Sur fond jaune, une petite fille en robe rose essaie de faire ses lacets

« Pandemic kids »  : le confinement a provoqué des retards d'apprentissage chez les plus petits

© Laochi

Nouer ses lacets, utiliser des ciseaux, ouvrir un tube de colle... Post-confinement, ces enfants n'ont pas développé les compétences élémentaires acquises normalement à leur âge.

C'est le constat partagé par The Washington Post après avoir interrogé des enseignants en école primaire et maternelle aux États-Unis. Et le retard constaté ne s’arrête pas aux apprentissages pratiques. D’après les professionnels de l’éducation, il n’y a pas que les adultes qui ont du mal, post-pandémie, à vivre en collectivité... Les écoliers sont aussi concernés.

Nouer ses lacets, partager les jouets, rester assis en silence : une avalanche de lacunes

La conséquence d’une vie entre parenthèses pendant deux ans ? Un net déficit dans les gestes simples habituellement acquis par les enfants de 3 ans. Parmi les failles des plus petits : découper le long d'une ligne dessinée en pointillés aux ciseaux, dévisser et reboucher le couvercle d’un pot, appuyer sur un tube pour en faire sortir de la colle liquide… Le constat des enseignants est confirmé par une étude conduite par McKinsey & Company publiée début avril, indiquant que l’école en ligne aurait en moyenne causé un retard de quatre mois en lecture et mathématique, retard significatif pour des élèves d'école primaire.

Mais au-delà des déficiences purement scolaires, les enseignants notent de nombreuses lacunes en termes de comportements sociaux et émotionnels. L’incapacité à rester silencieux pendant 30 secondes, marcher en ligne et rester assis à écouter la classe sont autant de nouveaux défis auxquels doivent faire face les enseignants, et ce avant même de pouvoir s’attacher à répondre aux exigences académiques. Et parmi ces manquements, certains concernent directement le savoir-vivre en communauté.

Difficulté à vivre en groupe

Faire la queue à la balançoire, ne pas pousser les autres, se répartir équitablement l’espace (au moment de la lecture de l’histoire par exemple, de sorte que tous puissent regarder les images du livre), autant d’éléments qui freinent l’intégration des enfants à l’école et leur apprentissage. Pour Frank C. Keil, professeur de psychologie à Yale, le phénomène n’a rien de surprenant après que les écoliers ont été privés de vie en collectivité durant près de deux ans, à des âges de développement clés. À ses yeux, aucun enfant n’est épargné : « Même les enfants issus de familles aisées dans lesquelles les conversations dynamiques avec leurs pairs et les adultes sont courantes peuvent avoir besoin d'un peu plus de temps pour apprendre à rester assis et à apprendre dans le calme. »

Du côté des classes supérieures, les enseignants observent une incapacité flagrante à avoir des discussions constructives de groupe ou tout simplement à prendre part à la vie de la classe, un reste des cours en ligne durant lesquels, caméra éteinte, passivité et anonymat étaient de mise…

Quelles solutions alors ? À travers le pays, les enseignants américains ont su prendre le taureau par les cornes et se montrer créatifs pour pallier ces défaillances... Pour les plus petits, des sessions de yoga et de méditation, l’importation de sièges en mousse sur lesquels il est possible de rester aussi tout en gigotant, et la mise en place de de concours de vitesse ludiques pour apprendre à nouer ses lacets. Pour les collégiens, l'adoption d’un programme de lecture en binôme, pour (re)apprendre à partager et discuter...

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