Ariana Grande

Chirurgie esthétique, Anna*, 14 ans et demi : « Je veux devenir Ariana Grande »

Elles ont entre 14 et 18 ans et pratiquent la chirurgie esthétique pour gommer leurs complexes et se rapprocher de leur idéal de beauté. Témoignages.

La doxa de l'époque s'accorde à promouvoir l’acceptation de soi, tendance incarnée par le mouvement body positive dont les marques aiment à s'emparer. Pourtant, la déferlante d'images de starlettes refaites raconte sur les réseaux sociaux et dans les médias une tout autre histoire. En témoigne l'avalanche de canons de beauté tous plus inaccessibles et contradictoires les uns que les autres, entre peau parfaite que l'on affiche sur TikTok et slim thick body à la Kardashian. Pendant ce temps-là, des adolescentes plus ou moins bien dans leur peau subissent une pression aussi délétère qu'insidieuse pour souscrire à certains archétypes : lèvres pulpeuses, pommettes hautes, nez fin et fesses rebondies. C'est le cas de Anna*, Zoé*, Inès, Louna* et Julie*. Elles ont moins de 18 ans et sont toutes déjà passées par le bistouri. Dans ces témoignages, elles racontent pourquoi et comment elles ont voulu transformer leur visage et leur corps.

« Je veux être moi, mais en mieux !  »

À 12 ans et demi, Zoé s'est fait recoller les oreilles avec le soutien de ses parents. Aujourd'hui, à 14 ans, elle a prévu de se faire refaire le nez. « Mes parents n'étaient pas du tout pour à la base, mais ils ont vu le bien fou que m'a fait ma première opération » , rapporte la jeune fille, chouchou rose autour des poignets et bandana rouge dans les cheveux. « Du coup, si tout se passe bien, à la fin de l'année je me fais refaire le nez » , raconte la jeune fille, qui peine à contenir son excitation. « Je veux le même nez que Sananas (ndlr : une célèbre youtubeuse beauté française), elle a vraiment un nez très fin, très élégant, ultra-féminin, qu'elle a fait refaire aussi, et ça change tout son visage, on dirait une autre personne. Ou plutôt la même personne, mais en mieux, affirme Zoé. Et moi aussi, je veux être moi, mais en mieux !  » Elle rit comme si elle se moquait d'elle-même et de sa supposée superficialité, au sujet de laquelle ses amies la taquinent gentiment, et retire l'élastique de son poignet pour jouer avec. Elle inspire profondément pour essayer de retrouver son sérieux : « Je ne dis pas que la chirurgie est la réponse à tout, mais j'ai toujours détesté mes lèvres et mon nez, à cause de cette petite bosse, là, vous voyez ?  » Elle désigne quelque chose d'assez indiscernable et se penche vers son écran pour mieux révéler la chose. « Du coup maintenant que j'ai déjà testé une opération banale et peu invasive pour les oreilles, je me dis pourquoi rester avec un visage qui ne me satisfait pas complètement ?  »

« Je passais des heures à scroller pour trouver la bouche parfaite... »

Pour Anna aussi, améliorer son physique « pour être mieux dans sa peau » semble couler de source. Complexée depuis des années par ses lèvres qu'elle juge trop fines, l'adolescente de 14 ans a procédé avec l'accord de ses parents à des injections d'acide hyaluronique. « En fait cela m’obsédait un peu... Je passais des heures à scroller sur les réseaux la nuit où quand je m'ennuyais en classe pour trouver la bouche parfaite. Pour moi c'était des lèvres pulpeuses, bien remplies, un peu ourlées, avec la lèvre supérieure plus volumineuse que la lèvre du bas. » Avant de se décider à prendre un rendez-vous dans un célèbre institut parisien, la jeune fille a soigneusement étudié des centaines d'images et de photos afin de « trouver la combinaison parfaite de lèvres inférieure et supérieure. » Après de longs mois de recherche, Anna a finalement mis le doigt sur ce qu'elle considère comme « le combo gagnant » , à savoir la lèvre inférieure de l'actrice Jessica Alba, et la lèvre supérieure de la chanteuse Ariana Grande. « Cela donne un mélange très gracieux, assez naturel, et pas too much comme les lèvres refaites de Kylie Jenner, même si cela lui va très bien, c'est clair !  » De sa voix flûtée, la jeune fille raconte la séance où l'a accompagnée sa mère. « Cela a été un peu douloureux, mais très rapide. Mais j'adore le résultat, cela m'a changé la vie ! Cela fait quelques mois, mais je vois déjà la différence, je me sens mieux. Avant je détestais parler aux gens en face-à-face, ou alors qu'on me regarde manger. Là, j'ai plus envie de passer du temps avec des gens, de discuter. » Pour mettre sa bouche en valeur, Anna s'est acheté un discret gloss rosé mat, qui porte un nom évoquant la rosée d'un sous-bois. « J'en mets avant d'aller en cours, je me sens trop trop bien avec, comme si j'avais gagné un super pouvoir. » Dans quelques mois, quand les effets de l’injection se seront dissipés, l'adolescente retournera probablement en refaire deux dans chaque lèvre. « Je ne vois pas ça comme une grosse opération comme si tu te faisais refaire les seins ou quoi, c'est plutôt un truc léger, comme se nettoyer le visage pour avoir une peau bien propre et en bonne santé, ou faire du sport, un moyen de se rapprocher de ce qu'on veut devenir. Et moi, je veux devenir Ariana Grande. »

« On attend beaucoup des filles qu'elles aient un physique parfait ou presque »

Devenir qui elle est vraiment était aussi particulièrement important pour Inès, 17 ans. Élève en terminale à Lyon, la jeune fille assignée garçon à la naissance a dès ses douze ans tout fait pour essayer d’avoir « une apparence plus féminine. » Malgré un début de traitement aux hormones, Inès ne peut s'empêcher de voir « tous les petits défauts qui me rappelaient que j'avais un physique masculin. » Jusqu'à récemment, elle s'accommodait de la plupart de ces défauts avec quelques retouches maquillage qui lui permettent de sculpter ses arcades sourcilières qu'elle estime trop grosses, ou encore l’implantation de ses cheveux ou l'épaisseur de ses sourcils. « Le nez par contre, je bloquais vachement dessus. » Comme Anna, Inès épluche Instagram et magazines. « Dès que je voyais une fille avec un joli nez, je la découpais et je me créais une grande fresque de nez... » Parmi les nez que convoite Inès, ceux d’actrices américaines comme Scarlett Johansson, Selena Gomez ou encore Amber Heard. « Je ne voulais pas non plus un nez minuscule, mais un nez plus féminin. » Après quelques mois de réflexion qui la conduisent à une opération de quatre heures et demie, la jeune fille est ravie de son nouveau nez. « J'ai bien plus confiance en moi, 99 % du temps on m'appelle "Mademoiselle", et je me trouve pas trop mal. » Elle rit d'un air enchanté. « C'est dur car on attend beaucoup des filles, qu'elles aient un physique parfait ou presque. Moi la différence c'est que vu d'où je viens, je suis déjà super contente d'avoir des formes, des seins... » Dans quelque temps, Inès envisage d'autres opérations esthétiques : arrondir ses pommettes, ourler un peu ses lèvres. Elle a d'ailleurs déjà commencé à collectionner les clichés représentant les lèvres d'Emily Ratajkowski.

« Quand je voyais tous ces corps parfaits, je ne pouvais pas penser à autre chose »

Pour Louna*, c'est sur ses seins que se portent ses complexes. « J'ai toujours été très plate, comme un petit garçon de 9 ans... Quand mes amies ont commencé à avoir de la poitrine, j'étais envieuse, impatiente, mais je suis restée désespérément plate. » Pour ses 18 ans, Louna s'est donc « offert une nouvelle paire de seins. » Pas question pour ses parents de payer l'opération, elle a donc travaillé plusieurs années chez McDonald's et comme baby-sitter pour mettre de côté les 3500 euros nécessaires. « J'étais bien décidée. Parfois je me disais que c'était débile de mettre autant d'argent là-dedans alors que des gens crèvent de faim et de soif, et puis je me sentais bombardée d'images de nanas aux courbes incroyables, sublimes, et cela me torpillait, je voulais absolument leur ressembler, avoir ça moi aussi. Être indéniablement belle. Quand on est belle comme ça, on a l'impression que tout peut arriver, surtout le meilleur. »

Avec son nouveau 90C, Louna aime dorénavant à porter des t-shirts plus moulants, plus en phase avec son nouveau style. Elle passe la main dans ses cheveux roux bouclés et sourit : « J'ai chopé des crop tops sur Vinted, j'ai un peu mis de côté du coup les t-shirts XXL de Metallica... Mais je les garde pour dormir !  » Une autre opération plus tard ? « Je dois dire... que je déteste ma vulve. Idéalement, j'aimerais la modifier, mais je n'ai pas les sous. Peut-être quand je travaillerais... » Elle rougit légèrement et cache ses mains dans ses manches : « Je sais qu'on doit s'accepter comme on est, mais bon... Cela ne me semble pas possible, sauf si on s'extrait complètement du monde dans lequel on vit. »

Pas facile non plus pour Julie, 13 ans, de faire abstraction de ce qui l'entoure. « J'adore l'actrice Madelaine Petsch qui joue dans Riverdale... Elle a un visage parfait, surtout ses lèvres, ce sont les lèvres que tout le monde veut » , rapporte l'adolescente avec une pointe de regret. Pour l'instant, la collégienne bordelaise aime imiter les looks du personnage de la série. « Elle a surtout des fossettes et un menton très mignons, très bien proportionnés ! Un jour, peut-être... »

*Le prénom a été modifié

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