Une jeune femme en train de peindre

Kalart veut aider les petits créateurs de contenus à se financer grâce aux NFT

© Kalart

Les NFT, ces objets numériques uniques, sont surtout associés à l’engouement spéculatif qu’ils suscitent. Mais pour Stanislas Mako, fondateur de uTip, il y a un réel intérêt derrière. Il vient de lancer Kalart, une plateforme qui souhaite rendre l’économie des NFT plus démocratique et « éthique. »  

Il se passe rarement un jour sans qu’une marque, un club de foot, une star ou un artiste annonce le lancement d’une collection de NFT, ces œuvres et objets numériques (tweets, vidéos, GIFs…) uniques authentifiés sur la blockchain. La frénésie commencée au printemps avec la vente record de l'œuvre de Beeple chez Christie’s est loin d’être retombée. La maison de ventes aux enchères Sotheby’s vient d’annoncer un espace de vente qui leur sera dédié. Le géant des cryptos Coinbase vient lui aussi de se lancer sur ce créneau. 

Les montants des ventes avoisinent souvent les centaines de milliers de dollars, parfois bien plus (près de 5 millions de dollars pour la récente collection virtuelle de Dolce & Gabana), laissant certains observateurs sceptiques sur le réel intérêt de ces objets virtuels, au-delà du côté purement spéculatif. Par ailleurs, leur forte empreinte écologique inquiète. Comme les cryptomonnaies, les NFT nécessitent de lourds (et énergivores) calculs informatiques pour être édités. 

Moins énergivore, moins spéculatif

Mais en parallèle de cette folie spéculative, des voix s’élèvent pour tenter de défaire la mauvaise réputation de ces objets numériques. Stanislas Mako, co-fondateur de la plateforme de financement uTip, en fait partie. Début octobre, il a lancé une plateforme « éthique » de vente de NFT. Un adjectif qu’il revendique pour deux raisons. D’une part parce que Polygon, la blockchain sur laquelle est basée sa plateforme est moins énergivore que Bitcoin ou Ethereum. D’autre part, parce qu’il veut s’éloigner de la vision purement spéculative des NFT. 

« Quand les NFT étaient en plein essor au printemps, nous nous sommes demandés s’il fallait fuir cette mode très spéculative, associée à une idéologie ultra-capitaliste, ou bien comprendre l’autre réalité derrière » , raconte Stanislas Mako. L’entrepreneur opte pour la deuxième option. Son approche est pragmatique. Il voit dans les NFT un moyen pour les créateurs de faire reconnaître leur statut d'artiste, et un mode de rémunération supplémentaire, en plus des revenus publicitaires et des financements de leur communauté obtenus via uTip ou Patreon par exemple. Une vision finalement assez proche de celle du créateur des NFT qui était loin d'imaginer la hype commerciale que susciterait son idée.

Kalart se rémunère en prenant une commission de 15 % sur les premières ventes. Lorsqu’une œuvre est revendue par son premier acquéreur, le créateur obtient alors automatiquement un droit de suite (une commission de 10 %), et 5 % reviennent à la plateforme. 

Soutenir les jeunes artistes 

Le but n’est pas qu’un youtubeur (ou toute autre type de créateur de contenu) vende toutes ses vidéos, explique-t-il, mais seulement quelques-unes, la première par exemple, que les membres les plus actifs de sa communauté voudraient « posséder » . « Comme lorsque vous achetez une photo ou une œuvre d’un jeune artiste, vous le faites parce que l’œuvre vous plaît, mais aussi pour soutenir cet artiste et le voir continuer de créer. » Cela ne signifie pas que la vidéo disparaîtra de YouTube ou du web, au même titre qu’une œuvre d’art est toujours visible dans un musée même si elle ne vous appartient pas.  

Pour le moment les prix de la centaine d'œuvres mises aux enchères sur la plateforme restent modestes – quelques euros pour la plupart. On est très loin des montants mirobolants des NFT vendus plusieurs milliers, millions, voire milliards de dollars. En mars, le youtubeur américain Logan Paul avait par exemple vendu ses meilleurs moments vidéo pour plus de 120 000 dollars. Mais sur Kalart, vous ne trouverez pas pour le moment de gros poissons de l’économie de la passion, plutôt de jeunes streameurs et youtubeurs, des illustrateurs de mangas, de « petits » créateurs de contenus aux quelques centaines d’abonnés. Contrairement aux grosses plateformes américaines de ventes de NFT, comme OpenSea et SuperRare, qui revendiquent une sélection pointue, Kalart est ouverte à tout type d’artistes. Même si évidemment les créateurs aux plus grandes communautés sont aussi les bienvenus.

« YouTube et TikTok sont des musées à ciel ouvert » 

« Ce n’est pas venu d’une demande de la part des créateurs de contenu. Mais depuis la création de uTip en 2017, on voit les difficultés du métier de créateur de contenus, on sait que c’est un monde où l’on ne vit pas très bien. Pourtant Instagram, Youtube et TikTok sont des musées à ciel ouvert, les créateurs de contenus sont des artistes à part entière. Or ce sont surtout les plateformes qui tirent profit de leurs créations. »

Sur Kalart, les transactions ne sont pas en cryptomonnaies mais en euros. De quoi, selon Stanislas Mako, démocratiser la vente d’œuvres numériques, aujourd’hui surtout réservées à quelques investisseurs de la cryptosphère, et de « s’affranchir de leur dimension très spéculative » . 

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