibaba) en avril 2021, et la démission surprise de M. Zhang (cofondateur de TikTok) en mai 2021, la stratégie chinoise se dessine au fil d’un processus bien précis. D’abord, on laisse grossir un géant de la tech, pour un temps. Puis, lorsque l’influence d’un patron est jugée trop importante, c'est le temps de la disgrâce.

Fait intéressant, ces évictions patronales se déroulent souvent de manière assez similaire. D’un coup, les chefs d’entreprise annoncent leur retrait pour se consacrer à des considérations plus philanthropiques, pour se retrouver. Dans sa lettre ouverte à ses employés, M. Zhang disait vouloir « se consacrer à la stratégie à long terme » du groupe, et s’adonner à ses passions « lire, écouter de la musique et rêvasser » (source : AFP).

Règle n°2 : Les cryptomonnaies sont une affaire d'État

Contrôler l'économie passe aussi par la cryptomonnaie ! En septembre 2021, la Banque centrale chinoise est allée au bout de ses ambitions régulatrices en interdisant le minage de cryptomonnaies. Sans surprise, la nouvelle a chamboulé le cours du Bitcoin qui a perdu 7 % de sa valeur trois heures seulement après la publication du communiqué par la Banque centrale chinoise. Pour le gouvernement, autoriser la présence de flux financiers aussi volatils est une menace. Une décision étonnante lorsque l’on sait qu’en 2017, deux tiers des opérations de minage de Bitcoin étaient menées en Chine d’après le New York Times.

Mais est-ce vraiment le clap de fin pour les monnaies virtuelles en Chine ? Pas exactement. Depuis le mois de mars 2021, certaines grandes villes chinoises comme Beijing ou Shenzhen expérimentent le Yuan électronique. Aussi dénommée eCNY, cette cryptomonnaie a l’avantage de ne pas être décentralisée, permettant au gouvernement chinois d’avoir la mainmise sur le cours des transactions. Moins de risques d’évasion fiscale ou de crash, et toujours et encore du contrôle.

Règle n°3 : Des réseaux sociaux made in China et au-delà !

Depuis 1998, l'empire du Milieu érige une véritable muraille numérique, en bloquant les Facebook et autres maillons de l'empire Zuckerbergien. En l'espace de 15 ans, le pays a réussi deux paris. D'abord, près de 73 % du trafic internet du pays a lieu sur des serveurs chinois. Par exemple, le site WeChat réunit près d'1,2 milliard d'utilisateurs. Ensuite, créer un succès au-delà de ses frontières avec TikTok ! Créé en 2017 par le géant chinois ByteDance, le réseau a conquis la Gen Z jusqu'à franchir la barre du milliard d'utilisateurs en septembre 2021.

Règle n°4 : Pas de repos pour la jeunesse !

Coup de massue pour la jeunesse chinoise, quand le contrôle étatique prend le dessus sur le contrôle parental ! Depuis septembre 2021, interdiction formelle de jouer plus de trois heures par semaine aux jeux vidéo en ligne pour les mineurs. Par ailleurs, tous les joueurs mineurs seront fichés – ambiance... La raison ? « Désintoxiquer la jeunesse chinoise » , et prévenir des risques de santé oculaires et psychologiques. Il faut dire qu'en Chine, le gaming touche un public de plus en plus large. D'après France Culture, Tencent, leader chinois du jeu vidéo, générait près de 17,2 milliards d'euros de chiffre d’affaires en 2021.

Le mouvement Tang Ping, résumé par le célèbre vlogger Winston Sterzel !

La Chine devient-elle une sorte de « cimetière du fun »  ? C'est l'avis d'une partie de la jeunesse chinoise, ayant lancé le mouvement Tang Ping, littéralement traduit par « mollesse volontaire » . Lancé sur les réseaux comme Douban, puis censuré par les modérateurs, le mouvement réclamait un droit à l'oisiveté, refusant cette obsession pour l'érudition et la réussite. Pour beaucoup, ce rythme de vie effréné promis par le Parti n'a rien d'inspirant. Pourtant, vu la censure du mouvement sur les réseaux, il semblerait que ce souhait de prendre du recul, de s'allonger deux minutes, soit trop demander.

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