Terre asséchée et arbre mort

Sur Twitter, le scepticisme climatique se porte bien

Les climatosceptiques sont-ils une espèce en voie de disparition ? Pas vraiment.

Selon une nouvelle étude, publiée dans la revue Nature Climate Change, le scepticisme climatique progresse quatre fois plus vite que les contenus pro-climat sur Twitter. Pourquoi ? Explications.

Le scepticisme climatique, en plein essor sur Twitter

Tapez le mot-clé climate (climat) dans la barre de recherche de Twitter et constatez... Premier résultat proposé : ClimateScam (arnaque climatique), suivi de ClimateAction (agir pour le climat) puis de ClimateEmergency (urgence climatique). Le ton est donné.

Une prégnance des posts climatosceptiques confirmée par l'analyse des tweets couvrant la période 2014-2021 lors des conférences annuelles de la Conférence des Parties (COP), par une équipe de chercheurs coordonnée par The Alan Turing Institute. Si l'étude souligne le fort engagement en ligne que suscitent les COP, elle révèle également que les tweets climatosceptiques ont été 16 fois plus partagés pendant la COP26 que lors de la COP21.

2019 : l'année du tournant de la croissance du scepticisme

Autre information révélée par l'étude : si la polarisation sur Twitter concernant le changement climatique était faible au moment de la COP21, le « tournant de la croissance du scepticisme » aurait eu lieu en 2019. Selon les chercheurs, les raisons de cette hausse s'expliquent principalement par trois éléments : la question de l'hypocrisie politique (suite à l'approbation d'un nouvel oléoduc canadien en juin 2019), une réaction à l'impact direct des grèves climatiques mondiales (avec de vives critiques envers Greta Thunberg et Extinction Rebellion), et la conviction que le mouvement climatique n'est pas fiable (en partant du postulat que les feux australiens de 2020 étaient d'origine criminelle).

Parmi les principaux arguments relevés par les chercheurs, la majorité consiste à nier le changement climatique ou l'impact des activités humaines sur celui-ci.

Concernant la COP, les chercheurs notent également l'existence d'un clivage chez les pro-climat qui concerne le fait de soutenir ou pas ce rendez-vous annuel. En effet, de nombreux comptes critiquent le processus, le décrivant comme inefficace et l'accusant de « greenwashing ». Un changement par rapport à la COP21, où seuls 7 % exprimaient un avis critique sur la convention contre 35 % pour la COP26.

L'hypocrisie politique, une passerelle entre pro-climat et climatosceptiques

Pour comprendre le contenu qui comble « le fossé idéologique entre les deux groupes », les chercheurs ont cherché à évaluer les sujets pouvant servir de passerelle. « Parce que Twitter recommande le contenu sur la base des similitudes dans les interactions utilisateur-contenu entre les comptes », indiquent les auteurs de l'étude. Ils ont ainsi identifié le thème de l'hypocrisie politique (utilisation de jets privés et de voitures diesel, développements continus des combustibles fossiles, faiblesse des investissements dans les énergies renouvelables...) comme l'une des principales passerelles. Soulignant que ces tweets ont une viralité plus élevée, Mark Girolami, scientifique en chef à l'Institut Alan Turing, en appelle à la responsabilité des politiques. Selon lui : « Une action rapide et efficace contre la crise climatique nécessite un consensus et une collaboration internationale. La croissance de la polarisation en ligne risque d'engendrer une impasse politique si elle alimente l'antagonisme à l'égard de l'action climatique. Les responsables politiques devraient se demander ce qui génère exactement cette croissance du scepticisme en ligne et trouver des moyens de la contrer. »

Si on se réfère aux propos de l'ancien Président des États-Unis, Donald Trump, qui a plusieurs fois affirmé que le réchauffement climatique était un mythe, on prend la mesure des propos du chercheur. On se souviendra également que celui qui avait fait sortir son pays des accords de Paris le 1er juin 2017, avait affirmé que « le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois pour rendre l’industrie américaine non compétitive ».

Les réseaux sociaux fonctionnent comme des chambres d'écho

Les chercheurs se sont intéressés aux sources d'information utilisées par les pro-climat et les climatosceptiques en se référant au NewsGuard score qui permet d'évaluer la fiabilité des sites d'information. Constat ? Le premier groupe se réfère principalement à des organes d'information bénéficiant de « scores de confiance élevés », tandis que les seconds font référence à des sources bénéficiant de « scores de confiance faibles ».

Pour illustrer ce phénomène, les chercheurs évoquent « l'effet de chambre d'écho ». Un constat inquiétant selon Andrea Baronchelli de la City University of London pour qui : « Les médias sociaux fonctionnent comme des chambres d'écho, c'est-à-dire des caisses de résonance où les préjugés sont renforcés. Il est important que les régulateurs continuent à chercher des moyens de garantir que le contenu partagé en ligne est digne de confiance. »

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire