Sur fond rose, une femme aux longs cheveux blonds

« Pretty privilege » , « glow up » , « beauty penalty »  : savez-vous parler beauté ?

© Averie Woodard

Toujours érigée en valeur suprême, la recherche effrénée de la beauté fait des vues, de l'argent, et beaucoup de clics... Mais connaissez-vous les mots, les expressions, les hashtags les plus girly du moment ? Rattrapage.

Être beau et belle reste un travail à part entière. Entre idéaux féminins bourrés d'injonctions contradictoires, slim thick bodies qui défient les lois de la physique, obligation d'arborer une peau lumineuse et recours à la chirurgie esthétique... Il n'y a pas de révolution des corps qui tienne. Correspondre aux diktats du moment est un objectif qui n'a pas pris une ride. Et cela reste un parcours du combattant, de la combattante surtout, où on cherche à décrocher son pretty privilege, pourvu qu'on ait terminé son glow up. Inutile de googler ces expressions, on vous les explique dans notre petit lexique de la beauté 2022.

Pretty privilege ou pretty premium (le « pass beauté » )

C'est comme le privilège blanc, mais rapporté à la beauté. Pour Amélie Debaye, responsable secteurs beauté et luxe chez Kantar, le pretty privilege donne accès à « un coupe-file des normes sociales. » Ou comme l'explique Alice Pfeiffer dans Nylon, c'est le « le parcours a priori privilégié des personnes communément considérées comme plus belles » , ces dernières étant plus susceptibles que les autres de bénéficier de traitements de faveur (obtenir un poste, se voir offrir des coups, se faire sur-évaluer ou encore se voir octroyer le bénéfice du doute ou des circonstances atténuantes...) Comme l'explique l'autrice, le pretty privilege est d'autant plus inique qu'il repose sur des normes extrêmement étroites et exclusives. En d'autres termes, il n'y pas vraiment 1000 manières d'être beaux et belles malgré ce que disent les dictons populaires et le mouvement body positive. Il s'agit avant tout d'être jeune, blanc, hétéro et mince. Notons qu’il faut aussi entretenir son capital beauté. Comme le note la youtubeuse Chelsea Fagan, spécialiste des questions d'argent sur la chaîne The Financial Diet : « Cela crée une sorte de système de classe de la chirurgie esthétique, dans lequel les riches peuvent maintenir leur apparence ou la changer sans que cela soit détectable (...) tandis que les pauvres sont contraints de faire avec ce que la nature leur a donné. » Ou comment le privilège nourrit le privilège. Comme le dit Karolina Żebrowska : « Tu n'es pas moche, tu es juste pauvre !  »

Handsome bubble

On parle de handsome bubble ( « bulle de beauté » ) lorsque des personnes ne réalisent pas que leur physique les avantage dans leurs interactions quotidiennes et qu'elles profitent de ce privilège sans le savoir.

Ugliness penalty

L'antithèse du pretty privilege, à savoir le fait de se voir exposer à un traitement défavorable à cause d'un physique jugé disgracieux selon les canons du moment.

Glow up

Sans surprise, le néologisme (qui signifie littéralement « rayonner » en anglais) est né sur TikTok pour décrire un défi que se lancent les internautes : devenir la soi-disant « meilleure version physique de soi même, comme le prêche l'énervante that girl qui sévit sur YouTube depuis 10 ans. Cela passe par d'épuisantes séances de muscu pour les hommes, par des BBL et autres opérations de chirurgie esthétique pour les femmes désireuses de reproduire la plastique des sœurs Kardashian-Jenner. Et tout le monde veut participer, en témoignent les 53 milliards de vues sur TikTok pour le #glowup.

Makeover

L'ancêtre du glow up. Dans un monde pré-Instagram et BBL, il consistait à retirer ses lunettes et à troquer son baggy troué contre une robe sexy. Pour observer la chose de près, (re)voir à peu près n'importe quelle romcom des années 2000, où l’héroïne mal dans sa peau se fait prendre en main par une amie charitable qui la rhabille, lui redonne confiance en elle et la rend populaire.

via GIPHY

Revenge body

Le corps débarrassé de ses défauts et optimisé qu'on obtient post makeover et glow up, après avoir sué en salle et s'être astreint à un régime bien spécifique (manger seulement des aliments verts, gober des graines fermentées les soirs de pleine lune, etc.). Pour le Urban Dictionary, le revenge body est aussi ce corps parfait obtenu après une rupture et que l'on va parader devant son ex pour lui faire regretter de nous avoir trompé/quitté.

