habillage
premium1
premium1
Un homme barbu envahi de plantes vertes
© ajkkafe via Getty Images

Une dictature verte peut-elle (vraiment) sauver la planète ?

Le 11 sept. 2019

A-t-on besoin d’une dictature verte pour sauver la Terre ? C'est tout le propos du roman AIR. Mais plutôt que de prendre le sujet à bras-le-corps, l'ouvrage se contente de critiquer l’intégrisme écologique et la démagogie verte, et de défendre une écologie douce et tiède... en éludant complètement la question d’un changement radical de modèle.

2022. Emmanuel Macron n’a pas rendu la planète « great again ». Une présidente écolo est élue et instaure la première dictature verte. Interdiction de se déplacer en avion, limitation de l’usage d’Internet, suppression du divorce, pas plus de 20m2 habitables par personne… les mesures « vert foncé » s’enchaînent. Et la police écologique veille au grain, soutenue par les drones de la cellule AIR - pour Artificial Intelligence Research. C'est le pitch d'AIR, le roman de Bertil Scali et Raphaël de Andréis, qui vient de paraître aux éditions Michel Lafont.

La dictatrice était une millennial

Qui d’autre qu’une millennial pour incarner la Présidente de ce nouveau régime ? Après avoir tout dit sur la génération Y (un point sur lequel nous plaidons coupable), la voici responsable d’instaurer une dictature pour sauver la planète. Derrière cette Présidente autoritaire, à laquelle l'ouvrage ne donne pas de nom, difficile de ne pas apercevoir l’ombre du ciré jaune de Greta Thunberg, qui fait tant trembler les climatosceptiques convaincus. 

Manger de la tête de veau pour le climat

Malgré des trouvailles amusantes comme l’interdiction des divorces (qui favorisent la consommation de biens), d'autres sont un peu à côté de la plaque. On notera ainsi l'étonnante prise de position de cette écolo-dictature sur la consommation de viande. Alors que dans leur dernier rapport, les experts GIEC ont pointé du doigt l’impact de la consommation de viande dans le réchauffement climatique, le régime politique imaginé par les auteurs n’envisage jamais d’imposer le régime végétalien. Le 100% végétarien proposé dans un premier temps laisse place au flexitarisme – sur recommandation d’un médecin – et impose de consommer totalement les animaux pour éviter le gâchis. Bonjour tête de veau, pieds de porcs et abats en tout genre. De quoi déculpabiliser tout le monde, et surtout les professionnels de la filière.

On prend les même et on recommence

Dans ce régime qui restreint la consommation d’eau, Napoléon Ier – qui demandait à Joséphine de ne pas se laver pendant trois jours pour retrouver son odeur après des semaines de campagne – fait figure d’écolo modèle. L’idée a le mérite de faire sourire mais on aurait préféré une vraie réflexion sur notre rapport actuel à l’hygiène, l’usage des cosmétiques, les produits polluants pour l’Homme et la planète qu’ils contiennent et pourquoi pas même sur les packagings plastique. Mais non. À la question peut-on éviter la catastrophe écologique sans changer de modèle ? AIR répond oui avec aplomb. 

Le sujet est chaud, mais la conclusion est tiède. Oui, les personnages se soucient du sort de la planète, mais ils n'aiment pas trop qu'on leur dise comment faire. Et si on pouvait sauver l'environnement sans trop changer ses habitudes, ce serait quand même mieux.

Génération Z, à toi de jouer

Entre la peur des millennials, un soupçon de misogynie et le racisme latent, AIR finit par confier à la génération Z et ses petites lubies le soin de changer les choses, durablement. La fille du personnage principal décide donc de créer sa start-up de recyclage, pendant que son père fume un cigare en souvenir du bon vieux temps – celui où on pouvait jeter ses capsules de café dans la poubelle classique sans avoir honte.

Pour conforter le lecteur, un quiz final nous propose d’évaluer les petits gestes déjà mis en place au quotidien. Des actions comme dégivrer son congélateur et laver son linge à 30°. Rien de bien méchant. Rien qui ne risque de changer radicalement notre système actuel. Une ode aux petites actions individuelles, donc. Dommage. Surtout si, comme l'un des auteurs, on se trouve à la tête d'un grand groupe de com' et qu'on a un certain pouvoir d'influence sur les comportements et les habitudes de consommation.

Couverture du roman AIR

 

Pour découvrir AIR de Bertil Scali et Raphaël de Andréis (Michel Lafont), cliquez ici.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

> Pourquoi les entreprises doivent passer à l'économie bleue

> Halte aux business pas modèles !

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.