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Un smartphone en feu
© ferrantraite vie GettyImages

Le doomscrolling, ce nouveau mal qui nous ronge

Le 22 juin 2020

Les mauvaises nouvelles s'enchaînent et défilent à l'infini sur votre smartphone ? Attention, vous êtes peut-être entrain de tomber dans le doomscrolling.

Les yeux rivés sur l’écran, le doigt qui scrolle sans discontinuer, les informations anxiogènes défilent à l’infini. Jusqu’à l’overdose. Vous connaissez ce sentiment ? Il a un nom : doomscrolling. Le phénomène de consommation excessive d’informations n’est pas nouveau – les chaînes d’information en continu en ont fait leur marque de fabrique – mais à la lumière de la crise du Covid, il prend une nouvelle saveur.

Le scroll du condamné

D’après Fast Company, la première mention de ce nouveau terme apparaît en 2018. Ironie du sort, c’est sur Twitter, plateforme plus que propice au doomscrolling, que ça se passe. Depuis le début de l’épidémie, cette obsession de l’info sur les réseaux sociaux est devenue un mode de vie pour certains confinés.

Pour Karen Ho, journaliste économique de Quartz, pas question de tomber dans cette espèce de « scroll du condamné ». Elle en a même fait une croisade personnelle sur son compte Twitter. Chaque jour, elle rappelle à ses abonnés de lâcher le réseau à l’oiseau bleu et de faire une pause parmi les mauvaises nouvelles du monde. Il faut dire qu’entre les morts quotidiens du Covid-19, les violences policières et les dernières nouvelles (vraiment pas bonnes) du réchauffement climatique, il y a de quoi finir au 36e dessous.

Au début des manifestations anti-racistes aux États-Unis, Karen Ho hésitait à continuer ses annonces de déconnexion dans un climat qui appelle justement chaque citoyen à s’informer. Mais ses abonnés l’implorent de poursuivre sa mission. Car lutter contre le doomscrolling n’a rien d’évident.

Un phénomène naturel pollué par les réseaux sociaux

Si on doomscrolle, c’est parce que c’est naturel. Pour survivre à des périodes stressantes, notre cerveau en quête d’informations se tourne vers les médias. Pendant le confinement, les audiences des médias en ligne ont ainsi explosé. Même quand c’est payant. Cette tendance à s’abreuver de news bien angoissantes est le signe que nos esprits tentent de trouver du sens au monde qui nous entoure, explique la journaliste Katharine Schwab dans Fast Company. Et c’est même plutôt sain. Sauf que les réseaux sociaux compliquent tout.

Sur Facebook, Instagram, Twitter ou même TikTok, des milliers d’informations co-existent. Des photos de chats mignons côtoient des articles de fond dans nos feeds, sans hiérarchie. Résultat : nous faisons face à un morcellement de l’information qui nous empêche de reconstituer un récit cohérent des événements en cours. On se retrouve ainsi happé dans une sorte de trou noir de l’info.

Pire encore, algorithmes et infinite scroll aggravent le tout. Les premiers nous enferment dans une bulle de mauvaises nouvelles. Le second nous berce dans l’illusion qu’il y a toujours une nouvelle info qui va débarquer sur notre feed et enfin nous éclairer sur la situation, analyse Nicole Ellison, professeure à l’Université du Michigan. Le problème c’est que, dans un monde aussi complexe que le nôtre, personne n’a jamais vraiment LA réponse.

Un risque pour la santé mentale ?

Pour certains, le doomscrolling du confinement explique l’ampleur des manifestations anti-racistes, aux États-Unis et en Europe. Après une pandémie face à laquelle les doomscrollers – et les autres – étaient complètement démunis et passifs, les violences policières offrent des possibilités concrètes de mobilisation. On peut donc voir dans cette nouvelle tendance quelques aspect positifs. Mais on ne peut pas s’empêche de s’inquiéter pour la santé mentale de ces internautes plongés dans un tourbillon de bad news.

La journaliste Karen Ho essaie donc de lutter activement contre son obsession. Pour ne pas sombrer dans le doomscrolling, elle se déconnecte régulièrement de Twitter. Elle teste également d’autres méthodes comme l’utilisation du mode « noir et blanc ». Des méthodes de digital detox, qu’on essaie déjà d’appliquer depuis quelques années mais qui n'ont pas toujours fait leurs preuves. C’est pas gagné, donc.

Alice Huot - Le 22 juin 2020
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