Femme seule la tête posée sur une table

Étude : 11 millions de personnes se sentent seules en France

© Rodnae

Une récente étude révèle l’ampleur du phénomène et son impact sur la société, en particulier chez les personnes en situation de précarité.

À l’occasion de la Journée mondiale des Solitudes, la Fondation de France publie l’étude « Solitudes 2022 », menée en collaboration avec le Crédoc et l’équipe de recherche du Cerlis. Sous-titré « Regards sur les fragilités relationnelles », le rapport révèle que si en un an l’isolement physique a reculé, le sentiment de solitude reste élevé. Aujourd’hui, il toucherait 11 millions de personnes en France.

Une personne sur cinq se sent régulièrement seule

Si l’isolement relationnel a fortement reculé, il touche encore 11 % des plus de 15 ans (soit 13 points de moins qu'en 2021). Une baisse qui peut s'expliquer par la levée des restrictions sanitaires, qui avaient fortement impacté les relations sociales. Cette nouvelle édition révèle aussi le lien toujours tenace entre précarité économique et isolement social. Ainsi, les personnes aux revenus modestes restent les plus frappées par l’isolement social. Dans le détail, le chômage s'avère être un facteur aggravant, les chômeurs souffrant deux fois plus d’isolement relationnel que les actifs en poste.

Un cercle vicieux qu'il convient de déconstruire. « Précarité et solitude sont deux situations qui se nourrissent et c’est bien là toute la complexité. Manquer de ressources sociales ou de réseaux professionnels réduit les capacités des personnes à rebondir et aller de l’avant en cas de coup dur, c’est le fameux capital social de Bourdieu. (...) Toutes les études qui s’intéressent à ce sujet montrent très bien qu’on peut basculer dans une précarité relative ou extrême parce qu’on ne bénéficie pas de réseau ou de ressources sociales. Et inversement, la précarité génère de la honte, du repli sur soi qui empêchent d’aller vers l’autre ou de demander de l’aide. Il y a là un cercle vicieux qu’il convient de déconstruire par un accompagnement large des personnes, qui s’attache autant à la reprise d’activité qu’à la réactivation des liens », souligne Hadrien Riffaut, chercheur-associé au CERLIS et co-auteur de l’Etude Solitudes 2022.

Fondation de France - Etude Solitudes 2022

Un sentiment qui s'accompagne de souffrance

Autre enseignement de l’étude : si l’isolement recule, le sentiment de solitude (parfois vécue comme une exclusion) est quant à lui ressenti par 20 % de la population des plus de 15 ans, un chiffre qui ne baisse pas malgré la fin de la pandémie. Un ressenti qui semble décorrélé de l’existence d’une vie sociale, puisque 17 % des personnes « objectivement entourées » (deux réseaux de sociabilité ou plus) affirment se sentir seules « tous les jours ou presque » ou « souvent ». Un sentiment qui pèse puisque 80 % de ceux qui disent se sentir seuls indiquent en souffrir, soit 9 millions de personnes en France.

Fondation de France - Etude Solitudes 2022

Les multiples visages de la solitude

Le rapport révèle que la solitude est plurielle, rendant ainsi obsolètes les stéréotypes liés aux personnes isolées. Si le profil type de la personne isolée reste celui d’une femme plutôt âgée, peu diplômée et ne disposant que de faibles revenus, l’âge n’est plus un marqueur déterminant selon Hadrien Riffaut : « On voit par exemple de plus en plus de jeunes en situation objective d’isolement, même s’ils n’osent pas s’autodéclarer ainsi. De même, on a souvent tendance à penser la ruralité comme lieu de l’enclavement alors que la solitude s’exprime davantage dans les grandes villes, où il y a plus d’anonymat et moins de liens de proximité. »

Déstigmatiser la solitude

La solitude s’installe par étapes, généralement à la suite d’un enchaînement d’événements douloureux qui fragilisent le tissu relationnel de l’individu. Des facteurs qui rendent le sujet tabou (souvent accompagné d'un sentiment de honte) dissuadant les personnes concernées de demander de l'aide. Afin de mieux détecter et accompagner les personnes en souffrances, Hadrien Riffaut préconise un changement aussi bien au niveau des représentations que du regard : « En ayant un nouveau rapport décomplexé à la solitude et en l’intégrant comme une étape possible de notre parcours, il sera plus facile d’en parler et de se faire aider. »

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