billets de dollar bizarres

L’IA générative : la nouvelle folie des investisseurs

© Dream Studio

Alors que la hype autour du Web3 et des cryptos retombe, les investisseurs s’intéressent désormais aux startups spécialistes des intelligences artificielles génératrices de textes et d’images. 

Les cryptos sont mortes, vive les IA ! Les investisseurs, qui se passionnaient il y a encore quelques mois pour le Web3 –  cette vision décentralisée du Web nourrie aux cryptomonnaies et pluggé à la blockchain – ont une nouvelle lubie : les intelligences artificielles génératives. Il s’agit de programmes informatiques capables de produire des images à partir d’une simple description, ou bien toutes sortes de textes différents à partir d’une courte indication. En quelques années, ces modèles ont envahi la recherche en intelligence artificielle. Et ils donnent aujourd’hui lieu à de nouveaux services – applis de retouche photos, comptes rendus automatiques de réunion, créations de posts pour les réseaux sociaux, génération de nouvelles molécules pour l’industrie pharmaceutique

Investisseurs cherchent nouveau centre d’intérêt

Ces IA ouvrent quelques perspectives positives dans un secteur de la tech marqué par le cryptowinter (la chute du cours des cryptomonnaies), un marché de la publicité en berne, et les vagues de licenciements massifs. « Il y a un énorme cycle de hype », observe dans le Financial Times Colin Treseler, cofondateur de Supernormal, qui utilise l'IA pour résumer les réunions en ligne. « La hype du Web3 a pris fin, et ces personnes avaient besoin d'un endroit où aller. »

Les investissements dans les intelligences artificielles génératives auraient progressé de 425 % depuis 2020 pour atteindre 2,1 milliards de dollars selon Pitchbook cité par le Financial Times. Et le marché devrait croître d’encore 17 % d’ici à 2025. Parmi les leaders de ce nouveau marché on trouve l’entreprise californienne Open AI, qui a notamment mis aux points deux modèles très utilisés : DALL-E 2 pour l’image, GPT-3 pour le texte. Google et Facebook ont eux aussi mis au point leurs versions de modèles d’IA générative. Mais on trouve également une flopée de nouvelles entreprises qui créent des alternatives aux IA mises au point par les géants de la tech, ou des services qui s’appuient sur les modèles d’Open AI et d’autres.

Le rythme des levées de fonds ralentit, mais les startups qui se positionnent sur ce créneau n’ont pas de mal à trouver des financements. Jasper, qui se définit comme un assistant virtuel spécialiste du marketing, a ainsi levé 125 millions de dollars début novembre. Un mois plus tôt, Stability AI, société spécialiste des IA génératrices d’images, annonçait un financement de 101 millions d’euros. Et en France, Hugging Face, l’une des dernières licornes en date valorisée à 2 milliards d’euros en mai 2022, est une plateforme sur laquelle tous les modèles open source d’intelligence artificielle sont disponibles. 

« Tout le monde nous trouvait un peu fou »

Il y a encore 4 ans, peu de fonds semblaient croire en cette technologie. « Tout le monde nous trouvait un peu fou », se souvient Cristóbal Valenzuela, cofondateur de Runway, une appli qui génère des vidéos pour l’industrie des médias et du divertissement, interviewé par le Financial Times. Ce qui a changé selon lui : la performance des modèles, qui s’est nettement améliorée grâce à la masse de données sur laquelle ils sont entraînés, et la plus grande puissance de calcul des ordinateurs. De quoi faire dire à de très gros fonds comme Sequoia, que l’IA « est bien partie pour devenir non seulement plus rapide et moins chère, mais meilleure dans certains cas que les humains ».

Mais ces modèles restent malgré tout imparfaits. ChatGPT, le chatbot d’Open AI mis en ligne il y a quelques jours, qui a immédiatment bluffé le Web, est capable de générer un texte truffé d’erreurs mais qui peut, par sa forme, convaincre un non-spécialiste. Par ailleurs, ces IA commencent à soulever des questionnements sur les données qu’elles utilisent. Stability Ai a ainsi été accusé de pomper le travail de certains artistes sans leur accord pour entraîner son modèle. Et Lensa AI, l’appli de retouche photo devenue virale ces derniers jours, est soupçonnée d’utiliser les photos de ses utilisateurs sans leur consentement. Enfin, ces systèmes sont très coûteux à faire tourner, et ne génèrent pas, pour le moment, d’importants revenus… De quoi casser rapidement l’intérêt des investisseurs ?

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire