Visage de l'acteur John Cho sur des affiches de films connus

Séries TV, films, clips : comment les hommes asiatiques en sont les nouveaux sex-symbols

Jusqu'alors sous-représentés à l'écran ou relégués au rang de faire-valoir, les hommes asiatiques sont dorénavant régulièrement mis à l'honneur. Voilà pourquoi.

Dans leur vidéo « 'Asexual' Asian Man - End the Undesirable Stereotype » les Youtubeuses spécialistes de l’analyse des phénomènes de pop culture notent que « les personnages asiatiques masculins dans les films et les séries ont longtemps été écartés, émasculés et exclus de toutes narrations romantiques ou sexuelles. Quand ils ne sont pas tout simplement raillés. » (Pensez à Mr Yunioshi dans le film Breakfast at Tiffany’s, ou bien à Han et Raj dans les sitcoms 2 Broke Girls et The Big Bang Theory…)

À l’inverse des femmes asiatiques, perpétuellement représentées comme des objets de désir au travers du trope du Lotus Blossom, les hommes sont depuis les débuts d’Hollywood invariablement désexualisés ou absents des écrans. Conséquence : dans l’imaginaire collectif, les hommes asiatiques sont moins virils, moins désirables, et se font constamment voler la vedette. Mais ça c’était avant.

Aujourd’hui, réalisateurs et scénaristes démantèlent les stéréotypes et choisissent enfin des hommes asiatiques dans le rôle du « love interest », celui que convoite le personnage principal, souvent féminin...

Railler les hommes asiatiques, une longue tradition cinématographique

La raison de ce mépris teinté de racisme est à chercher du côté de l'Histoire.

Dans son article « 'Good-looking for an Asian': how I shed white ideals of masculinity » publié dans The Guardian, Matthew Salesses, auteur américain d’origine coréenne, explique : « Le stéréotype actuel (…) peut être imputé aux insécurités des Blancs vis-à-vis de la main-d'œuvre chinoise masculine pendant et après la construction du chemin de fer transcontinental à la fin du XIXe siècle. Les cheminots chinois étaient à la fois valorisés et dévalorisés en tant qu'hommes. (…) De plus, il était moins coûteux d'interdire aux épouses et aux enfants de les rejoindre, ce qui limitait aussi commodément la croissance démographique. En 1880, il y avait 27 hommes chinois par femme chinoise, et avec la construction du chemin de fer, la valeur économique de la masculinité chinoise a diminué tandis que la peur des Blancs de la masculinité chinoise a augmenté. »

En 1882, The Chinese Exclusion Act freine l’immigration chinoise pour répondre à la peur des Américains du « Yellow Peril » (le Péril Jaune). Des années plus tard à Hollywood, les personnages chinois sont dépeints comme menaçants (tout particulièrement pour les femmes blanches), comme dans The Face of Fu Manchu, où le rôle du Chinois est d'ailleurs joué par un Blanc (#YellowFace).

Mais au fil des années 60, les attributs menaçants de l'homme asiatique sont gommés. Ce dernier est selon Matthew Salesses « émasculé » , rendu « asexuel »  : faible, subalterne, nerdy ou moqué pour son allure efféminée, l'homme asiatique tel qu'on le connaît à l'écran est généralement le faire-valoir de l’homme blanc viril. (Pensez Arrested Development, The Hangover, King of the Hill ou le plus récent Silicon Valley). Quand ce n’est pas le cas, il est enfermé dans le rôle du Maître Kung-fu zen et inatteignable (The Green Hornet, Karate Kid, Romeo Must Die, Kill Bill), et plus tard comme machine presque surhumaine excellant dans des domaines ultra compétitifs, tels que la médecine ou le droit (The Good Doctor). Comme le rappelle Matthew Salesses, « l'homme asiatique peut bien devenir médecin, avocat ou ingénieur, mais il ne peut pas avoir la fille. »

Quand les beaux gosses des séries TV sont asiatiques

Jusqu'à maintenant... Dans la série pour ado Mes premières fois, Devi craque pour Paxton Hall-Yoshida, dont la famille vient du Japon. Dans Ginny & Georgia, Georgia s'amourache de Joe, joué par un acteur d'origine indo-guyanaise, et Ginny de Hunter, joué par un acteur canadien d'origine taïwanaise.

Crédit photo : Ginny & Georgia

Et la tendance semble se confirmer avec des films et séries comme The Love Birds, All My Life, Moxie, Always Be My Maybe, Fresh Off the Boat ou le cultissime Crazy Rich Asians. Que s'est-il passé ?

Eh bien déjà, le public s'est rebellé. En 2016, les réseaux sociaux s’enflamment avec le #StarringJohnCho, qui vise à promouvoir l’acteur John Cho tout en dénonçant l’absence de rôles principaux joués par des hommes asiatiques. À l’origine de la campagne, William Yu, Digital Strategist. Frustré de ne pas voir d’hommes qui lui ressemblent au cinéma, il insère le visage de John Cho sur des affiches de films célèbres. Et la campagne fonctionne, car l’acteur est sélectionné pour jouer dans Colombus et Searching. En 2018, William Yu réitère et utilise une intelligence artificielle pour remplacer les visages de stars par ceux de personnes asiatiques dans des films connus. (#SEEASAMSTAR, pour See Asian American Stars).

Notons aussi que c'est l'acteur Alex Landi de Grey's Anatomy qui joue le love interest dans le clip Kiss me more de Doja Cat et SZA sorti en avril 2021. Et ça, dans le monde du rap et du hip-hop, c'est une sacrée première.

Crédit photo : Kiss Me More @Youtube

Petit à petit, la représentation à l'écran des hommes asiatiques dans ce nouveau type de rôle se normalise, accélérée par la déferlante de la Hallyu, la vague culturelle sud-coréenne qui rend tout le monde accro.

K-dramas, mangas et animés, le cocktail qui détonne

Entre les webtoons, ces BD qui envahissent nos smartphones, la K-pop et les K-dramas, les Sud-Coréens sont partout, pour notre plus grand plaisir. En témoigne le succès du concert virtuel du boys band BTS, qui a rassemblé en octobre dernier près d'un million de spectateurs. Et cette appétence du public pour la Corée ne semble pas prête de s'éteindre ! Selon la plateforme de veille Visibrain, la tendance K (K-pop, K-beauty, K-food…) arrive à la 5ème position des sujets les plus commentés par les Français, avec plus de 12 millions de tweets publiés depuis le début de l'année 2021.

Et le fer de lance de la Hallyu, ce sont bien les K-dramas, ces séries TV made in Séoul, qui donnent aussi bien dans le thriller macabre que dans la comédie romantique planante, le drame historique mêlant sabres et zombies ou le « BL » (pour « boys love » ), ces séries mettant en scène des histoires d'amour entre hommes.

Sur Netflix, les K-dramas sont dorénavant très nombreuses au catalogue... « Le développement de Netflix pousse à des cast plus ouverts sur le monde et l'Asie est un marché gigantesque qui fait rêver Hollywood... CQFD ! En ce qui concerne le volet love interest, je dirais que c'est pour capter la population grandissante des consommatrices de dramas » , souligne Didier Borg, CEO de HEY LIVE.

Et l'attrait auprès du grand public est indéniable. En témoigne le succès de la mannequin coréenne Jung Ho-yeon (@hoooooyeony), qui joue le rôle du N°67 dans la série phénomène Squid Game, plus gros carton Netflix de l'histoire de la plateforme. Et depuis le lancement de la série sur Netflix le 17 septembre, Jung Ho-yeon a vu son nombre d’abonnés sur Instagram grimper en flèche avec une hausse de 12,5 millions d’abonnés. (Source : la plateforme HypeAuditor.) Le 6 octobre, jour du lancement de la série, son compte est passé de 410 000 abonnés à 14,8 millions. Cette croissance record fait du compte de Jung Ho-yeon le compte à la croissance la plus rapide au monde sur la période, devant les comptes de Kylie Jenner et Cristiano Ronaldo.

Et chez les hommes dans la série Squid Game, c'est l'acteur Gong Yoo (qui joue le rôle du recruteur) qui affole TikTok, après avoir été élu parmi les hommes les plus beaux de Corée du sud. Sur le réseau des Z, le #gongyoo totalise déjà 989,5 millions de vues.

Il faut bien sûr aussi compter l'appétit plus installé pour les mangas et les animés japonais. Loin de s'essouffler, celui-ci est en plein essor. Crunchyroll, la plateforme de vidéos à la demande spécialisée dans les animés et basée en Californie, a récemment franchi la barre des 120 millions d'utilisateurs.

Tout cela ne manquera sûrement pas de faire émerger une nouvelle génération d'acteurs...

À écouter :

Pour en apprendre plus sur la Yellow Fever et le trope du Lotus Blossom (la fétichisation des femmes asiatiques) au cinéma, écouter l'épisode Geïsha malgré moi du podcast Quoi de Meuf.

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