Groupe de jeunes femmes cool
© Joel Muniz via Unsplash

Dans les années 2010, le Bitcoin fascinait surtout quelques nerds, plutôt issus de la gent masculine. En 2021, la cryptosphère se démocratise. Et les femmes y sont de plus en plus nombreuses. Ces investisseuses nous racontent leur nouvelle passion.

« Bitcoin, Ethereum, Polkadot, Cardano... » , énumère Stéphanie. Ces noms exotiques constituent la quarantaine de cryptomonnaies dans lesquelles cette Responsable paie d’une entreprise de formation a récemment investi. En janvier 2021, la Parisienne de 39 ans en a eu marre d’entendre ces « histoires incroyables » de personnes devenues riches grâce aux cryptos. Elle aussi voulait sa part du gâteau. Elle télécharge Coinhouse, une application pour acheter et échanger des cryptomonnaies, fait des recherches et commence à placer quelques centaines, puis plusieurs milliers d’euros. L’une de ses collègues de bureau, plus aguerrie au sujet, la conseille pour ses premiers investissements. Les crypto s’invitent rapidement au cœur de leurs conversations. Pendant les pauses déjeuners, les apéros virtuels… Elles ne parlent que de ça. Une troisième collègue se prend au jeu, et ensemble elles créent un groupe dédié sur la messagerie WhatsApp. Elles s’envoient une trentaine de messages par jour pour s’échanger leurs bons filons. 

Le cryptobro n’est plus tout seul

« Tu as acheté du Tron ? Moi, du Chiliz » , s'enquiert Monika, la dernière recrue de ce petit club d’investisseuses. « C’est comme d’être dans un candy shop (magasin de bonbons) » , s’enthousiasme cette quadragénaire volubile.  

Le cliché du « cryptobro » , ce type un peu geek et surtout très fier de ces exploits financiers, colle à la peau de l’univers des cryptomonnaies. Certes, les femmes qui investissent restent minoritaires. Seulement 15 % des investisseur.euses en Bitcoin sont des femmes selon l’application d’investissement eToro. Mais cette part aurait progressé de 10% en 2020. Les femmes sont aussi plus nombreuses dans les rangs des entreprises du secteur, pointe Business Insider

La pandémie a largement participé à cette démocratisation des cryptomonnaies. L’ennui, la baisse de certaines dépenses quotidiennes, l’incertitude économique ont incité de nouvelles franges de la population à se lancer, décrit le New York Times. En quelques mois, le sujet a occupé de plus en plus la sphère médiatique : la remontée en flèche du Bitcoin, les ventes records de NFT, l’entrée en bourse de Coinbase, les multiples tweets d’Elon Musk, les marques qui surfent sur la tendance… Les crypto seraient même en passe de devenir mainstream, analyse le quotidien américain, pour qui « nous sommes tous devenus des gens de la crypto » . 

Les actifs, c’est addictif 

Avant la crise, Stéphanie, mère d’un petit garçon et prudente autoproclamée, se contentait de son assurance vie et de son livret A. « Je n’osais jamais prendre de risque, et j’avais le sentiment que les cryptomonnaies étaient inaccessibles, que j’avais raté le coche » , explique-t-elle. « La crise sanitaire a été un déclic. Ça m’a forcé à me remettre en question, j’ai eu envie d’oser plus... de me sentir en vie finalement, lâche-t-elle. Il y a un côté instinctif. Et un côté réjouissant de voir grimper la valeur d’un actif dont on pressentait le potentiel. » Ses investissements lui ont rapporté 4 000 euros en 4 mois. L’investisseuse préfère rester modeste sur son expertise, mais elle maîtrise déjà le jargon, utilise six applications de trading différentes, et surveille de près le cours de ses coins. « C’est la première chose que je fais en me levant, et la dernière avant de me coucher. » Plus de deux heures de son temps y sont consacrées chaque jour. « Il y a un côté très addictif » , renchérit Géraldine, sa collègue mentor, qui collectionne aussi des dizaines de crypto-actifs. 

Pour Monika, ce nouveau hobby est un moyen de tuer la « morosité ambiante » . En à peine quelques semaines, elle a investi 1 000 euros et s’est plongée dans le sujet. Au point d’impressionner ses collègues pourtant plus expertes. Elle suit un cours en ligne de Princeton sur la cryptographie, s’informe chez les influenceurs spécialisés en finance, enchaîne les documentaires sur le Bitcoin, visionne des webinaires consacrés aux cryptos, passe des nuits entières à binger des vidéos de Youtubeurs fintech... Une formation en autodidacte express pour celle qui était plutôt branchée philo et cinéma. 

L’investissement l’intéresse autant que la pensée et les histoires qui vont avec. Elle peut être intarissable sur les scandales financiers liés au Bitcoin, ou sur la philosophie derrière la monnaie Cardano. « Je découvre un monde passionnant » , s’emballe-t-elle. 