Dress body

L'ancêtre du revenge body. (Au lieu de se refaire un corps, on se refaisait une garde-robe.)

Instagram face

Expression forgée par Jia Tolentino dans le New Yorker en 2019 pour décrire le visage à la mode sur Instagram en ce moment, visage que l'autrice compare au visage d'un cyborg. C'est pourtant bien le visage – le nouveau Nombre d'Or – que les chirurgiens esthétiques se voient demander de reproduire chez leurs patientes des deux côtés de l'Atlantique : yeux de biche, menton étroit, petit nez fin et retroussé, pommettes saillantes, lèvres ourlées et pulpeuses, pores de la peau invisibles. (Chrissy Teigen, Bella Hadid, Kylie Jenner...) On l'obtient par une plus ou moins discrète conjonction de maquillage et injections. D'après The American Society of Plastic Surgeons, les Américains auraient dépensé plus de 16 milliards de dollars en chirurgie esthétique l'année dernière.

Effortless

Selon une étude Kantar publiée en mai 2022, la beauté est aux yeux des Français avant tout essentiellement reliée au bien-être, à l’acceptation de soi et à l’harmonie mentale et physique. Et en effet, il est de bon ton que la beauté soit effortless (acquise sans effort), simple et naturelle. Des déclarations contredites par les chiffres : au sein de la clinique des Champs-Élysées, la plus grande clinique d’esthétique d'Europe, les demandes de consultations ont connu une augmentation de 20 à 30 % depuis le début de la pandémie, une hausse qui concernerait les injections d'acide hyaluronique exécutées principalement sur les moins de 40 ans…

Halo effect

Ou l'effet de halo, un biais cognitif mis en évidence par Edward Thorndike, qui affecte la perception des gens suite à la sélection d'informations allant dans le sens de la première impression. Ainsi, une caractéristique perçue comme positive à propos d'un individu aura tendance à rendre encore plus positives les autres caractéristiques de cette personne. Dans ce contexte, cela signifie que les gens auront généralement tendance à associer la beauté à d'autres qualités qui n'ont rien à voir, comme l'intelligence, la générosité, la capacité à jouer au Poker, etc.

Lookism

La discrimination en fonction de l'apparence. À mettre en lien avec la notion de colorism, une forme de discrimination intracommunautaire découlant du racisme qui tend à faire percevoir les personnes ayant la peau plus claire comme étant plus belles et désirables. « Et les choses sont encore plus pernicieuses aujourd'hui, car il faut dorénavant pouvoir mixer les critères, et dégager une aura vaguement "ethnically ambiguous" [ambiguë en termes d'origine ethnique], à savoir, comme Ariana Grande ou Kylie Jenner, pouvoir passer pour caucasienne tout en laissait supposer une origine asiatique, sud-américaine ou moyen-orientale, ce qui est problématique à de nombreux égards... Kylie Jenner s'est d'ailleurs faite retoquer sur les réseaux de nombreuses fois pour emprunter certains des attributs de la culture afro-américaine jugés attrayants par les normes de nos sociétés tout en se délestant du reste » , souligne Amélie Debaye.

Pulchronomics

Soit pulcher (beau en latin) + economics, à savoir l'étude des avantages économiques obtenus en entreprise sur la base du physique. Comme l'explique Alice Pfeiffer, le phénomène est décrit par les économistes Daniel Hamermesh (auteur de Beauty Pays) et John Briggs, qui notent qu'une personne perçue comme belle serait plus facilement sujette à gravir les échelons financiers et hiérarchiques. Une sorte de promotion canapé en plus subtil.

Beauty penalty

Le fait d'être pénalisé à cause d'un physique trop avantageux pouvant conduire une personne à être perçue comme inapprochable, menaçante ou tout simplement stupide, comme c'est le cas avec la bimbo ou son pendant masculin, le himbo. Exemple : l'une des raisons avancées par la mannequin Emily Ratajkowski pour expliquer sa carrière d'actrice qui ne décolle pas, serait son physique.

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.