Grosse tornade sur un champ

Le changement climatique porte-t-il les germes des dictatures à venir ?

© Jason-Weingart

Selon une étude publiée dans le Journal of Development Economics, les conditions météorologiques extrêmes impacteraient les systèmes politiques, permettant la montée en puissance de régimes oppressifs..

Le changement climatique alimente la montée des régimes autoritaires

Une équipe de chercheurs s'est penchée sur la relation entre catastrophes climatiques (cyclones, ouragans...) dans près de 50 pays insulaires (Pacifique, de l'Asie du Sud-Est et des Caraïbes) et niveau de démocratie. Après avoir examiné des données s'étalant de 1950 à 2020, l'équipe de chercheurs a constaté qu'il existait des « liens étroits entre la fréquence des tempêtes affectant les nations insulaires et les actes d'oppression gouvernementale. »

Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont exploité un outil analytique connu sous le nom de Polity Score, permettant de mesurer le niveau de démocratie d'un pays. Ils ont ainsi pu constater que le Polity Score d'une nation insulaire chutait en moyenne de 3,4 % dans l'année suivant une tempête majeure, de 10,1 % au cours des cinq années suivantes, et de 25 % au bout de 7 ans.

Les « autocraties de tempêtes »

Pour analyser le phénomène, les chercheurs émettent l'hypothèse d'une « oppression mutuellement convenue ». Selon eux, l'intervention du gouvernement à la suite d'une catastrophe lui permettrait de resserrer le contrôle sur ses citoyens en tirant parti du chaos. Pour Mehmet Ulubasoglu, professeur d'économie et coauteur de l'étude : « Le gouvernement intervient pour fournir une aide d’urgence, mais il considère également qu’il s’agit d’une fenêtre d’opportunité pour opprimer les citoyens… Le gouvernement achète ainsi une licence sociale pour opprimer en échange de son aide. » Mehmet Ulubasoglu qualifie ce type de régime politique de « Storm Autocracies » ( « autocraties de tempêtes » ). Fait aggravant : l'augmentation des catastrophes climatiques sur ces îles consoliderait les gouvernements oppressifs en empêchant un « retour à la normale » du jeu des contre-pouvoirs entre deux évènements.

Enfin, l’étude pointe le recours à l’armée après une catastrophe naturelle comme un facteur de risque pour la démocratie. Selon les coauteurs : « Les militaires sont évidemment formés pour ces situations d'urgence et de nombreux pays à travers le monde les utilisent dans des situations de catastrophe. (...) La question est de savoir comment les ramener dans leurs casernes après les catastrophes. » Ainsi, les découvertes des chercheurs expliqueraient en partie pourquoi les petits pays insulaires sujets aux tempêtes tels que Haïti, les Fidji ou encore les Philippines, sont demeurés réprimés politiquement durant de longue période.

Meg Keen, directrice du programme des îles du Pacifique à l'Institut Lowy en Australie, apporte quelques nuances dans The Guardian. Selon elle : « L'érosion de la démocratie dans certaines parties du Pacifique en ce qui concerne la liberté des médias, la responsabilité et la transparence du gouvernement est davantage liée à des variables externes aux catastrophes ; bien que les catastrophes climatiques amplifient sans aucun doute les faiblesses de gouvernance préexistantes. »

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