« C’est le nouvel internet »

La culture économique de la cryptosphère plaît aussi à Caterina, 29 ans. Cette Brésilienne installée à Paris depuis 2020 s’est récemment piquée d'intérêt pour les crypto. Elle investit dans les valeurs sûres : le Bitcoin, la principale monnaie virtuelle, et surtout l’Éther, celle qui est la plus utilisée et en plein boom en ce moment. Elle y voit aussi un côté très pragmatique. « Je ne cherche pas forcément à avoir le plus gros retour sur investissement, mais comme au Brésil la monnaie est très volatile, c’est aussi rassurant de se dire que j’ai de l’argent de côté qui ne dépend pas du gouvernement » , explique-t-elle. Surveiller ses nouveaux placements ne lui prend pas plus de cinq minutes par jour, assure-t-elle. En parallèle, elle se renseigne sur la conjoncture et les projets derrière les crypto. « C’est du temps qui est enrichissant, plus que celui que l’on passe à scroller les réseaux sociaux. »

Dans les colonnes du New York Times, la finfluenceuse Bitcoin Frankie résume bien la situation. « Beaucoup de gens se mettent aux cryptomonnaies parce qu’ils sont d’abord attirés par le côté financier, et ils restent parce qu’ils réalisent que c’est le nouvel internet. »

Plus fun que le CAC 40

Et puis il y a aussi l’aspect amusant de la chose. « Il y a un côté très ludique. Rien que le nom de certaines cryptomonnaies, comme PancakeSwap, est drôle » , sourit Géraldine. 

C’est plus « fun » que de parler du « CAC40 vintage » entre amis, renchérit Mariel, 29 ans, salariée dans une agence digitale du Luxembourg. Elle vient tout juste de reprendre goût aux crypto après avoir déjà investi quelques dizaines d’euros en 2017. Elle reconnaît le côté « irrationnel » de cette « économie casino » . Mais ses investissements ne servent pas uniquement à alimenter ses conversations. Elle se projette sur le long terme. Elle espère réinvestir ses gains en crypto dans l’immobilier. De quoi partir vivre loin et peut-être s’arrêter de travailler. Mariel évoque aussi une posture contestataire, presque politique. Pour elle, les crypto sont un pied de nez au gouvernement. Car ces monnaies « échappent à leur contrôle » . 

Cryptoféminisme

Amandine se réjouit de l’arrivée de ces nouvelles investisseuses. « Les cryptomonnaies ne sont pas un boys’ club » , claironne la description de son compte Instagram baptisé La Mineuse. La jeune femme de 27 ans s’est donné pour mission de rendre visible les femmes du secteur, et d’inciter ses paires à s’intéresser à cet « outil d’empowerment » . Elle promeut l’idée d’un « cryptoféminisme » , une notion née aux États-Unis qui peine encore à percer en France.  

Outre-Atlantique, quelques réseaux de femmes de la « crypto » sont déjà bien constitués. En avril, Le club Ladies Get Paid se réunissait en ligne pour parler Bitcoin, rapporte le New York Times. « La manière dont nous vivons va changer avec les cryptomonnaies » , assénait Claire Wasserman, l’organisatrice de l’événement. « Je ne veux pas que vous ratiez le futur » . Le meeting virtuel s’est clôturé par un cri de ralliement : « Dismantle the financial patriarchy » (démantelons la finance du patriarcat), repris par les participantes. 

« Bitcoin Besties »

Sur Instagram, des comptes comme CryptoBabes ou BitcoinBesties encouragent eux aussi les femmes à s’y mettre. Ils misent sur une image très girly de la cryptomonnayeuse. Au programme : mèmes de La Revanche d'une blonde et mantras girl power sur fond rose. Pas sûr que les femmes aient besoin qu’on leur parle de comédies romantiques pour s’intéresser au sujet... mais pourquoi pas. « C’est vrai que c’est stéréotypé, mais c’est aussi important d’associer les cryptomonnaies à des figures féminines » , observe Amandine. Elle a eu l’idée de créer La Mineuse en constatant que les réseaux crypto en France étaient essentiellement masculins. « Sur l’un des Discord sur lequel je suis, on doit être trois femmes pour une centaine de mecs » , rapporte-t-elle. Et les commentaires sexistes vont bon train. 

À sa petite échelle, Géraldine, mentor de Monika et Stéphanie, se félicite d’avoir converti une partie de ses collègues et amies. « C’était important pour moi de leur en parler. Je pense que non seulement les cryptomonnaies sont le CAC 40 du futur, mais j’ai aussi la conviction qu’elles vont bousculer beaucoup de choses : la finance, mais aussi la manière dont on stocke et on partage des informations et du contenu sur internet. » En attendant le grand chamboulement, le cours de leurs Bitcoin, Ether et autre PolkaDot continue de grimper gentiment. 

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commentaires

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  1. Salifou Rahim dit :

    Je suis un jeune étudiant qui a du mal à assurer une indépendance financière.j'aimerais avoir une aide de votre part pour m'a sorti .
    Merci bien pour votre sens de patriotisme.

  2. Rémi dit :

    Ravie de voir Ines de la chaine zonebitcoin! Les femmes arrivent et vont rester dans la cryptosphère!

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